Territoires - Des agriculteurs de plus en plus chefs d'entreprise


Envoyer à un contact

Vos coordonnées

Coordonnées de votre/vos contact(s)

*Champs obligatoires.

Pour la Société des agriculteurs de France, les exploitants doivent de plus en plus se comporter comme des chefs d'entreprise "stratèges, autonomes et innovants". Elle propose la création de classes d'excellence dans chaque région pour assurer la relève.

"Un cycle se termine et nous devons réinventer les modèles pour les années à venir." Pour Laurent Klein, le président de la Société des agriculteurs de France (SAF), une organisation qui se définit comme "le 'think-tank' agricole", le monde agricole est "à l’aube de grands changements". Il existe aujourd’hui une "communauté d’agriculteurs mondiale" et pour y avoir sa place, les exploitants doivent s’adapter, se transformer en véritables chefs d’entreprise ne se contentant plus de produire mais capables d’assurer la commercialisation de leurs produits. "La seule voie possible est celle d’un agriculteur stratège, autonome et innovant", a assuré cet agriculteur alsacien de 43 ans, reprenant ainsi le sous-titre d’un nouveau rapport qui sera publié par la SAF le 14 juin, "Changement d’attitude pour les agriculteurs". Ce qui implique selon lui de sortir du modèle familial et de passer du statut de l’exploitation à celui de l’entreprise agricole. "Pendant quarante ans, on a subi la mondialisation. La question qui se pose aujourd’hui est comment la mondialisation peut être profitable pour les territoires ?" a-t-il souligné.
Le rapport de la SAF revient sur la profonde mutation des campagnes ces dernières années : la baisse des effectifs agricoles a été de 21% entre 2000 et 2010, la population vieillit (la proportion d’hommes de moins de quarante ans est passée de 28 à 22% dans le même temps), la profession se féminise (27% des chefs d’exploitation sont des femmes contre 15% en 1988)... Résultat : les agriculteurs, qui étaient encore 672.206 en 1993, n’étaient plus que 423.000 en 2011. Or ce sont les grandes entreprises (en termes de chiffre d’affaires, non de superficie) qui ont su se maintenir. Les projections du Cnasea (Centre national pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles) tablent sur un nombre de 320.000 en 2020 ! 320.000, c’est précisément le nombre de grandes et moyennes entreprises, celles qui couvrent 96% des cultures et 99% du bétail…

Huit à dix pôles d'excellence

Pourtant, Laurent Klein considère qu’il n’y a pas de fatalité face à la volatilité des marchés qui a fortement augmenté depuis dix ans. "A structure équivalente, deux agriculteurs n’ont pas les mêmes résultats, les écarts se creusent", a-t-il souligné. "On passe d’un enjeu technique à des enjeux beaucoup plus larges qui intègrent notamment la gestion du personnel", a-t-il insisté, tout en interpellant les pouvoirs publics sur l’instabilité juridique qui pèse sur les agriculteurs : "Il existe de plus en plus de strates, un droit mouvant avec des textes en contradiction."
Pour gagner en autonomie, l’agriculteur doit pouvoir se former tout au long de sa carrière, insiste aussi le rapport. Cette formation ne doit pas se limiter au machinisme ou aux compétences agricoles mais intégrer toute la dimension marketing. La SAF propose ainsi la création de classes de spécialisation professionnelle dans chaque région pour former les chefs d’entreprise agricole de demain… "A terme, il pourrait y avoir huit à dix pôles d’excellence sur tout le territoire", a précisé Carole Zakine, responsable du pôle de réflexion de la SAF. Le rapport insiste également sur l’importance de l’accompagnement et invite la France à faire usage d’une possibilité de financement d’activités de conseil agricole à travers le second pilier de la PAC, ce qu’elle ne fait pas aujourd’hui… "100.000 agriculteurs vont cesser leur activité dans les dix prochaines années, c’est un énorme potentiel pour de nouvelles installations", a encore insisté Laurent Klein.

Lire aussi