Passe d'armes sur la taxe d'habitation

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Alors que les ménages reçoivent leurs avis de taxe d'habitation et que certains ont commencé à partager leur incompréhension face à un montant en hausse… le gouvernement s'emploie depuis deux jours à préserver le caractère emblématique de la baisse de la taxe d'habitation en termes de gain de pouvoir d'achat, s'en prenant aux maires qui en ont augmenté le taux.
"Notre politique est de baisser les impôts, nous le faisons. Chacun peut le constater. Et nous baissons la taxe d'habitation des Français les plus modestes", a ainsi affirmé le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, dans une interview vendredi au Figaro. "Il y a quelques communes qui ont augmenté les taux de manière discutable", a poursuivi le ministre, avant de citer en exemple… le maire de Sceaux, Philippe Laurent, secrétaire général de l'Association des maires de France (AMF), personnalité du monde local et spécialiste des finances locales.
Le ministre et l'édile se sont ensuite livrés à une guerre de chiffres à travers les médias. "La ville de Sceaux a augmenté de 8% sa taxe d'habitation. C'est son droit le plus strict", a déclaré le ministre vendredi sur RTL. Selon lui, la ville des Hauts-de-Seine va ainsi obtenir un million d'euros de recettes fiscales, soit "dix fois plus" que la baisse des dotations de l'Etat, qu'il a estimée à 100.000 euros.
Dans le Parisien/Aujourd'hui en France, Philippe Laurent présente les choses autrement : "Cette hausse de taux (de 6,8%), qui rapportera 1,5 million d'euros supplémentaires à la commune, ne couvre que pour la moitié la baisse des dotations de l'Etat que nous subissons", a-t-il assuré. "En clair, le gouvernement veut faire porter la casquette aux communes lorsque la baisse annoncée n'est pas au rendez-vous", a-t-il poursuivi, ajoutant : "Nous avions dit à Emmanuel Macron, quand il était candidat, que cette promesse n'était pas tenable. Il a voulu la faire quand même, maintenant c'est son problème."
D'autres ont réagi, dont le maire LR de Meaux, Jean-François Copé, qui a estimé qu'il fallait "arrêter d'insulter les maires en disant qu'ils ne comprennent rien", ou celui de Sassenage, Christian Coigné, commune de 10.000 habitants située en périphérie de Grenoble, qui a augmenté de 11% sa taxe d'habitation mais n'accepte pas d'être montré du doigt.
Le Premier ministre, Édouard Philippe, a lui-même riposté vendredi, en marge d'un déplacement dans le Puy-de-Dôme. "Quand on prend des décisions, il faut les assumer. Quand je prends des décisions qui sont impopulaires, je les assume. Eh bien les maires qui ont pris la décision probablement impopulaire d'augmenter les impôts l'assument également", a-t-il affirmé.

AMF : "Faire cesser cette séquence déplorable"

Dans le même temps, le gouvernement a semble-t-il cherché à minimiser la portée des hausses. "Il y a 18 millions de foyers fiscaux qui ont vu une baisse de 30% de la taxe d'habitation", a expliqué Gérald Darmanin sur RTL, estimant que le nombre de maires ayant augmenté la taxe est inférieur à celui de l'an dernier : "En 2017, la taxe d'habitation avait progressé dans 7.300 communes, en moyenne de 0,73 point. Cette année, l'augmentation moyenne s'élève à 0,49 point."
Et pour que les contribuables puissent le vérifier par eux-mêmes, le ministère a diffusé vendredi un communiqué indiquant que le fichier des taux votés par les communes et les groupements à fiscalité propre étaient disponibles en ligne et précisant que seules 6.200 d'entre elles les ont relevés, sur un total de 35.400.
Cela n'a visiblement pas apaisé les choses du côté de l'AMF. Après que le quotidien Maire-Info a rapporté dans son édition de vendredi des propos virulents d'André Laignel, l'association a officiellement réagi en dénonçant une "campagne de stigmatisation lancée contre les maires". Et l'AMF de demander "solennellement au président de la République de faire cesser cette séquence déplorable, caricaturale", se disant convaincue que "le gouvernement et le parti majoritaire portent une responsabilité majeure dans le dérapage". Le courroux des maires a en fait été amplifié par l'apparition sur les réseaux sociaux d'une "campagne de dénigrement enclenchée par les groupes se réclamant du parti majoritaire" autour du hashtag #BalanceTonMaire… En ce vendredi soir, un coup d'œil sur Twitter suffisait effectivement à prendre la mesure de l'agitation en cours.

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