Hébergement - Les associations s'inquiètent des baisses de crédits des CHRS et d'une "catastrophe humanitaire" avec les remises à la rue

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© JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP |

Alors qu'approche la fin de l'hiver, les grandes associations impliquées dans la gestion de l'hébergement d'urgence (Fédération des acteurs de la solidarité, Fehap, Uniopss, Croix-Rouge, Emmaüs, Armée du Salut...) ont adressé, le 8 mars, une lettre ouverte au Premier ministre, pour demander la suspension du plan d'économie sur les crédits des CHRS (centres d'hébergement et de réinsertion sociale). Pour sa part, le Collectif des associations unies - qui fédère 34 organisations nationales de lutte contre les exclusions - a affirmé, lors d'une conférence de presse tenue le 7 mars, redouter une "catastrophe humanitaire majeure" avec le risque des remises à la rue à la fin de la trêve hivernale.

Un plan d'économie de 57 millions d'euros

Dans leur courrier au Premier ministre, les associations gestionnaires de structures d'hébergement visent la mise en œuvre, confirmée par le ministre de la Cohésion des territoires, "d'un plan d'économie de 57 millions d'euros sur ces établissements en quatre ans, dont 20 millions dès 2018, à partir de la mise en place par voie réglementaire de tarifs plafonds". Pour les signataires, l'application brutale de cette mesure pourrait conduire à la fermeture de plus d'un millier de places d'hébergement et à la suppression de plusieurs centaines de postes d'intervenants sociaux, travaillant quotidiennement auprès des plus exclus.
Les signataires reconnaissent certes "l'effort budgétaire conséquent de l'Etat en faveur de l'hébergement des personnes vulnérables voté en loi de finances 2018", mais ils ne comprennent pas une mesure d'économie qui privilégie - au détriment des CHRS - les hôtels et les centres d'hébergement d'urgence "dans lesquels l'insuffisance de l'accompagnement limite fortement les possibilités d'insertion des personnes hébergées".

Tarif plafond contre CPOM

L'application mécanique d'un tarif plafond - qui n'est pas sans rappeler la réforme de la tarification des Ehpad - leur semble également contradictoire avec la démarche des contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens (CPOM).
Enfin, les signataires rappellent que leurs budgets ont été établis à l'automne 2017 sur d'autres bases et qu'ils n'auront donc connaissance de leurs budgets 2018 qu'en cours d'année et devront "ajuster leurs charges de fonctionnement de manière rétroactive au 1er janvier 2018". Conséquence : "Les économies imposées porteront uniquement sur la fin de l'année 2018 et seront donc beaucoup plus abruptes et dès lors difficilement atteignables".
Les signataires demandent donc au Premier ministre de "sursoir à cet arbitrage, pour que nos associations puissent engager avec vos services un travail de fond visant à élaborer une nouvelle tarification qui ne pénalise pas les publics les plus en difficulté et qui n'ait pas pour unique finalité une rationalisation budgétaire à court terme".

Pour la pérennisation des 5.000 places supplémentaires

Du côté du Collectif des associations unies (CAU) - dont le porte-parole est Florent Gueguen, par ailleurs directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité -, l'inquiétude porte sur la date du 31 mars, qui marque la fin de la trêve hivernale. Ce "compte à rebours infernal" est en effet synonyme à la fois de réouverture de la possibilité d'expulsion et de fermeture de certaines places ou structures d'hébergement d'urgence.
Pour Florent Gueguen, "à ce jour, nous n'avons aucune annonce, aucune précision sur le nombre de places d'hébergement qui vont être pérennisées, ni sur comment vont être orientées les personnes qui se trouvent, à ce jour, dans des lieux d'accueil". L'inquiétude porte notamment sur les 5.000 places supplémentaires ouvertes dans le cadre du plan Grand Froid et qui pourraient fermer à partir du 1er avril.
Sans pérennisation "massive" des places d'hébergement, ni orientation des sans-abri vers des logements durables, le collectif estime qu'"on se prépare à une crise humanitaire dans les grandes villes, avec des remises à la rue de milliers de personnes sur Paris, Lyon, Lille et Marseille", villes dans lesquelles ont été ouvertes des places supplémentaires d'hébergement d'urgence. En attendant que le plan "Logement d'abord" produise ses effets, la CAU réclame donc a minima la pérennisation de 5.000 places, "comme cela a été fait l'année dernière sous le précédent gouvernement".


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