Discours de Tourcoing - Emmanuel Macron appelle à une "mobilisation nationale pour les villes et pour les quartiers"


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Emmanuel Macron et Jean-Louis Borloo ce 14 novembre à Tourcoing
© AFP | Emmanuel Macron et Jean-Louis Borloo ce 14 novembre à Tourcoing

Dans l'attente d'un comité interministériel à la ville annoncé par Jacques Mézard pour "d'ici à la fin de l'année", Emmanuel Macron a donné, mardi 14 novembre à Tourcoing, sa vision du futur "plan de bataille" qu'il entend mener en faveur des quartiers de la politique de la ville, dans le cadre d'une "mobilisation nationale". Le futur plan, qui sera établi "d'ici à février 2018", bénéficiera non seulement de l'engagement direct du président de la République, mais aussi de "l'expertise" et de "l'expérience" de Jean-Louis Borloo.

Emmanuel Macron a appelé, mardi 14 novembre à Tourcoing, à une "mobilisation nationale pour les villes et pour les quartiers", promettant "un plan de bataille clair" et assurant que "personne" ne perdra "le moindre crédit" en 2018 dans les communes concernées. "Cette mobilisation nationale pour les villes et pour les quartiers, elle doit être celle du gouvernement, des collectivités territoriales, des associations, des entreprises, des intellectuels", a-t-il déclaré. "Je veux que le visage de nos quartiers ait changé d'ici la fin du quinquennat", a-t-il poursuivi, en précisant que le plan serait établi d'ici à février 2018.

Jean-Louis Borloo "remet les gants"

Pour mener cette mobilisation, Jean-Louis Borloo "remet les gants", a annoncé le chef de l'Etat. "Cela fait plusieurs semaines qu'on travaille, qu'on avance", a confirmé à l'AFP l'intéressé, ancien ministre de la Ville, père de l'Anru et ex-maire de Valenciennes. "Le message du président est clair. Ce qui est très important, c'est qu'un plan, ça se rédige avec tous les acteurs, avec des indicateurs et une évaluation", a-t-il ajouté.
Jean-Louis Borloo n'aura "pas de fonction particulière" auprès de l'exécutif "mais son expertise et son expérience sur les sujets de la politique de la ville sont précieux" et "les deux ministres en charge de la cohésion des territoires ne manqueront pas de le solliciter", a confirmé à l'AFP l'entourage du président de la République.

Des plans locaux de lutte contre la radicalisation pour une quinzaine de territoires

Estimant que la "radicalisation s'est installée parce que la République a démissionné" dans "nombre de nos territoires en difficulté", Emmanuel Macron a promis "d'avoir, dans les quelques dizaines de quartiers où elle s'est concentrée, une politique profondément exigeante, rigoureuse et parfois autoritaire, de fermeture des structures inacceptables, de rétablissement des comportements républicains" (voir aussi nos articles des 5 et 22 septembre 2017 sur le futur plan national de prévention de la radicalisation).
"D'ici au début de l'année prochaine, une quinzaine de plans de lutte contre la radicalisation et d'activation d'une politique de déradicalisation seront (...) présentés par le ministre de l'Intérieur et l'ensemble des ministres compétents." Ces plans devraient être "négociés avec les élus, avec des moyens supplémentaires, des fermetures de structures, et une action résolue sur le terrain".
On en est là, selon Emmanuel Macron, "parce que nous avons, dans des quartiers, fermé des écoles, supprimé de l'aide pour les plus âgés ou les plus jeunes et que des associations sont arrivées, qui ont proposé des solutions pour tout ça, avec un visage enchanteur. Mais elles ont proposé à chaque fois en même temps de sortir nos concitoyens de la République et de l'histoire républicaine. C'est ce qu'ont fait les associations salafistes, les associations qui ont porté la radicalisation d'un islam et qui ont profondément fracturé nos quartiers", a ajouté le président de la République. Mais "je ne confondrai jamais les quelques milliers de radicalisés et les millions d'habitants des quartiers populaires", a-t-il tenu à préciser au passage.

Emplois aidés : la fin de la multiplication des pains

Emmanuel Macron a rappelé que les emplois aidés seraient maintenus à un volume de 200.000 contrats en 2018 (Ndlr : chiffre retenu à ce jour dans le cadre du débat sur le PLF 2018, après 310.000 en 2017, voir notre article du 10 novembre 2017) et prioritairement dévolus aux quartiers populaires. Selon lui, "il n'est pas sain, selon les cycles électoraux, de monter à 500.000 ou 600.000 les emplois aidés en les plaçant comme des petits pains auprès des collectivités ou des maires pour arranger les chiffres du moment et nous expliquer que c'est l'alpha ou l'oméga de la politique de l'emploi. Un contrat aidé, c'est un contrat à court terme subventionné par l'Etat. Un contrat aidé, ce n'est pas la bonne solution quand il n'y a pas une formation à la clé pour trouver un emploi".
"Que ceux qui les défendent les prennent ! Ils n'en voudraient pas pour eux-mêmes !", a-t-il lancé, expliquant que "ce que nous faisons, c'est un investissement en profondeur, bien supérieur à l'économie faite sur les contrats aidés. Qui consiste à respecter les femmes et les hommes (...) en leur proposant une formation, une qualification, c'est ce (à quoi) ils ont droit."

Les emplois francs expérimentés dans une dizaine d'agglomérations

Parallèlement à la réduction des emplois aidés, les emplois francs seront expérimentés l'an prochain dans plusieurs agglomérations (voir notre article du 10 novembre 2017). Tous les quartiers politique de la ville Seine-Saint-Denis seraient concernés, ainsi que le Val de France (qui comprend notamment les communes de Sarcelles et Villiers-le-Bel, dans le Val-d'Oise), Cergy-Pontoise (également dans le Val-d'Oise), Grand Paris Sud (dont Grigny et Evry, dans l'Essonne), Marseille, Lille et Angers, a annoncé l'Elysée.
Les "emplois francs" expérimentés pendant le quinquennat Hollande avaient été abandonnés en 2014 en raison de critères jugés aujourd'hui "trop rigides". Le ministère du Travail a promis que "les leçons de l'expérience précédente ont été tirées", arguant que "le public cible a été élargi à tout demandeur d'emploi" et que "le montant d'aide a été relevé pour être plus incitatif". Concrètement, une entreprise ou une association bénéficiera d'une prime de 15.000 euros sur 3 ans pour une embauche en CDI et 5.000 euros sur 2 ans pour un CDD de plus de 6 mois attribué à un demandeur d'emploi de ces quartiers. L'embauche de 12.000 à 25.000 personnes est ainsi attendu l'an prochain.

"Prendre lui-même en main les enjeux républicains de la politique de la ville"

Dans son discours, Emmanuel Macron a également évoqué l'augmentation des forces de police et des places de crèches ou encore l'amélioration des transports. Il a aussi annoncé un "grand plan de lutte contre les discriminations".
La veille, avant d'effectuer un premier déplacement sur le thème de la politique de la ville à Clichy-sous-Bois aux côtés du maire Olivier Klein - nommé pour l'occasion à la présidence de l'Anru (voir notre article ci-dessous) - le président de la République avait reçu à l'Elysée des représentants de maires, des parlementaires, des associations et des représentants de conseils citoyens, pendant près de trois heures. Ville & Banlieue, qui faisait partie des invités, s'est félicitée qu'Emmanuel Macron ait "manifesté une volonté d’écoute des inquiétudes et des enjeux républicains pour les 5 millions de résidents des quartiers populaires". "Tous les sujets ont été librement abordés", affirme-t-elle. Et, "si le président n’a rien annoncé de concret (...), il a néanmoins manifesté une volonté de prendre lui-même en main les enjeux républicains de la politique de la ville, indiquant sa décision de co-construire avec ses hôtes du jour, dans la durée, les politiques publiques en ce domaine, ouvrant un chantier qui fera l’objet de points trimestriels de fonctionnement sous sa propre autorité". 

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