Rapport Castro sur le Grand Paris : un plaidoyer pour les mélanges

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Roland Castro
© J. Saget / AFP | Roland Castro

Roland Castro a présenté le 25 septembre le rapport commandé par le président de la République dans lequel il décrit son "Paris en grand". L’architecte-urbaniste reprend sa vision des 3.001 villages et des chapelets de communes, défend le droit à l’urbanité et rénove ses concepts phares : scénariser avant de monter tout projet, remodeler plutôt que démolir, mélanger, etc. Il revendique "s’appuyer beaucoup sur les maires" tout en excluant toute réflexion purement administrative.

"Plus de la moitié de ceux qui vivent et travaillent dans le Grand Paris songent et rêvent d'en partir." Ce souci est au cœur de la réflexion de Roland Castro, auteur d'un rapport, commandé par le président de la République en juin 2018 sur le Grand Paris, rendu public le 25 septembre, "Du grand Paris à Paris en grand". À ce désir des Franciliens de quitter l'Île-de-France (1), l'architecte de Banlieue 89 auprès de François Mitterrand reprend une idée phare qu'il défend et revendique depuis les années quatre-vingts : celle d'une "bonne urbanité". " C'est la qualité des espaces publics, la fierté de chacun pour l'endroit où il habite, du quartier, de son village, de sa proximité immédiate et de la mobilité aisée de son appartenance à la métropole [...] c'est le rapport à l'autre, la rue qui mélange les genres en continuité, les rez-de chaussée".

"En finir avec les quartiers de la politique de la ville"

Mais au préalable d'une bonne urbanité, il y aurait la fin des "quartiers la politique de la ville" entendus comme quartiers de rénovation urbaine. C'est en tout cas l'un des objectifs revendiqués du rapport. "Jusqu'à présent, le concept de démolition-reconstruction, soutenu par les grands groupes du secteur économique du bâtiment et des travaux publics (BTP) a été préféré à celui de remodelage", regrette l'architecte. "De nombreux projets ont été réalisés à la hâte, [...] alors qu'une tour remodelée peut être un élément de fierté et de marquage identitaire très fort pour un quartier", défend-il. Autre avantage du remodelage, et pas des moindres, "il coûte moins cher sur le plan symbolique, et moins cher sur le plan financier".
Pour en finir avec les grands ensembles, Castro préconise aussi de "mettre en scène [...] l'école, le collège, le lycée, le gymnase, la médiathèque et créer dans chacun des endroits les plus enclavés et les plus laids du territoire grand parisien des éléments d'attractivité qui donnent des raisons de s'y rendre". On retrouve ses rêves de toujours, comme l'installation de ministères en banlieue - les affaires étrangères du côté de Roissy (Val-d'Oise), l'Intérieur à Bobigny (Seine-Saint-Denis), la Culture à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Autant de pistes qui permettraient peut-être aux décideurs publics de prendre conscience de la réalité quotidienne des Franciliens dans les transports et d'impulser les investissements nécessaires, notamment dans le RER, un terme qui "traduit bien une réalité sociale" que Castro souhaite gommer. "Il faut mélanger", résume celui qui en appelle à une sorte d'Anru (2) privée, liée au public".  Dans sa conception, l'ultime preuve de l'unité du Paris en grand serait que toutes les villes s'appellent Paris : "Paris-La Courneuve, Paris-Le Vésinet, Paris-Grigny... Il s'agit d'octroyer aux Franciliens ce que l'international leur reconnaît déjà. Depuis Tokyo, un habitant de Sevran habite Paris", justifie l'urbaniste architecte.

Chapelets de communes pour sortir de l'accablement administratif

Roland Casto veut promouvoir des actions à l'échelle de "chapelets de communes" réunies autour de projets urbains, au-delà de leur rattachement administratif. "Le groupement de communes permet de fabriquer un Paris en grand qui a du sens. La même commune peut d'ailleurs se trouver au bord de la Seine, le long d'une nationale, porter un fort, et peut se trouver dans plusieurs coalitions de communes. Cette manière de raisonner par chapelets de communes est une invention qui aide mentalement à sortir de l'accablement administratif et de l'obsession des limites entre collectivités", étaie l'auteur. Il illustre son propos par l'exemple des maires des deux côtés de la Seine, autour d'Orly notamment. Ils doivent, selon lui, "apprendre à sortir de la pensée administrative". "Dans mes propositions, je m'appuie beaucoup sur les maires", reconnaît volontiers celui qui s'agace dans le même temps des "corporatismes de l'État" subsistant au sein de Voies navigables de France (VNF), la RATP, la SNCF, pour le projet du port de Gennevilliers qui sont des acteurs ou des projets sur lesquels "l'Etat peut et donc doit agir", assène l'architecte.

A86, la nouvelle centralité urbaine

L'autre grande ambition, climatique, vise à transformer le Grand Paris "en grande oasis métropolitaine". L'architecte évoque "les jardins partagés, terrasses végétalisées, les chemins verts et les arbres singuliers avec leur belle canopée". Il invoque sa règle du "vert à moins de cinq minutes pour chacun". Ainsi, tous les parcs et jardins des plus de 400 communes de l'unité urbaine (3) de Paris devront s'agrandir, s'épaissir, se complexifier, se planter, se relier…
Dans ce rapport, figure aussi la vision de la transformation de l'autoroute A86, rocade de la petite couronne, en nouveau centre de la métropole, sous forme d'avenues accueillant piétons et cyclistes, avec "des voies rapides, des contre-allées dans les arbres, des jardins devant les bâtiments". Ces 80 kilomètres, parfois désignés comme le super-périphérique parisien, relient les préfectures et sous-préfectures de la petite couronne ; raison de plus pour lui donner la vocation à devenir "la centralité interne de Paris en grand". Idem concernant les grandes autoroutes qui relient le centre à Paris-Charles-de-Gaulle et Paris-Orly." Tous les chemins historiques vers Paris [...] doivent redevenir les nouvelles grandes promenades de Paris comme les appelait Alphand", cite celui qui assume sa vision de "poète urbain".

Regrets d'un Grand Paris Express à 80% souterrain

Au rang des regrets pour ce Paris en grand, on trouve le choix de faire un Grand Paris Express à 80% en souterrain. "Pour approprier une ville, il est indispensable de la donner à voir. Peut-être y reviendra-t-on au moins pour certaines portions de lignes", espère l'auteur qui en revanche ne mâche pas des mots concernant le "désastre de Saclay". "Le cluster se résume aujourd'hui à une succession de bâtiments, dans un tissu de parkings de grandes institutions et grandes écoles, où aucun des étudiants ou des chercheurs n'est incité à échanger dans un tissu administratif éclaté sur plusieurs communes", décrit l'urbaniste qui appelle de ses vœux "une montagne Saint-Geneviève de type nouveau, à la belle urbanité, remplie de cafés et de théâtres en osmose avec un territoire agricole productif". "C'est le despotisme éclairé qui a fait de belles villes", conclut Roland Castro estimant qu'aujourd'hui, "c'est la passion de vivre ensemble nouée à l'urgence climatique qui peut nous pousser à agir".

 
(1) Source obsoco Forum vies mobiles, aspirations et projets de mobilité résidentielle des franciliens, avril 2018.
(2) Agence nationale de rénovation urbaine
(3) La notion d'unité urbaine repose sur la continuité du bâti et le nombre d'habitants. On appelle unité urbaine une commune ou un ensemble
de communes présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2.000 habitants. L'unité urbaine de Paris (Code Insee 00851) est composée de 432 communes.

 


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