Attentats - Sécurisation des écoles : les collectivités aux avant-postes

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Une enveloppe de 50 millions d'euros va permettre aux collectivités d'engager des travaux de sécurisation des établissements scolaires : visiophones, vitres opaques en rez-de-chaussée, systèmes d'alarme... Cette mesure fait partie de l'accord de partenariat signé le 24 août entre les ministères de l'Intérieur, de l'Education et de l'Agriculture pour répondre à la menace terroriste. Par ailleurs, des patrouilles mobiles coordonnées par les polices municipales renforceront la surveillance des abords des établissements.

Après un été endeuillé par l'attentat de Nice le 14 juillet et celui de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, le 26 juillet, le gouvernement prend au sérieux les menaces contre les établissements scolaires... sachant que dans son numéro de novembre 2015, la revue francophone de l'Etat islamique, Dar-al-Islam, avait clairement ciblé les enseignants, qualifiés d'"ennemis d'Allah". "Nous devons la vérité aux Français. Nous n'avons donc cessé de le dire, et nous le rappelons encore aujourd'hui : le niveau de menace terroriste est très élevé", soulignent les ministres de l'Education et de l'Intérieur, Najat Vallaud-Belkacem et Bernard Cazeneuve, ainsi que le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll (en tant que responsable des lycées agricoles), dans un document sur la sécurité des écoles, des collèges et des lycées, présenté à la presse le 24 août, quelques jours avant la rentrée scolaire. Un ton qui se veut dans la droite ligne de celui employé par le Premier ministre, Manuel Valls, depuis plusieurs mois.

77.000 établissements à surveiller...

En réalité, nombre des mesures de ce partenariat interministériel ne sont pas nouvelles et découlent d'une série d'instructions et circulaires prises depuis novembre 2015, en particulier la dernière en date, celle du 29 juillet 2016 (voir ci-contre). Cette piqûre de rappel repose sur trois piliers : mieux anticiper les menaces, sécuriser les équipements et "savoir réagir" en distillant une "culture commune de gestion des risques". Mais la sécurisation de quelque 77.000 établissements scolaires, tout confondu, est une tâche lourde pour des forces de l'ordre déjà éprouvées.
Coupant court à l'idée de recourir à des vigiles suggérée par certains, les ministres entendent s'appuyer sur des patrouilles mobiles et sur les collectivités, propriétaires des bâtiments (écoles, collèges, lycées) et responsables - pour ce qui est des mairies - de la sécurisation des abords des établissements, du stationnement et de la circulation. "Tout au long de l'année, une attention particulière sera portée aux abords des établissements", a insisté Bernard Cazeneuve lors de la signature de ce partenariat, précisant que la surveillance dynamique à proximité des écoles, collèges, lycées et universités sera renforcée par "des patrouilles mobiles" en lien avec les municipalités et "coordonnées par les polices municipales". L'objectif est d'assurer "une présence visible et dissuasive" dans les moments clés de la journée, sur les points de ramassage, les abords, lors des regroupements... Le jour de la rentrée scolaire, plus de 3.000 réservistes de la gendarmerie seront mobilisés en renfort.

50 millions d'euros de plus pour le FIPD

La montée en charge des collectivités dans les dispositifs anti-attentats sera d'ailleurs la grande affaire des prochaines semaines (une journée sera spécialement dédiée à cette préoccupation le 24 octobre à la Mutualité). "Les collectivités ont en effet un rôle important à jouer aux côtés de l'Etat pour assurer une coproduction de sécurité qui soit réellement efficace", a insisté le ministre de l'Intérieur, précisant que le fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) sera abondé de 50 millions d'euros, en plus des 70 millions actuels, pour aider les collectivités à sécuriser les établissements scolaires.
Concrètement, les directeurs d'école doivent mettre à jour leur plan particulier de mise en sûreté (PPMS). Des diagnostics de sécurité élaborés à cette occasion permettront aux collectivités d'identifier les travaux nécessaires. Il s'agira par exemple d'"installer un visiophone à l'entrée d'un établissement isolé", de "s'assurer de l'opacité des vitres exposées au rez-de chaussée" ou d'"adapter les systèmes d'alarme", a mentionné Najat Vallaud-Belkacem. Ces diagnostics doivent être mis à jour régulièrement. Chefs d'établissements et collectivités pourront se faire assister par les 440 "référents sûreté" du ministère de l'Intérieur et les 2.391 "correspondants sécurité-école" présents dans les commissariat et gendarmeries. Lors de l'année scolaire écoulée, "près de 3.000 actions d'assistance technique" ont ainsi pu être menées, précisent les ministères. A noter que la circulaire du 29 juillet 2016 a été complétée par trois courriers adressés aux présidents de l'Association des maires de France, de l'Assemblée des départements de France et de l'Association des régions de France pour les sensibiliser à ce besoin de sécurisation. 

Un exercice "attentat intrusion" avant la Toussaint

En matière d'anticipation, la coordination sera renforcée à divers échelons. Une cellule de crise a déjà été créée dans chaque académie. Par ailleurs, chaque préfet a été chargé de réunir avant cette rentrée un "état-major départemental de sécurité consacré à la protection de l'espace scolaire". Les préfets devront aussi "se rapprocher des collectivités territoriales, propriétaires des infrastructures, pour coordonner les initiatives relevant de leurs compétences propres, qu'il s'agisse de la sécurisation des bâtiments ou des activités périscolaires".
Afin de faciliter d'éventuelles interventions des forces de sécurité, les établissements et les collectivités sont invités à transmettre les plans des locaux aux services préfectoraux.
La formation des personnels est aussi à l'ordre du jour. La ministre de l'Education souhaite développer chez eux "une culture pérenne de la gestion du risque et de la sécurité". Le nombre de cadres de l'Education formés chaque année par les gendarmes passera de 135 à 500. Bernard Cazeneuve a décidé d'ouvrir trois centres de formation supplémentaires dans les écoles de gendarmerie de Rochefort (Charente-Maritime), de Tulle (Corrèze) et de Melun (Seine-et-Marne). Les recteurs et leurs équipes seront par ailleurs formés à la gestion de crise d'ici la fin de l'année dans les cellules académiques de gestion de crise, soit un total de 240 personnes.
Comme l'a prévu la circulaire du 29 juillet, trois exercices de sécurité, contre deux auparavant, seront organisés dans les établissements chaque année dans le cadre des PPMS, dont un simulant un attentat avec intrusion qui fait l'objet d'une note explicative. "Un de ces exercices devra être organisé avant les vacances de la Toussaint, prioritairement celui portant sur 'attentat intrusion'", insistent les ministres. Ils précisent en outre que 88% des écoles et 95% des collèges et lycées ont mis à jour leur PPMS lors de l'année scolaire écoulée.
Les élèves seront sensibilisés aux "gestes qui sauvent" : formation ou initiation aux pratiques de premiers secours. Cette mesure concerne tous les élèves de troisième et tous les délégués des élèves, soit 1,2 million d'élèves chaque année. Elle mesure a fait l'objet d'une instruction conjointe des ministères de l'Education et de l'Intérieur du 25 août.
L'accord interministériel reprend aussi une série de guides à destination des directeurs d'écoles et chefs d'établissements et des parents d'élèves. Rappelons enfin que la circulaire du 29 juillet évoquait aussi le suivi "des élèves et personnels dans un processus de radicalisation". Intervenant sur Europe 1, jeudi 25 août, Najat Vallaud-Belkacem a assuré que les échanges d'informations s'étaient nettement améliorés entre son ministère et la place Beauvau depuis les attentats de janvier 2015. 600 élèves auraient été signalés au cours de l'année scolaire écoulée, d'après le ministère de l'Education. S'agissant des personnels, aucun chiffre n'est communiqué. En cas de signalement par le ministère de l'Intérieur, "notre réponse est simple", a assuré la ministre : "suspension immédiate et procédure disciplinaire engagée (…) en vue d'une exclusion définitive".


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