Pauvreté des enfants et des jeunes : Agnès Buzyn et Olivier Noblecourt lancent la concertation


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La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, entourée (à sa droite) d'Olivier Noblecourt et d'une partie des présidents de groupes de travail
© Caroline Megglé | La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, entourée (à sa droite) d'Olivier Noblecourt et d'une partie des présidents de groupes de travail

La concertation destinée à élaborer une stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes a été lancée officiellement le 4 décembre. L'occasion pour la ministre des Solidarités et le délégué interministériel en charge du dossier de clarifier l'approche du gouvernement : une continuité par rapport à certaines dimensions du plan précédent, mais une différence d'objectif et de méthode, avec l'idée de créer un large consensus autour de la nécessité d'un investissement social en faveur des plus jeunes.

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, ont lancé le 4 décembre la concertation destinée à élaborer la stratégie de lutte contre la pauvreté qui avait été annoncée par le président de la République le 17 octobre dernier (voir ci-dessous notre article du même jour).
"La stratégie que nous souhaitons mettre en œuvre a bien pour vocation de couvrir l'ensemble des publics qui sont dans la précarité et l'exclusion", a précisé la ministre des Solidarités à la presse, au terme d'une réunion avec le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (CNLE).

Rassurer les associations et aller au-delà de la thématique de l'accès au droit

"On sentait de la part des différents acteurs, notamment du CNLE, une forme d'inquiétude sur le fait que la feuille de route ministérielle sur le sujet avait l'air de se restreindre à la simplification des minima sociaux, la lisibilité des systèmes et le non-recours aux droits", a poursuivi Agnès Buzyn. Si "cette feuille de route pouvait sembler un peu rudimentaire par rapport à la gravité de la situation et la complexité des enjeux", il s'agirait désormais de "prendre le temps de réfléchir à une feuille de route plus complète qui réponde aux problématiques d'aujourd'hui".
L'"angle particulier" qui a été "expliqué aux associations" vise à faire baisser le nombre d'enfants pauvres - 3 millions, un chiffre qui n'aurait "cessé d'augmenter ces dernières années malgré les stratégies générales de lutte contre la pauvreté" - et à lutter contre le "déterminisme social", la "quasi-impossibilité pour ces enfants et ces jeunes de sortir de la pauvreté".

Continuité sur le travail social ou la lutte contre le non-recours, rupture sur l'ambition affichée pour les plus jeunes

Cette porte d'entrée démontre "une volonté de se situer clairement du côté de la prévention et de l'investissement social", a complété Olivier Noblecourt. Certes le gouvernement "s'adosse sur le plan pluriannuel qui a obtenu des résultats", avec l'idée de prolonger "certaines dynamiques" jugées prometteuses - sur la lutte contre le non-recours, le travail social ou encore les points conseils budget.
Il entend toutefois aller "plus loin" en mobilisant, "dès la conception de la stratégie", l'ensemble des acteurs. "Ce n'est pas uniquement en pensant un plan de manière nationale et ensuite en cherchant à le décliner que nous obtiendrons des résultats", a considéré celui qui a participé à l'élaboration du précédent plan de lutte contre la pauvreté. L'ancien maire-adjoint de Grenoble aspire à "créer un consensus d'acteurs" autour de l'idée d'un nécessaire investissement social dès le plus jeune âge pour rompre avec "l'inertie et le déterminisme".
Sur l'aspect collectif de la démarche, on se souvient en effet que, lors du quinquennat précédent, le rapport annuel gouvernemental relatif aux avancées du plan Pauvreté était doublé d'un autre rapport émanant des associations (voir par exemple notre article du 24 mars 2017).

Un groupe sur la gouvernance locale confié au président de Meurthe-et-Moselle et à la présidente de l'Unccas

Pour éviter cela dans le cadre de la nouvelle stratégie, trois responsables associatifs, ainsi que trois élus locaux et un directeur de centre communal d'action sociale - celui de Grenoble, dont Olivier Noblecourt a été le vice-président entre 2008 et 2014 - se voient confier la co-présidence de l'un des six groupes de travail thématiques (voir les intitulés de ces groupes et leurs présidents dans l'encadré ci-dessous).
Présidé par Joëlle Martinaux, maire-adjointe de Nice et présidente de l’Unccas, et Mathieu Klein, président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle et membre du bureau de l'Assemblée des départements de France (ADF), l'un des groupes vise ainsi à "piloter la lutte contre la pauvreté à partir des territoires". Cette nouvelle gouvernance "devra tenir compte des réalités des territoires et des plans qui existent déjà, comme les pactes territoriaux d'insertion, les plans d'action pour le logement, les schémas départementaux enfance-famille et bien d'autres", a détaillé Joëlle Martinaux.
Dans les autres groupes, il sera question de petite enfance, de réussite scolaire et de prévention du décrochage, des jeunes sortants de l'aide sociale à l'enfance, de prévention des ruptures, de mal-logement, de précarité bancaire ou encore de la place des bénévoles dans l'accompagnement renforcé.
La hausse du revenu de solidarité active (RSA) ne devrait cependant pas être à l'ordre du jour, au grand dam des associations. Suite aux bénéfices constatés de la garantie jeunes, la question d'un revenu minimum garanti pour les 18-25 ans sera en revanche discutée dans le groupe consacré à l'insertion des jeunes (voir aussi notre article du 27 novembre dernier "Revenu universel : huit départements prêts à tenter l'expérience").

Trois mois de concertation et une stratégie présentée en avril

Parallèlement à ces réflexions conduites au niveau national, la concertation prévoit dix rencontres territorialisées, dont une en outre-mer, entre janvier et mars 2018, avec à chaque fois une thématique particulière et la présence du ministre concerné - ministre de la Cohésion des territoires ou son secrétaire d'Etat pour le logement notamment, ministre de l'Education nationale, ministre du Travail, etc.
Les groupes nationaux comme les rencontres locales devront organiser "le recueil des connaissances empiriques des dispositifs des personnes directement concernées", a ajouté Olivier Noblecourt. Une plateforme d'expression sera aussi ouverte en janvier 2018. Les collectivités et autres acteurs des territoires alimenteront en outre une "revue des bonnes pratiques", autre signe de la "volonté extrêmement claire de partir du local", a estimé le délégué interministériel.
Suite à ces trois mois de concertation, la stratégie sera "remise" au président de la République début avril.
 

Les six groupes de travail nationaux

- "Eradiquer la pauvreté des enfants", présidé par Nathalie Casso-Vicarini (présidente de l’association Ensemble pour l’éducation de la petite enfance) et Frédéric Leturque (maire d’Arras, conseiller régional).
- "Prévenir la vulnérabilité des jeunes et favoriser leur insertion", présidé par Antoine Dulin (vice-président du Cese) et Fiona Lazaar (députée).
- "Développer l’accompagnement global et les leviers de prévention de la pauvreté", présidé par Olivier Véran (député) et Véronique Fayet (présidente du Secours catholique).
- "Accès aux droits et aux services, lutte contre le non-recours", présidé par Matthieu Angotti (directeur général du CCAS de Grenoble) et Aurore Bergé (députée).
- "Un accompagnement renforcé dans la lutte contre l’exclusion", présidé par Christine Laconde (directrice du Samu social Paris) et Alain Régnier (préfet).
- "Piloter la lutte contre la pauvreté à partir des territoires", présidé par Joëlle Martinaux (présidente de l'Unccas) et Mathieu Klein (président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle).

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