Mobilité - Les Français toujours plus friands de transports publics


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L'Observatoire de la mobilité 2016 piloté par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) montre que les Français utilisent de plus en plus les transports publics de manière régulière. Si le bus reste d'assez loin le mode le plus utilisé, le tramway et le métro ont connu la progression la plus importante par rapport à 2015. Le TER, en revanche, souffre de la concurrence avec la voiture. L'Observatoire 2016 fournit aussi des données intéressantes sur la perception qu'ont les Français en matière de tarification et de sûreté dans les transports.

"Les Français font preuve d'un véritable engouement pour les transports collectifs et la mobilité durable", s'est réjoui Jean-Pierre Farandou, président de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) ce 17 novembre, lors de la présentation des résultats de son Observatoire de la mobilité 2016 qui fonde ses indicateurs sur une enquête réalisée par l'Ifop*. Après une augmentation déjà significative en 2015, la part des habitants des agglomérations de plus de 50.000 habitants utilisant au moins une fois par mois les transports publics – bus, métro, tramway, RER ou TER – progresse encore de 2 points cette année, passant à 69% contre 67% l'an passé et 63% en 2014. Parmi ces utilisateurs réguliers, 67% fréquentent les transports publics au moins deux fois par semaine, soit une progression de 5 points sur un an. "On assiste vraiment à une pénétration de leur usage dans le pays", s'est encore enthousiasmé Jean-Pierre Farandou. Quelle que soit la taille de l'agglomération, le nombre de voyageurs dans les transports publics augmente un peu plus chaque année (près de 1,7% de hausse en province entre 2014 et 2015 et plus de 1% à Paris et en région parisienne). Dans les réseaux les plus modestes, la hausse a atteint 2%.

Le bus largement en tête

En moyenne, les voyageurs utilisent deux modes de transport pour se déplacer. Le plus courant est le bus (69% d'utilisateurs), suivi du métro (55%), du tramway (50%), du RER (25%) et du TER (14%). Pour l'UTP, le bus est le mode le plus développé car il convient à toutes les densités urbaines. Avec 17.000 véhicules (70% en province et 30% en Ile-de-France), il constitue aujourd'hui 86% du parc du transport public urbain et a connu une hausse de près de 5% au cours de la dernière décennie, notamment du fait de la demande grandissante de transport public dans les petites et moyennes agglomérations qui ne peuvent pas investir dans les modes lourds (métro, tramway, bus à haut niveau de service). En outre, le bus a bénéficié d'améliorations qualitatives - plus de confort à bord, des véhicules rajeunis de plus de 12 mois en dix ans (l'âge moyen est aujourd'hui de 7,8 ans), moins polluants et plus accessibles pour les personnes handicapées.
Les deux modes de transport enregistrant la plus forte progression par rapport à 2015 sont le tramway (+7 points) et le métro (+5 points). Près de 20% des réseaux de transport public disposent actuellement de l'un de ces modes, indique l'UTP, qui souligne que dans les 28 plus grandes agglomérations qui en sont dotées, la fréquentation dans les réseaux a augmenté plus vite que la moyenne nationale (+30,5% contre +24,2%).

Le TER à la peine

A contrario, par rapport à 2015, le taux d'utilisation du RER a perdu trois points et celui du train régional 2 points. La baisse du RER peut s'expliquer selon l'UTP par le développement de nouvelles lignes de tramway qui permettent aux voyageurs de se déplacer plus facilement de banlieue à banlieue sans passer par le centre de Paris et par les travaux importants qu'il a subis. Pour le train régional, il s'agit selon l'UTP d'une "baisse structurelle" depuis plusieurs années. "Dans les zones urbaines moins denses et pour se déplacer sur des distances plus longues, les Français utilisent plus aisément la voiture, observe-t-elle. Ces deux dernières années, ce report a été facilité par la baisse du prix des carburants à la pompe. Les déplacements en train ont sans doute aussi été impactés par les grèves à répétition du printemps dernier."

Les transports publics appréciés pour leur côté pratique et rapide

L'Observatoire a aussi recueilli des éléments sur les raisons qui poussent les Français à utiliser les transports publics. La principale raison est la "praticité" pour plus de la moitié (52%) des utilisateurs réguliers. Viennent ensuite l'impossibilité de faire autrement (21%), et, à égalité (13% chacune), l'économie réalisée et la protection de l'environnement. Autre point mis en avant dans cet Observatoire 2016 : la part des voyageurs qui recommandent à leurs proches d'utiliser les transports en commun ne cesse d'augmenter significativement d'année en année. En 2016, plus de 9 utilisateurs réguliers sur 10 (91%) conseillent à leur entourage d'en faire autant, contre 87% en 2015 et 81% en 2014. Là encore, c'est le côté pratique qui arrive en tête dans les recommandations (72%) puis le critère économique (49%), l'aspect environnemental (46%) et la rapidité, de plus en plus citée (40% contre 29% en 2015). Pour l'UTP, les affres des embouteillages et du stationnement expliquent pour une large part le choix en faveur du transport public.

Des tarifs par toujours appréciés à leur juste valeur

Outre les habitudes des Français en matière de déplacements, cette édition 2016 de l'Observatoire s'est intéressée à la façon dont les utilisateurs des transports publics percevaient l'évolution des tarifs et quelle connaissance ils avaient de leur mode de financement. 43% des sondés estiment que le coût du transport public a moins augmenté ou ni plus ni moins augmenté que celui de la voiture alors qu'ils étaient 53% à émettre cette opinion en 2015. "Cette tendance est assez logique car les Français associent souvent le coût de leur voiture au seul prix du carburant, commente l'UTP. Or, depuis 2012, les prix des carburants ont diminué de 16% dont 10% sur la période 2014-2015 (…). Avec la baisse des prix des carburants et le quasi-gel des tarifs autoroutiers, l'écart de prix entre l'utilisation des transports routiers de voyageurs et celle de la voiture s'est légèrement réduit en 2014 et 2015". "Pour autant, poursuit-elle, se déplacer en voiture individuelle coûte toujours beaucoup plus cher que se déplacer en transport public. En effet, le prix d'un abonnement mensuel en France s'élève en moyenne à 30 euros (15 euros pour les salariés puisque l'employeur en rembourse la moitié), ce qui revient à 1 euro par jour pour un nombre de déplacements et de kilomètres illimités. Pour le même montant, il est possible de faire 3,7 km en voiture, ce qui est loin des 7,3 km de déplacements quotidiens des Français".

Un service de première nécessité ?

Par comparaison avec les prix des autres services publics marchands (eau, enlèvement des ordures, cantine scolaire, Poste, distribution d'énergie), les utilisateurs des transports publics sont nombreux à considérer que les prix de ces derniers ont davantage augmenté au cours des dix dernières années. Or, souligne l'UTP, c'est tout le contraire. "Chaque année depuis 2005, le prix du transport routier de voyageurs baisse de 0,2% en moyenne. Sur la même période, les services publics marchands ont vu leurs tarifs progresser de 1,9% par an pour le transport en cantine scolaire et restaurant universitaire à 4,3% pour l'enlèvement des ordures ménagères". Si on leur proposait de rendre un service public gratuit, les sondés choisiraient d'abord les transports publics (29%) devant l'eau (26%) et la distribution d'énergie (26%). Pour l'UTP, cela tend à démontrer que les Français le considèrent comme un service de première nécessité. A ce titre, estiment les opérateurs de transport, il devrait d'ailleurs bénéficier d'un taux de TVA à 5,5% alors que le secteur a enregistré deux hausses successives de taux de TVA (de 5,5% à 7% en 2012 et de 7% à 10% en 2014), représentant un prélèvement de près de 300 millions d'euros par an par l'Etat.
Mais pour l'UTP, comme pour la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut), la gratuité totale n'est pas la bonne solution. "Il n'est pas possible d'offrir gratuitement aux utilisateurs un service qui mobilise des budgets importants, fait-elle valoir. En 2015, les coûts d'exploitation du transport public urbain et ferroviaire ont représenté 8 milliards d'euros pour desservir des territoires urbains de plus en plus larges. Si le voyageur paie moins, le contribuable doit contribuer davantage". Autre crainte des opérateurs : la gratuité est souvent associée en France à l'absence de valeur et par ricochet au manque de respect. "Dans les réseaux qui pratiquent la gratuité, les personnels peuvent être moins bien considérés et les matériels davantage dégradés", remarquent-ils.

Tarification statutaire ou solidaire ?

L'Observatoire montre aussi que 92% des voyageurs savent qu'il existe différents tarifs dans les transports publics et que la part des voyageurs bénéficiant de tarifs réduits et gratuits est passée de 59,3% en 2005 à 63,2% en 2015. Mais si 58% des sondés estiment que le prix du transport public devrait être basé sur le statut du voyageur et seulement 29% sur le revenu du foyer, c'est le choix de ces derniers que l'UTP défend en prônant le développement de la "tarification solidaire". "Est-il vraiment équitable qu'un couple de retraités disposant d'un montant total de pension de 3.000 euros par mois paye moins cher son titre de transport qu'une mère célibataire qui gagne 2.000 euros par mois ? Est-il vraiment juste qu'un étudiant dont les parents disposent de revenus élevés bénéficie d'une réduction tarifaire qui ne sera pas accordée à un couple d'actifs aux revenus modestes?", demande François-Xavier Perin, président du directoire de RATP Dev et vice-président de l'UTP. L'UTP préconise donc de développer la tarification solidaire qui tient compte du revenu du foyer et non plus du statut du voyageur, comme cela se pratique déjà dans plusieurs villes (Strasbourg, Grenoble, Brest, Quimper, Dunkerque, Nantes, Lille, Abbeville, Vannes, Blois, Chambéry, Montauban).
Les utilisateurs des transports publics possèdent une relative bonne connaissance du financement du fonctionnement du transport public (75% citent les collectivités locales avec leurs impôts locaux 67% les voyageurs) mais 52% citent l'Etat avec les impôts. Pour la moitié des sondés, le fonctionnement des transports publics devrait être payé par les utilisateurs et les contribuables via les impôts et 29% estiment que ce sont aux seuls utilisateurs d'assumer le service et 20% qu'il devrait être payé par les seuls contribuables.

Des voyageurs très (trop?) tolérants à l'égard de la fraude

Dernier volet de l'Observatoire 2016 : quelle perception ont les voyageurs de la sûreté dans les transports publics ? 43% pensent qu'elle s'est améliorée ces 5 dernières années tandis que 48% affirment le contraire. Pour une majorité d'utilisateurs (59%), la présence humaine reste le moyen le plus efficace pour améliore la sûreté. 53% jugent qu'il faudrait renforcer la vidéo-protection et 49% lutter davantage contre la fraude. Mais lorsqu'ils sont interrogés sur la manière dont ils perçoivent cette dernière, 52% la jugent acceptable. 64% pensent ainsi que la fraude est compréhensible quand les distributeurs de titres de transport sont en panne, 60% quand le voyageur dispose d'un revenu trop faible, 32% quand les trajets se font sur de courtes distances et 27% quand l'utilisateur juge le prix du titre trop élevé. Pour l'UTP, il y a là une spécificité française. Le taux de fraude dans l'Hexagone est ainsi estimé à 9% alors que la moyenne observée dans les grandes capitales européennes est près de trois fois moins élevée (3,1%). Le manque à gagner pour le transport public urbain et ferroviaire est chiffré à 500 millions d'euros. En outre, le taux de recouvrement des amendes est insuffisant, juge l'UTP. En cause selon elle : l'envoi des procès-verbaux à des adresses erronées, ce qui fait qu'entre 15% et 40% des envois ne parviennent pas à leurs destinataires. Pour remédier à cette situation, les opérateurs veulent s'appuyer sur l'article 18 de la loi Savary du 22 mars dernier sur la sécurité dans les transports qui permet aux opérateurs de fiabiliser les données relatives à l'adresse du contrevenant. L'UTP travaille depuis plusieurs mois sur un projet de plateforme de vérification des adresses, qui devra faire l'objet d'un décret après avis de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil). Le futur outil, qui sera hébergé par une société par actions simplifiée unipersonnelle dont l'actionnaire unique sera l'UTP, pourrait être mis en service à l'été 2017. La plateforme devrait permettre la recherche de 1,7 million d'adresses de contrevenants lors de sa première année de fonctionnement.
 

Anne Lenormand
 

* Enquête réalisée du 6 au 16 juin 2016 auprès de 1.026 voyageurs âgés de 18 ans et plus résidant dans des agglomérations de 50.000 habitants et plus. Echantillon issu du panel GMI, élaboré selon la méthode des quotas (sexe, âge, type d'agglomération, catégorie socio-professionnelle).
 


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