Données Publiques - Big data territorial : la gestion des données, un enjeu d'avenir pour les collectivités

Plusieurs études récentes viennent éclairer les enjeux de la gouvernance des données à l'échelle locale. La dernière en date émane de la FNCCR, en partenariat avec la Caisse des Dépôts. Si la loi pour une République numérique a permis de mettre le sujet des données à l'agenda des collectivités, un long chemin reste à faire pour tirer parti du big data dans le cadre de l'action publique et pour coordonner les initiatives des différents acteurs publics et privés.

La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) a rendu publique le 17 novembre une étude, co-pilotée par la Caisse des Dépôts, se penchant sur l'enjeu émergent du "big data territorial". Les activités des entités publiques et de leurs opérateurs génèrent en effet de plus en plus de données, qui pourraient être d'une grande aide pour mieux piloter les activités des collectivités et améliorer leur évaluation. Les territoires s'intéressent également de plus en plus à l'internet des objets et la mise en place de capteurs génère de nouvelles quantités de données qu'il est nécessaire de gérer, sécuriser et intégrer dans la gestion des services publics.

Dans les métropoles, les données toujours mieux prises en compte

L'étude confirme que les grandes métropoles françaises démontrent un dynamisme particulier dans la prise en compte des nouveaux enjeux des données. Lyon et Paris ont modifié leur organisation interne pour instituer la fonction transversale d'administrateur général des données, afin de décloisonner la gestion des systèmes d'information et de promouvoir l'usage des data sciences à l'échelle des collectivités tout entières. Sur ce point encore, Paris, Lyon, mais encore Nice, font office de pionniers en mettant en place des expérimentations tirant bénéfice des données. La métropole de Nice utilise par exemple le big data pour améliorer la gestion des risques d'inondation auxquels elle est exposée. Ces nouveaux usages et ces nouvelles organisations vont de pair avec une gestion plus unifiée des données gérées par les collectivités. Bordeaux met en place une "stratégie smart data" permettant la collecte de l'ensemble de ses données métier, leur homogénéisation, et leur stockage dans un unique entrepôt de données. Cette gestion centralisée permet un meilleur monitoring, un accès facilité aux données pour les agents publics et une gestion de l'open data également plus fluide et cohérente.

De nombreux obstacles restent à franchir

En dehors des grandes métropoles, la gestion des données est encore un thème en défrichage. Pour atteindre une masse critique, les acteurs publics d'un territoire ne peuvent se passer d'une mutualisation de la prise en charge de leurs données : or, l'intégration des systèmes d'information à l'échelle du bloc local communes-EPCI est parfois encore embryonnaire. Nombreux sont les enjeux face auxquels les collectivités peuvent se trouver démunies : gouvernance, acculturation des agents publics aux nouveaux usages de la donnée, retours d'expérience limités... Les données générées par les délégataires de services publics sont également parfois difficiles à récupérer et un effort juridique doit être fourni sur ce point pour clarifier la propriété des autorités concédantes sur les informations ayant trait à l'exploitation d'un service public.

L'échelon national peut jouer un rôle

L'étude de la FNCCR ouvre des pistes d'amélioration pour accompagner les collectivités dans la révolution des données. La notion de service public de la donnée, inaugurée par la loi pour une République numérique, augure de bons signaux pour améliorer l'intéropérabilité et les standardisation des données locales. Pour compléter ce dispositif, le document appelle à la création de "missions locales de service public de la donnée" à même d'harmoniser, au niveau régional, les démarches des collectivités pour la gestion des données. En somme, tout ce qui peut renforcer la coopération et la mutualisation est bienvenu, dans un contexte où les acteurs locaux ont besoin d'un apport d'expertise pour franchir le pas du big data. A ce titre, les structures de mutualisation informatique (syndicats mixtes, GIP, etc.), qui maillent certains territoires et procurent leur assistance aux petites collectivités, pourraient également revêtir un rôle déterminant dans l'apprivoisement du sujet des données par l'ensemble des territoires.

Pierre-Marie Langlois / EVS

Plusieurs rapports récents sur les données territoriales
L'année 2016 a vu la publication de plusieurs documents de valeur éclairant les enjeux de la gouvernance des données à l'échelle d'un territoire.
Découvrir et comprendre la gouvernance de l'information géographique, de Mathieu Becker et Hervé Halbout (novembre 2016), fait le point sur les apports de la directive Inspire, la révolution de l'ouverture des données et les mutations de la gestion de l'information géographique au sein des collectivités françaises.
Approche intégrée et multicritères de la modélisaton territoriale : éléments de cadrage pour la gestion des données territoriales, un rapport de l'Ademe (juin 2016), fait le point sur les enjeux de la collecte, du traitement, et de la valorisation des données publiques, avec des exemples éclairants de modèles pionniers de gouvernance locale des données.
P.-M.L.

 

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