"L'Europe des sans-domicile a vu sa population augmenter" quasiment partout, selon la Fondation Abbé Pierre et la Feantsa

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© D. Allard / Rea |

La Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri, qui publient ce 21 mars leur troisième rapport sur le mal-logement en Europe, demandent aux Etats et aux institutions européennes de définir une stratégie claire d'éradication du sans-abrisme.

Près de 11 millions de ménages étaient "en privation sévère liée au logement" en Europe en 2016, soit 5% des ménages européens, selon la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa), qui présentaient ce 21 mars leur troisième rapport sur le mal-logement en Europe. Le nombre de sans-abri en Europe est quant à lui "inconnu". Et les données disponibles pour chaque pays ne sont pas comparables entre elles.
En Allemagne : 860.000 personnes sans domicile en 2016, un chiffre en hausse de 150% depuis 2014. En Angleterre : 4.751 sans-abri dormant à la rue une nuit en 2017, 167% de plus qu'en 2017. En Espagne : 16.437 personnes accueillies par jour en moyenne dans les centres d'hébergement d'urgence en 2016 (+ 20,5%). Dans la carte de "L'autre Europe" présentée par les deux organisations, tous les pays sont en rouge. Tous sauf un. La Finlande est en vert, car elle affiche une baisse de 18% entre 2009 et 2016 du nombre de sans-domicile (6.644). Le seul pays qui constate des progrès dans ce domaine est aussi le seul pays qui soit parvenu à mettre en place une stratégie globale de "Logement d'abord".

Des enfants accueillis massivement dans les centres d'hébergement

De ces données éparses, une tendance se dégage toutefois. "L'Europe des sans-domicile (…) a vu sa population augmenter de manière continue dans la quasi-totalité des pays de l’Union européenne", alertent Freek Spinnewijn, directeur de la Feantsa, et Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, en préambule du rapport. "Les visages du sans-abrisme évoluent, les enfants devenant le groupe le plus représenté parmi les personnes accueillies dans les hébergements d’urgence", ajoutent-ils.
Avant d'appeler les Etats et les institutions européennes à opérer une distinction claire entre hébergement et logement et à mettre en œuvre la "transformation systémique" nécessaire à l'"éradication du sans-abrisme".

En Finlande et en Norvège, le sans-abrisme saisi comme un problème "remédiable"

Pour cela, le rapport s'attache à décrire les conditions de réussite d'une stratégie "objectif zéro-sans domicile" en Europe. Il invite à placer "l’usager et ses droits au centre de la stratégie", à "mobiliser les ressources adéquates
" et à mettre en place une "gouvernance multi-niveaux" claire. L'exemple de la Finlande démontre aussi la nécessité d'une "stratégie continue et constante".
Non loin de la Finlande - qui a observé une baisse de 10% du nombre de sans-abri entre 2013 et 2016 - et en dehors de l'UE, la Norvège a enregistré une baisse de 36% entre 2012 (6.259 personnes sans-abri) et 2016 (3.909). "Dans les deux cas, le sans-abrisme a été saisi en tant que problème de logement et de violation des droits fondamentaux, remédiable, et non comme problème social inévitable puisant ses racines dans les problématiques individuelles. Ces deux pays ont mis en place des stratégies intégrées et décentralisées, dotées d’objectifs spécifiques, mesurables, atteignables et définis dans le temps."

Pour un objectif européen "zéro sans-abri" en 2030

Parmi les écueils à éviter énoncés par la Feantsa et la Fondation Abbé Pierre, citons : "Elaborer une politique ambitieuse et en saboter
 les effets en pratique en criminalisant les personnes sans-domicile" ou encore "La politique en silos : le danger de ne pas associer
 une stratégie de lutte contre le sans-abrisme à une politique 
efficace de logement décent et abordable pour tous".
Pour encourager la construction de ces stratégies nationales, les deux organisations demandent à l'Union européenne de définir un cadre commun, avec un "objectif d’élimination du sans-abrisme
 en Europe d’ici 2030", un suivi des progrès réalisés en la matière et la mobilisation de fonds. "Le processus de préparation de la stratégie post-2020 de l’Union européenne et du prochain cadre financier pluriannuel est une opportunité à ne pas manquer", estiment-elles.
Outre des chiffres globaux sur le mal-logement, le rapport propose des focus sur cinq pays – Autriche, Italie, République tchèque, Angleterre, Suède – et des analyses thématiques – dont une sur les liens entre prix du logement et précarité en Europe. Il décrypte enfin les droits au logement établis aux niveaux européen et international.

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