Mobilités - Transports : comment replacer l'usager au centre ?


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L'avenir du secteur ferroviaire et la place de l'usager ont été au coeur des débats de la quatrième conférence Transports & mobilité durable qui s'est tenue à Paris le 17 mai en présence de 250 acteurs du secteur. Alors que le dossier des Intercités ou trains d'équilibre du territoire (TET) doit être finalisé cet été, un représentant du ministère de l'Environnement a expliqué qu'à terme, le gouvernement ne devrait plus subventionner que quatre lignes jugées "structurantes", les autres pouvant être reprises par les régions.

Dégradation de la situation ferroviaire, serpent de mer de l'ouverture à la concurrence, évolution de la gouvernance territoriale, des constats reviennent en boucle et à peine résolus d'autres problèmes surgissent. "Une somme de défis reste au final à relever", a pointé Bruno Gazeau, président de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut), pour introduire la quatrième conférence Transports & mobilité durable qui s'est tenue à Paris le 17 mai.
Concernant le ferroviaire les deux priorités restent pour cette association d'usagers la sécurité et la fiabilité. Sévère envers l'état du secteur, son constat cible la nécessaire reconstitution par l'Etat d'un réseau Intercités digne de ce nom et la définition d'un schéma national des services de transport, tel que la loi d'août 2014 portant réforme ferroviaire l'avait entériné. "Il y a un besoin d'un meilleur maillage des lignes Intercités pour ne pas pénaliser l'accès aux villes moyennes et risquer de les paupériser", insiste la Fnaut. A ses yeux le manque d'un Etat stratège pèse d'autant plus que ces modes sont bousculés par le numérique et les nouvelles mobilités. "Covoiturage et autopartage, il ne suffit pas d'observer leur développement. Il faut veiller à l'équité entre les modes. L'intégration de ces nouvelles mobilités dans une vision nationale qui justement fait défaut représente un enjeu", poursuit Bruno Gazeau.
Et d'évoquer un enjeu connexe, l'ouverture des données des services de transport et de mobilité. Pour rappel, la loi Macron entrée en vigueur en novembre dernier impose que les données des services réguliers de transport public de personnes et des services de mobilité soient diffusées librement, immédiatement et gratuitement. Sont concernées les dessertes de voyageurs par voie aérienne, maritime, ferroviaire ou routière, qu'elles soient opérées avec conventionnement ou dans le champ concurrentiel. Les transports scolaires ou les services de transport à la demande ne le sont pas. L'obligation s'impose à tous les opérateurs, qu'il s'agisse d'un exploitant privé ou d'une autorité organisatrice opérant en régie. D'autres pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas publient des données sur l'ensemble de leur offre de transport collectif. Une pratique encouragée par la directive européenne ITS (systèmes de transport intelligent). Quant à la diffusion des données collectées, elle devra être conforme à un décret d'application qui a pris du retard mais est attendu dans les prochaines semaines.
Concernant l'évolution des usages, Laurence Broseta, directrice générale France de Transdev, confirme qu'elle est rapide : "Le voyageur est de plus en plus connecté". L'opérateur, ajoute-t-elle, considère ces outils numériques comme des leviers pour développer l'intermodalité. Cette digitalisation aurait du bon, insiste Nathalie Leboucher, directrice de la stratégie, de l'innovation et du développement du groupe RATP, car outre le fait d'impacter la relation aux voyageurs, "elle créé en interne de nouveaux métiers".
Leçon à tirer de tels changements : une impérieuse nécessité de remettre l'usager au centre. Pour Louis Nègre, sénateur des Alpes-Maritimes, président du Gart et co-président de ces rencontres, ne plus perdre de vue l'usager, le reconsidérer et veiller à toujours défendre l'intérêt général - "au-delà des blocages corporatistes" - représente la seule voie pour relever la tête et améliorer la santé des transports français. Et de citer une récente décision juridique, celle du Conseil d'Etat, qui vient d'annuler l'utilité publique du projet de LGV Poitiers-Limoges (voir notre article dans l'édition du 19 avril 2016). Ce dossier épineux contraint ces derniers temps le secrétaire d'Etat chargé des Transports Alain Vidalies à enchaîner les rencontres avec les élus et associations. "Là comme ailleurs doit dominer l'intérêt général", tranche Louis Nègre.
"Pour en finir avec le flou actuel, par exemple avec ce persistant problème de distinction entre les TER et les trains d'équilibre du territoire (TET), plus connus sous le nom d'Intercités, l'évolution des périmètres régionaux est le moment idéal", motive Pierre Cardo, président de l'Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). Au secrétaire d'Etat aux Transports, on prévoit que ce dossier TET - dessertes et matériel roulant - soit finalisé cet été. D'ores et déjà François Poupard, directeur général des infrastructures et transports au ministère de l'Environnement, explique qu'à terme le gouvernement ne subventionnera plus que quatre lignes jugées "structurantes" : "Les autres ont vocation à être reprises par les régions". En prenant en charge la gouvernance de ces trains en échange de nouveau matériel, la Normandie vient d'ouvrir la voie (voir notre article dans l'édition du 27 avril 2016). "Dans les autres régions des discussions sont en cours sous la houlette du préfet François Philizot", conclut François Poupard.

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