En Haute-Garonne, un "terre-lieu" contre les maux du périurbain

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© Le 100e Singe |

C'est pour répondre à un double défi – la perte de sens au travail et le besoin d’une agriculture saine et de proximité – qu’est né le 100e Singe. Un tiers-lieu pas comme les autres, situé dans la périphérie de Toulouse, qui accueille aussi bien des télétravailleurs et autoentrepreneurs dans 400 m2 de bureaux partagés que des "néoagriculteurs" en reconversion professionnelle sur 5 hectares de champs.

À une quinzaine de kilomètres au sud-est de Toulouse, une ferme pas comme les autres est en train de prendre forme. Pas la ferme des milles vaches, non, la ferme du "100e Singe". Dans une bâtisse du XVIIIe siècle située sur la petite commune de Belberaud (Haute-Garonne), un collectif s’est installé il y a trois ans pour proposer deux nouveaux services à la population : 400 m2 de bureaux partagés et 5 hectares de terres agricoles, dédiés à des néoruraux en reconversion agricole.
Dans ce territoire périurbain, à mi-chemin entre la ville et la campagne, le 100e Singe souhaite avant tout répondre à un enjeu social, avec 56% d’actifs en périphérie de ville et de plus en plus de salariés qui ne trouvent plus de sens dans leur travail. Qu’ils soient travailleurs indépendants, autoentrepreneurs, télétravailleurs ou nouveaux agriculteurs, les publics de la ferme ont une même aspiration. "C’est la question du rapport au travail qui prime chez eux. Avec des pathologies grandissantes, la perte de sens, la difficulté des grands groupes de réinvestir leurs salariés, on sent le besoin de trouver des solutions. Le coworking en est une. Mais les néoagriculteurs sont aussi des urbains désireux de retrouver du sens dans leur vie. Ce sont les mêmes profils", explique Amandine Largeaud, à l’initiative du projet. Après dix ans passés au Burkina Faso où elle a monté un projet d’école numérique itinérante et une coopérative de petits producteurs, elle a dû rentrer en France, à la suite du coup d’État de 2015. "J’avais acquis une grande expérience en gestion collaborative, j’avais envie de la réinvestir dans ce territoire qui, en quinze ans, comme tout territoire périurbain, a connu des évolutions énormes avec l’extension de zones commerciales, de zones d’activités, de l’habitat résidentiel. Ce qui s’est traduit par une perte de lien social." D’ici cinq à six ans, le métro s’arrêtera à deux kilomètres. Et la ferme n’est qu’à 5 km d’un des plus grands technopoles de France, Labège Innopole, qui comprend 30.000 salariés. D’où, "une énorme pression urbaine". "De nombreux habitants ne veulent plus être pris dans le pendulaire pour aller travailler."

Espace test agricole

L’autre enjeu de cette ferme pilote, c’est la question de l’agriculture, de la préservation des terres et de l’alimentation de qualité et de proximité. "Les néoagriculteurs représentent 30% des reprises d’activités agricoles. Ce n’est pas un élan de retour à la terre, comme on en a pu en connaître, c’est une force vive qui peut donner un souffle dans un secteur qui ne va pas bien", explique Amandine Largeaud. Or ces néoagriculteurs sont confrontés à deux problèmes : leur accès à la terre est difficile, la transmission n'ayant pas été pensée pour ces nouveaux venus. Et ils sont passés par une formation très rapide, de huit à dix mois, sans réseaux, sans accompagnement… D’où l’idée de leur offrir des "espaces tests agricoles", pendant trois ans, avec du matériel agricole, le temps pour eux de de se faire la main, en vue de favoriser leur implantation future, sans prendre de risques. Le 100e Singe vient de recevoir l’habilitation à passer des contrats d'appui au projet d'entreprise (Cape) qui permettent à leurs bénéficiaires de continuer de percevoir le RSA ou le chômage pendant cette phase de reconversion. Le premier candidat est un ancien ingénieur en aéronautique qui vient de s’installer en maraîchage. Il lui en coûte environ 300 euros par mois. Sa micro-ferme alimentera bientôt une table d’hôtes. Six autres projets sont dans les tuyaux : il en ira de l’élevage d’escargots à l’aquaponie (combinaison entre culture de plantes et élevage de poissons), en passant par de l’éco-pâturage, de l’arboriculture. Le collectif met aussi en liaison les néoagriculteurs avec des collectivités qui souhaitent remettre en culture des parcelles ou bien des propriétaires qui ne souhaitent pas prendre de risques.
Le 100e Singe travaille avec les collectivités (région, département, communauté de communes du Sicoval…) et l’association Terre de liens qui s’occupent de trouver des terres pour de jeunes agriculteurs qui s’installent en bio.

"Ce sont des missions de service public"

"Intégrer l’espace test agricole dans un rapport au travail, on est les premiers à l’échelle du département", se félicite Amadine Largeaud. Une initiative qui a attiré l’attention de Patrick Levy-Waitz, président de la fondation Travailler autrement, auteur d’un rapport intitulé "Faire ensemble pour mieux vivre ensemble" remis au gouvernement en septembre. A la suite du rapport, le gouvernement a décidé de créer un fonds d’amorçage et un fonds d’investissement dotés chacun de 60 et 50 millions d’euros pour accompagner les tiers-lieux et créer 300 "Fabriques de territoires". "Il faudra voir au niveau politique quels sont les critères d’attribution. Un espace de coworking, cela peut n’être qu’une mise à disposition de bureaux. Un tiers-lieu c’est quelque-chose de beaucoup plus difficile, l’idée c’est de faire se croiser les gens, à travers des ateliers, des événements, des conférences… Mais pour cela, il faut de l’animation", souligne Amandine Largeaud. "Recréer du lien social, redonner de l’identité, une agriculture durable, une alimentation saine… Tout cela, ce sont des missions de service public. Les soutiens des pouvoirs publics sont indispensables, pas seulement en investissement, en fonctionnement."
Au-delà des soutiens publics (notamment du département qui a conservé la compétence agricole), la ferme se finance avec des locations de salles, des formations, en attendant la future table d’hôtes. Tournant aujourd’hui avec 10 co-travailleurs, elle est prévue pour en accueillir une trentaine. "Les gens viennent ici pour trouver des collaborations", insiste encore Amandine Largeaud, dont l’exemple fait des émules, en Ile-de-France, à Dijon, Saint-Maximim (Var)...
Au fait, pourquoi le 100e Singe ? Un clin d’œil à une théorie scientifique : des chercheurs japonais avaient observé sur une île des macaques à qui ils distribuaient des patates douces. Avant de les consommer, certains singes s’étaient mis à les laver dans une rivière. Au bout du 99e (chiffre théorique), toute la communauté les avaient imités. Et la pratique s’était même étendue sur les îles environnantes, sans qu’il y eut le moindre contact. Pour Amandine Largeaud, "l’idée est que ceux qui inventent de nouvelles formes de travail créent les conditions pour que le 100e puisse enclencher un phénomène de bascule".