Plan Action coeur de ville : "une petite révolution" en termes d'investissements

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Action Coeur de ville - Première rencontre nationale, Edouard Philippe, Premier ministre
© cohesion-territoires.gouv.fr | Action Coeur de ville - Première rencontre nationale, Edouard Philippe, Premier ministre

Pour la première fois, les élus des 222 villes retenues dans le plan Action coeur de ville étaient réunis à Paris, le 25 juin. L'occasion d'échanger entre eux, avec un État qui se voit avant tout comme un "facilitateur" des projets émanant des collectivités. Le directeur général de la Caisse des Dépôts a pu exposer un changement important dans sa doctrine d'investissement : soutenir des projets sans en attendre de forts rendements.

Le gouvernement a de nouveau insisté, mardi 26 juin, sur son rôle de "facilitateur" dans la mise en oeuvre du plan Action cœur de ville. "L'idée est d'accompagner la stratégie des maires, des élus, qui promeuvent la renaissance de leurs centres-villes", a insisté le Premier ministre, Édouard Philippe, à l’occasion de la première rencontre nationale du plan Action cœur de ville qui réunissait, dans les locaux du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), les élus des 222 villes concernées et tous les partenaires du plan (Caisse des Dépôts, Anru, Anah, Action logement, Epareca…). Le rôle de coordination de l’État passe par un préfet coordonnateur, en la personne de Rollon Mouchel-Blaisot (ancien directeur général de l’Association des maires de France), ainsi que par l'ensemble des préfets, et par le CGET. Ce dernier est notamment chargé de recenser les bonnes pratiques, d’animer une "plateforme" collaborative, en lien avec l’association Villes de France, fortement impliquée dans l’élaboration du plan.
"La caractéristique de ce projet, c'est d'être simple d'emploi", a martelé le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, répondant à la demande de Villes de France d’un "État facilitateur" pour permettre aux territoires de développer leurs propres projets. A l’inverse d’une politique qui serait imposée d’en haut.

Une douzaine de conventions signées

Le plan de revitalisation des centres-villes s'adresse en priorité aux villes de 15.000 à 100.000 habitants qui ont une "fonction de centralité". Parmi les 222 villes retenues le 27 mars dernier, 205 comprennent au moins un quartier prioritaire de la politique de la ville, dont 41 situés dans leurs centres anciens. Dans le lot, figurent 80 "petites villes". Cinq milliards d’euros sont mobilisés sur cinq ans, dont 1 milliard d’euros de la Caisse des Dépôts en fonds propres, 700 millions d’euros de prêts, 1,5 milliard d’euros d’Action logement et 1,2 milliard d’euros de l’Anah.
L’idée est d’actionner tous les leviers en même temps pour faire revenir les habitants en centre-ville : favoriser l'acquisition et la réhabilitation de logements, améliorer leur performance énergétique, développer une nouvelle offre commerciale en centre-ville, accompagner les commerçants dans la transition numérique ou simplifier leurs démarches d'implantation en centre-ville...
Alors qu’une douzaine de conventions ont d’ores et déjà été signées, Jacques Mézard a rappelé le calendrier : une cinquantaine de signatures d’ici la mi-juillet, le reste pour fin septembre. "Il faut aller très vite lorsque c'est possible, ailleurs ça prendra un peu plus de temps", a exhorté le Premier ministre. En effet, toutes les villes ne sont pas au même stade de leur réflexion et toutes n’ont pas les mêmes capacités d’ingénierie. C’est d’ailleurs l’un des apports importants du plan sur lequel la Caisse des Dépôts et l’Anah entendent se mobiliser fortement.
Par ailleurs, de nouveaux instruments vont permettre d’accompagner le plan, notamment à travers le projet de loi Elan en cours d’examen, comme l’opération de revitalisation territoriale (ORT), qui ne sera d’ailleurs pas réservée aux villes du plan de revitalisation.

Retours sur investissements plus modestes

Le directeur général de la Caisse des Dépôts, Éric Lombard, a pu exposer un changement de doctrine important en matière d’investissement : il s’agit de retenir des projets avec des retours sur investissements plus modestes dans ces villes qui rencontrent de nombreuses difficultés. Il s'agirait bien d'une "petite révolution" en termes de logiques d’investissements.
La rencontre a aussi été l’occasion de lancer un appel aux régions pour qu’elles s’impliquent dans le dispositif. C’est le cas de la région Grand Est avec Lunéville (Meurthe-et-Moselle), première commune à avoir signé sa convention, le 7 juin. Cette ville de 19.900 habitants cumulant désindustrialisation, périurbanisation, centre ancien dégradé classé en politique de la ville, n’était pas partie de rien : en dix ans, la commune et la communauté de communes ont investi quelque 34 millions d’euros dans des actions d’urbanisme ou de redynamisation commerciale. En 2015, le centre connaissait encore une vacance commerciale de 37% ! Depuis, la situation a commencé à s’améliorer et c’est avec satisfaction que la commune a pu intégrer le plan. La région Grand Est a décidé elle-même de soutenir 37 villes moyennes, dont Lunéville. Elle apportera un "premier niveau de diagnostic prospectif", une assistance méthodologique (ateliers, séminaires…), des aides sectorielles… Elle se propose même de créer un "fonds de soutien exceptionnel" avec les partenaires du plan pour financer des projets innovants.
Au lendemain de cette rencontre, jeudi, l'Association des petites villes de France (APVF), a appelé "solennellement le gouvernement à prendre conscience de la situation des petites villes et à leur porter une attention plus soutenue". "Ce sont près de 700 collectivités - et prioritairement, des petites villes - qui sont confrontées à ce phénomène de désertification de leurs centres-villes", insiste-t-elle. L'association annonce qu'elle organisera le 6 novembre, à Paris, un colloque national sur cette thématique, en partenariat avec la Caisse des Dépôts.

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