Education - Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, va-t-il réviser la "géographie de l'école" ?


Envoyer à un contact

Vos coordonnées

Coordonnées de votre/vos contact(s)

*Champs obligatoires.

© S. Audras / REA |

Etant donné son passé en cabinet ministériel de la rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer, nommé le 17 mai ministre de l'Education nationale, connaît assurément sa géographie de l'école. "Géographie de l'école 2017", la dernière édition du volumineux recueil statistique et cartographique édité par la Depp, lui permettra si besoin d'actualiser ses connaissances, et d'y piocher les chiffres qui appuieront opportunément sa politique, par exemple en faveur des regroupements des "petites" écoles" et des "petits" collèges. Une telle politique serait toutefois en contradiction avec la "cohésion des territoires". Une doctrine gouvernementale sur "l'aménagent du territoire scolaire" va sans doute très vite s'imposer.

Réviser la carte des établissements scolaires en regroupant les établissements de "petite" taille. Ce n'était pas dans le programme du candidat d'En Marche ! C'est l'une des "Propositions pour une Education nationale rénovée" de Jean-Michel Blanquer, choisi le 17 mai pour être le ministre de l'Education nationale du gouvernement Philippe. Cette idée, il l'a développée dans son ouvrage "L'école de demain", paru à l'automne dernier. Un ouvrage aux allures de programme politique que l'ex-directeur adjoint de Gilles de Robien ministre de l’Education nationale sous le gouvernement Villepin (quinquennat Chirac) et ex-Dgesco (Directeur général de l'enseignement scolaire) de Luc Chatel sous le gouvernement Fillon (quinquennat Sarkozy) destinait plutôt à un quinquennat juppéiste). Ses idées concernant les regroupements d'établissements "de petite taille" ne manqueront pas d'inquiéter les élus "de petits territoires".

Considérer qu'il y a "trop" de "petites" écoles n'est pas vraiment nouveau

Considérer qu'il y a "trop" de "petites" écoles et de "petits" collèges, c'était aussi l'avis de Pierre-Yves Duwoye, également haut fonctionnaire de l'Education nationale, auteur d'un blog ouvert durant la campagne présidentielle (voir notre article du 4 mai 2017). Mais ce n'est pas vraiment nouveau à l'Education nationale. Vincent Peillon avait signé, début 2014, la première "convention pour un aménagement du territoire scolaire" du quinquennat Hollande (avec le Cantal, voir notre article du 13 mars 2014) et Najat Vallaud-Belkacem adressait en octobre dernier une instruction aux recteurs leur demandant de multiplier les "conventions ruralités", alors au nombre de 22 (voir notre article du 14 octobre 2016). Elles seraient une trentaine aujourd'hui, à proposer aux élus locaux de maintenir le nombre d'enseignants dans leurs territoires en échange d'une révision du tissu scolaire impliquant des regroupements d'écoles au sein des RPI (regroupements pédagogiques intercommunaux), voire la fermeture d'écoles vraiment "trop" "petites".

Une analyse de la variété des contextes éducatifs

Dans ce contexte de renouvellement de l'exécutif, la publication récente de l'édition 2017 de la "Géographie de l'Ecole" prend une dimension nouvelle. La Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, ministère de l'Education nationale) propose "une analyse de la variété des contextes éducatifs et des disparités territoriales en matière d’éducation" via 39 fiches thématiques sur l’environnement économique, social et familial des élèves, le contexte scolaire, les moyens et ressources humaines mis en œuvre ainsi que sur les parcours scolaires et les résultats... Tout cela avec moult cartes, graphiques, tableaux statistiques...
Son ambition affichée est de "donner des clés de réflexion aux acteurs de l’éducation et de la formation" et "les guider dans la réalisation de diagnostics territoriaux". Ce pourrait être également un outil machiavélique pour pointer du doigt les établissements trop "petits".

20% des écoles sont "petites"

Selon la Depp, tous les 1.666 bassins de vie qui structurent le territoire national possèdent aujourd'hui au moins une école. La part des enfants vivant dans une commune "isolée" (au sens où la commune échappe à l’influence d’un pôle urbain) dépasse 25% dans quatre départements du Massif central ainsi que dans le Gers. Elle atteint 47% dans la Creuse et 39% en Lozère.
La Depp considère qu'une "petite" école est celle qui comprend "deux classes ou moins". Cela représente 20% des écoles de France. Elles accueillent 5% des élèves du premier degré, soit 343.600 élèves. 79% de ces "petites" écoles appartiennent à des communes de moins de 1.000 habitants (seules 6% sont dans des communes de plus de 10.000 habitants).
Les bassins de vie des académies d’Ile-de-France, de l’Ouest de la France, du pourtour méditerranéen ainsi que ceux d’une grande partie de l’académie de Lyon comptent peu de "petites" écoles. A l’inverse, dans les académies de Dijon, Clermont-Ferrand, Toulouse, Limoges et en Corse, leur part est supérieure à un tiers.
Les vingt-trois bassins de vie des DOM comptent peu de "petites écoles" : seulement 4% d’écoles de deux classes ou moins, en moyenne. A l’inverse, les écoles de huit classes ou plus représentent 55% des écoles.
La Guadeloupe et la Martinique se distinguent par un nombre moyen d’élèves par école proche de celui constaté en métropole (environ 150 élèves), tandis qu’à La Réunion, en Guyane et à Mayotte ce chiffre oscille entre 227 et 271.

25% des écoles sont "grandes"

La Depp considère qu'une "grande" école est celle qui comprend "huit classes ou plus". Cela représente 25% des écoles de France. Elles scolarisent 3.348.000 élèves soit près de la moitié d’entre eux. 65% d’entre elles sont présentes dans les communes de plus de 10.000 habitants et il y en a très peu (1%) dans les communes de moins de 1.000 habitants. Les académies des DOM (hors Guadeloupe) et d’Ile-de-France sont celles où l’on trouve le plus d’écoles de grande taille en proportion (toujours plus de 40%). Dans celles de Dijon, Poitiers, Besançon, Clermont-Ferrand et Limoges c’est en revanche le cas de moins d’une école sur huit.
A la rentrée 2016, il y avait en moyenne 8,2 écoles pour 10.000 habitants et 133 élèves par école. C'est évidemment une moyenne. "Dans les zones peu peuplées, il y a beaucoup de petites écoles, d’où une forte densité d’écoles mais un faible nombre moyen d’élèves par école" et "c’est l’inverse dans les zones très urbanisées", commente la Depp. C'est pourquoi, en toute logique, parmi les académies affichant le plus grand nombre moyen d’élèves par école, cinq d’entre elles ont également les plus faibles densités d’écoles par habitant : Paris, Nice, Créteil, La Réunion et Versailles.
Dans la situation opposée, l’académie de Dijon affiche la plus forte densité d’écoles (12,2 pour 10.000 habitants) et le plus faible nombre moyen d’élèves par école (82). A un degré moindre, Besançon, Amiens, Clermont-Ferrand et Nancy-Metz sont également dans ce cas.

Les "petits" et les "grands" collèges

A la rentrée 2016, il y avait 7.130 collèges pour près de 3,3 millions de collégiens. "On compte 100 collèges et près de 90.000 élèves de plus qu’il y a 10 ans", note la Depp. En moyenne, un collège accueille 460 élèves, "c’est 10 de plus qu’en 2006".
Les collèges considérés comme "grands" sont ceux accueillant plus de 750 élèves. Ils sont situés près des grandes agglomérations ou autour du littoral méditerranéen ; c’est dans les DOM qu’ils sont les plus nombreux. Un département sur cinq n'en a pas. Ils ne représentent qu’un établissement sur douze et accueillent 16% des élèves. Ils sont deux fois moins nombreux que les "petits" collèges, qui accueillent quant à eux 6% des élèves.
Les collèges considérés comme "petits" sont ceux accueillant moins de 250 élèves. Ils se situent "globalement dans les départements ruraux" et "plutôt dans le centre de la France", indique la Depp. Ils représentent trois collèges sur quatre dans le Cantal, sept sur dix dans la Creuse et deux sur trois en Lozère. Ce sont deux collèges sur cinq dans les académies de Clermont-Ferrand et de Limoges.

Les lycées les plus grands sont dans les territoires littoraux ou périurbains

Dans les lycées d’enseignement général et technologique (LEGT), la situation est sensiblement différente : 2.654 lycées scolarisent un peu plus de 2,1 millions d’élèves. Les "petits" LEGT (moins de 500 élèves) accueillent 10% de ces élèves, tandis que les "grands" LEGT (1.500 élèves et plus) en accueillent 22%.
Les effectifs de lycéens ont augmenté de 7% en 10 ans, alors qu’il n’y a que cinq LEGT de plus. Un LEGT accueille en moyenne 810 élèves (contre 755 en 2006). Les LEGT sont de plus petite taille à Paris, dans les départements du Centre et de l’Est de la France. Dans les Hautes-Pyrénées et la Haute-Corse, plus de deux LEGT sur trois sont de petite taille.
A la rentrée 2016, un département sur trois n’a aucun LEGT de plus de 1.500 élèves. Un LEGT de grande taille sur dix est situé en Haute-Garonne, dans les Bouches-du-Rhône ou dans le Nord. Les départements où leur part est importante se situent principalement dans des zones de forte densité urbaine comme le littoral méditerranéen ou la côte aquitaine.

Les lycées professionnels sont de taille réduite

Les lycées professionnels (LP) sont de taille réduite par rapport aux LEGT : 1.484 établissements accueillent 460.000 élèves à la rentrée 2016, soit une moyenne de 310 élèves par LP contre 332 en 2006. "Ces dix dernières années, face à une baisse significative des effectifs, le nombre de lycées professionnels a diminué (200 établissements en moins), au profit des lycées polyvalents comptabilisés avec les LEGT", rappelle la Depp.
Les lycées polyvalents scolarisent plus d’un tiers des élèves qui suivent une formation professionnelle, les "petits" LP accueillent 10% des élèves. Un peu plus d’un lycée professionnel sur trois scolarise moins de 200 élèves. Dans les départements du Centre, du Grand Ouest et dans l’Est de la France, ainsi que sur le littoral méditerranéen, cette proportion dépasse les 40%.
A l’inverse, un département sur deux ne compte aucun LP de grande taille. Outre les DOM, ces lycées se situent dans la moitié nord de la France, notamment dans le Pas-de-Calais, et dans l’extrême Sud-Est, comme en Corse, dans le Var et les Alpes-Maritimes. Globalement, les grands LP accueillent 22% des élèves.

Faible taux d’occupation des établissements du Nord-Est et du Centre

Le nombre d’élèves scolarisés rapporté à la capacité d’accueil déclarée par les chefs d’établissement représente, selon la Depp, "une mesure de la qualité de l’accueil" des collégiens ou lycéens dans leur établissement.
En 2015-2016, les collèges déclarant un taux d’occupation de plus de 85% se situent essentiellement dans les académies du Sud-Ouest de la France, mais également dans celles d’Orléans-Tours et des DOM hors Guadeloupe et Martinique. Dans les départements de l’Ain, du Tarn-et-Garonne, de Guyane et de Mayotte, le taux dépasse 90%.
A l’inverse, ce taux d’occupation moyen est inférieur à 70% dans des départements ruraux formant un axe allant de l’Est vers le Centre de la France, notamment dans la Creuse (56%).
Des disparités spatiales de même type existent pour les lycées. Les académies du Sud, de Nice à Toulouse, ainsi que celles de Versailles, de Guyane et de Mayotte ont des taux d’occupation moyens supérieurs à 85%. A l’opposé, ils sont peu élevés dans la plupart des académies du Nord-Est ainsi qu’à Limoges.

Peu d'internats en Ile-de-France

Autre indicateur important en termes d'aménagement du territoire scolaire : 5% des collèges sont dotés d’un internat et 56% des lycées. Dans un département sur cinq, on ne compte aucun internat dans les collèges publics. Ceux d'Ile-de-France, par exemple, en ont très peu : un seul dans Paris, le Val-d’Oise, les Yvelines et en Seine-et-Marne. En revanche, la part des collèges dotés d’internat est nettement supérieure à la moyenne nationale dans des départements se situant principalement dans le Centre-Sud de la France : trois collèges sur quatre dotés en Lozère et plus de deux collèges sur cinq dans l’Aveyron, le Cantal et la Corrèze (avec un maximum de 11 internats).
Pour les lycées, ceux situés dans les académies à forte densité urbaine de l’Ile-de-France sont peu équipés en internat (moins de 13%) à l’inverse des académies de Reims, Dijon, Clermont-Ferrand, Poitiers, Corse et Caen (plus de 80%) "qui comptent des départements davantage ruraux", fait remarquer la Depp.
C’est l’académie de Bordeaux qui a le plus grand nombre d’internats (102), mais la part d’établissements dotés d’internat n’y est pas la plus élevée (77%).


Pour aller plus loin

Lire aussi