Culture - Les effets de l'extension des horaires d'ouverture des bibliothèques

Le ministère de la Culture met en ligne une "Etude d'impact sur l'optimisation des horaires d'ouverture des bibliothèques territoriales". Réalisé à sa demande, ce travail a été confié au Cabinet Ourouk, spécialisé dans le conseil en management de l'information. Cette étude pourrait alimenter les réflexions de la mission sur l'adaptation des horaires des bibliothèques, confiée récemment à Sylvie Robert, sénatrice (socialiste) d'Ille-et-Vilaine et secrétaire de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat (voir notre article ci-contre du 1er avril 2015).

L'extension des horaires n'est pas une question de taille

Le travail réalisé s'appuie sur une double approche. D'une part, une étude qualitative auprès de six bibliothèques et médiathèques territoriales ayant augmenté leurs horaires d'accueil au cours des dernières années et ouvertes aujourd'hui plus de trente heures par semaines (Aire-sur-l'Adour, Lons-le-Saunier, Orvault, Cergy, Montreuil et Bordeaux). D'autre part, une étude quantitative en ligne, sous la forme d'un questionnaire servi par 145 établissements pratiquant 30 heures et plus d'ouverture hebdomadaire. S'y ajoute une compilation des différents rapports déjà parus sur le sujet.
Le bilan qui ressort notamment de l'exploitation des questionnaires apparaît mitigé. Premier point : l'extension des horaires d'ouverture n'est pas forcément liée à la taille de la structure. On compte en effet plus de 20% de petites structures (moins de mille emprunteurs inscrits et moins de dix agents) parmi les bibliothèques ouvertes 30 heures et plus par semaine. Pour ces dernières, la période annuelle d'ouverture atteint ainsi 253 jours, contre une moyenne de 182 jours pour l'ensemble des bibliothèques et 208 jours pour les collectivités de plus de 6.000 habitants.

Jamais le samedi !

Les deux tiers des bibliothèques à horaires étendus ouvrent au-delà de 18h au moins un jour par semaine (le plus souvent le mardi et/ou le vendredi). En revanche, l'ouverture le samedi reste assez marginale : environ 18% des bibliothèques, soit un peu moins que le dimanche (21%) ! De même, les deux tiers des structures de l'échantillon pratiquent des horaires spécifiques durant la période estivale.
Parmi les bibliothèques ayant récemment étendus leurs horaires d'ouverture, les arguments avancés pour justifier cette décision sont l'amélioration de l'accueil des usagers (75%), une meilleure lisibilité des horaires (10%) et une amélioration du temps et de l'organisation de travail des agents (4%).
A propos de l'événement initial ayant conduit à augmenter les heures d'ouverture hebdomadaire, les bibliothèques concernées citent une réflexion interne à la bibliothèque et soumise ensuite à la collectivité (37%), une nouvelle politique de la direction de la structure et/ou un changement de direction (22%), une décision politique en cours de mandat (18%) ou une décision politique dans le cadre d'une nouvelle mandature (17%).

Une extension à moyens constants ?

L'étude montre aussi que l'impact, en termes de moyens, d'une augmentation des heures d'ouverture est assez limité : seules 15% des bibliothèques concernées disent avoir été conduites à créer un ou plusieurs postes de titulaires, 19% ont dû allouer des heures supplémentaires et/ou des primes, tandis que 25% ont eu recours à des vacations supplémentaires. Par ailleurs, 7% des structures concernées ont fait appel à des bénévoles.
L'étude en tire la conclusion que "dans la plupart des cas, l'augmentation des heures d'ouverture se fait à moyens constants". Cette conclusion pourrait toutefois être contestée, dans la mesure où il est très peu probable que les structures concernées ont fait appel aux trois moyens à la fois, voire à seulement deux d'entre eux. Si l'on considère que chaque bibliothèque n'a fait appel qu'à un seul de ces moyens, le pourcentage monterait à 59% d'impact budgétaire, ce qui est loin d'être négligeable. Il est dommage que l'étude n'apporte pas de précisions sur ce point, qui revêt une importance particulière en période de rigueur budgétaire.
Au-delà de la question des moyens humains, l'extension des horaires a également été l'occasion de se doter de certains outils techniques, par exemple en matière de planification du travail (38% des répondants), d'aménagement de la bibliothèque (44%) - du type réaménagement des espaces, automates de prêts, nouveaux services sur le site internet, boîte externe de retours... - ou de proposition, de nouvelles activités et animations aux usagers (47%).

10% de fréquentation et d'emprunts en plus

Enfin, du côté de la fréquentation, l'extension des horaires semble avoir eu des effets positifs. Dans l'année qui a suivi cet élargissement, 68% disent avoir observé des impacts. Ceux-ci concernent notamment une augmentation du nombre d'inscrits et d'emprunts (10% en moyenne), une augmentation la fréquentation globale et des usages sur place, une fréquentation plus fluide et mieux répartie dans la semaine ou encore l'apparition de nouveaux profils d'usagers (des actifs, en particulier).
Pour les bibliothèques qui envisagent une extension de leurs horaires, la dernière partie du rapport est consacrée à une série d'"enseignements et recommandations en vue de l'optimisation des horaires d'ouverture", tout en observant que la grande variété de situations "ne permet pas une réponse uniforme". 

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