Agriculture - Foncier agricole : l'augmentation des prix se tasse mais l'urbanisation reprend

L'augmentation des prix du foncier agricole s'est poursuivie en 2015. La hausse du prix des terres et prés libres a été de 1,6% en 2015, à 6.010 euros l'hectare, a indiqué la FNSafer (Fédération nationale des Safer), le 26 mai, lors de présentation de son rapport annuel sur le prix des terres (sur le sujet, voir aussi ci-contre notre article du 27 mai 2016 : "Le modèle de l'exploitation familiale se marginalise progressivement"). L'augmentation avait été de 2,9% en 2014 et de 6% en 2013. En dix-huit ans, les prix ont ainsi augmenté de 50% ! "La progression ne être imputée aux revenus agricoles, parce qu'ils baissent, mais à la baisse des taux d'intérêt", a expliqué Robert Levesque, responsable des études à la FNSafer.
L'écart de prix entre les terres de polyculture et d'élevage et celui des grandes cultures, comme les terres céréalières, s'est accru. "La crise du secteur de l'élevage peut expliquer cette différence", a indiqué Robert Levesque. L'hectare de grandes cultures s'est ainsi adjugé à 7.230 euros contre 4.500 pour les terres d'élevage et 5.620 pour la polyculture-élevage.
L'augmentation des prix a été significative dans les domaines viticoles qui ont enregistré une hausse de 3% en AOP, l'hectare s'échangeant désormais à 140.500 euros. Avec 6,7% de hausse, ce sont les vignobles de Bourgogne qui ont enregistré la plus forte progression. Depuis le début des années 1990, les prix de la vigne en AOP ont été multipliés par 2,3.

Disparition du modèle familial

Au-delà des prix, le rapport de la FNSafer illustre les profondes mutations en cours du monde agricole avec la disparition du modèle familial au profit de grandes unités agricoles de salariés. Les exploitations familiales restent majoritaires en nombre mais pas en surface. En 2013, les exploitations individuelles étaient 296.000 sur un total de 452.000 mais n'occupaient plus que 38% de la surface agricole. Entre 2010 et 2013, leur nombre a encore chuté de 13%. Ces exploitations familiales cèdent de plus en plus la place à des sociétés qui elles-mêmes se regroupent au sein de holdings parfois très sophistiquées. Conséquence : une explosion du recours aux entreprises de travaux agricoles.

L'urbanisation reprend

Par ailleurs, pour la première fois, le marché des forêts a dépassé la barre des 4.000 euros l'hectare, avec une progression de 2,8%. Ce qui s'expliquerait "par un recours de plus en plus fréquent des ruraux au chauffage au bois" qui se traduit par l'importance des petites transactions. Là encore, les écarts de prix sont très importants entre les forêts du Massif central (2.490 euros l'hectare) et celles du Nord et du Bassin parisien qui s'échangent à plus du double (6.070).
Autre enseignement : après sept années de baisse successives, l'urbanisation des terres agricoles, qui n'est plus le souci numéro 1 de la FNSafer, est repartie à la hausse en 2015. 23.000 hectares ont ainsi perdu leur vocation agricole en 2015, soit une progression de 5,9%. Les lots se sont échangés à 72.700 euros l'hectare en moyenne (- 1%), c'est la première baisse enregistrée depuis 20 ans. Ces chiffres peuvent s'expliquer par les taux d'intérêt particulièrement bas en traînant une reprise du marché des particuliers. En toute logique, plus on s'éloigne des agglomérations moins les prix sont élevés, avec des écarts allant de 15 euros/m2 dans le rural à 100 euros dans le périurbain. C'est dans le Centre et dans ce qui correspond peu ou prou à la "diagonale du vide" que les prix sont les plus attractifs.
Le marché des maisons à la campagne a enregistré une hausse de 40% avec un retour marqué des acheteurs britanniques. Selon la FNSafer, il s'agit d'une conséquence de la loi d'avenir pour l'agriculture de 2014 qui, en renforçant la transparence du marché, a engendré un afflux de notifications des notaires aux Safer (+40%). Le prix moyen est de 161.700 euros. Les étrangers représentent 7,3% du nombre total d'acquisitions. Les Britanniques représentent 53% de ces achats, loin devant les Belges (13%). Les destinations les plus prisées sont toujours les mêmes : Dordogne, bocage de l'Ouest, Creuse, Aude, Pyrénées-Orientales et, dans une moindre mesure, Luberon, Baronnies, Cévennes, Gers, Tarn, Gard, ou Morvan. A noter qu'en dehors des acheteurs étrangers, les deux tiers des transactions sont le fait de personnes qui résident dans le même département et cherchant une résidence principale, "ce qui accrédite l'hypothèse d'un marché de plus en plus lié à la résidence principale et de moins en moins à la résidence secondaire". De nombreux Parisiens font ainsi le choix de se mettre au vert et s'installent parfois jusque dans le Loir-et-Cher "rendu très proche de Paris grâce à la gare TGV de Vendôme".