Mobilité hydrogène : les collectivités cherchent la bonne formule

Publié le 13/02/2018

Moins d'une vingtaine de stations pour 250 véhicules : à première vue, la mobilité hydrogène peine à décoller. Mais des territoires qui s'étaient jusqu'à présent montrés circonspects commencent à y croire et multiplient les expérimentations. Chaque région a peu ou prou son programme. Un point détaillé sur ces initiatives a été présenté le 13 février par la Fédération nationale des collectivités concédantes et des régies (FNCCR).

"Il y a deux ans, sur la carte de l'Europe, la France représentait une zone blanche en termes de mobilité hydrogène. Pas de stations, pas de voiture. Et une quasi-absence du sujet dans le débat public. Mais de l'intelligence collective et d'un consortium d'acteurs publics et privés est née l'idée de développer cette technologie de motorisation en ciblant les flottes captives. Et cela marche !", a resitué le 13 février Valérie Bouillon-Delporte, présidente d'Hydrogen Europe, qui travaille avec des industriels pour développer la filière.

Des régions où la chimie prend

L'hydrogène semble de plus en plus s'imposer comme une option crédible. C'était déjà la conviction de PME ultra-spécialisées, de grands groupes énergétiques et des constructeurs automobiles, qui investissent dans ce domaine et multiplient les expérimentations. Du côté des acteurs territoriaux, la Manche a été le premier département à initier une stratégie hydrogène à l'échelle de son territoire (voir notre article du 10 septembre 2015). Laquelle se diffuse dans la région : Saint-Lô vient de se doter d'une station de distribution (voir notre article du 12 décembre 2017) et la Normandie projette l'ouverture de neuf autres dans l'année. Le travail sur le maillage de la production, la prudence dans l'accompagnement de projets de démonstrateurs territoriaux et de nouvelles stations locales et l'attention portée à leur utilisation optimale semblent donc porter leurs fruits : "La région est bien le maillon le plus pertinent pour développer une économie de l'hydrogène s'ancrant dans les territoires. Nous veillons à toujours partir des besoins des utilisateurs et opérateurs de flottes captives : livreurs, prestataires de services, taxis, services municipaux. Partir des usages invite à préconiser des bouquets de solutions et hybrider les motorisations. Pour l'hydrogène, une priorité, faciliter l'implantation de stations", ajoute Valérie Bouillon-Delporte.

En Auvergne-Rhône-Alpes, l'hydrogène sur un mont 

Soucieuse d'en faire une filière d'excellence, la région Auvergne-Rhône-Alpes vient de lancer un plan pour booster la mobilité hydrogène sur son territoire et déployer une vingtaine de stations et une flotte de 1.000 véhicules équipés de piles à combustible. Appuyée par l'Union européenne à hauteur de dix millions d'euros, la région en injectera quinze dans ce programme Zero Emission Valley (ZEV) piloté par le département de la Savoie et le Grand Chambéry. En Vendée, département en pointe dans l'électromobilité, labellisé "Territoire hydrogène", le projet du syndicat départemental d'Energie SyDEV et de sa société d'économie mixte Vendée Energie vise à produire et distribuer localement de l'hydrogène produit à partir de l'électricité fournie par deux éoliennes. Conserver sous forme d'hydrogène l'électricité produite localement est une promesse qui emballe les chercheurs et acteurs territoriaux.
"Au-delà des voitures, l'hydrogène présente un intérêt pour les bateau-bus (bientôt opérationnel à Nantes), les camions-bennes à ordures ménagères, les bateaux de plaisance et les trains", indique Alain Leboeuf, vice-président de ce département et président du SyDEV. Le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures, chargé d'établir des priorités dans les choix d'investissement dans les transports pour les vingt prochaines années (voir notre article du 1er février 2018), préconise aussi de privilégier les trains à hydrogène. Et, pour le citer, d'expérimenter un "basculement sur certaines lignes ferroviaires non électrifiées à des motorisations hydrogène, par exemple par un appel à projets". "Nous l'envisageons très sérieusement sur une ligne TER de la région, c'est une alternative crédible au renouvellement complet de son système d'alimentation", illustre Michel Neugnot, vice-président de la région Bourgogne-Franche-Comté. En Allemagne, l'entreprise Alstom est déjà sur le coup et décroche de premières commandes. "Enfin, sur le créneau des bus électriques alimenté par de l'hydrogène, au moins six collectivités dont Auxerre Pau, Rouen et Versailles se positionnent, avec des mises en service dès 2019", recense Valérie Bouillon-Delporte. "Et il y aura certainement une part d'énergie hydrogène dans le futur projet de loi d'orientation des mobilités", conclut Alain Leboeuf.

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