Culture - Après le choix des plages du Débarquement par la France, où en est-on des candidatures au patrimoine mondial ?

Le gouvernement a inscrit les plages du Débarquement du 6 juin 1944 sur la liste indicative française, en vue d'une éventuelle inscription ultérieure au patrimoine mondial. Révélée le 25 avril, cette inscription remonte en fait au 7 avril. Les plages du Débarquement sont d'ailleurs loin d'être les seules à avoir été inscrites ce jour-là. Deux autres sites ont en effet été inscrits au même moment sur la liste indicative française : les "Sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale (front ouest)" - déposés avec la Belgique - et "Metz royale et impériale, enjeux de pouvoir, confrontations stylistiques et identité urbaine".

Antichambre de l'inscription...

Pour mémoire, une liste indicative est un inventaire des biens que chaque "Etat partie" a l'intention de proposer pour inscription au patrimoine mondial. L'Unesco précise que "les Etats parties doivent donc inclure dans leur liste indicative des biens qu'ils considèrent comme étant un patrimoine culturel et/ou naturel de valeur universelle exceptionnelle susceptible d'inscription sur la liste du patrimoine mondial". Les inscriptions sur les listes indicatives doivent être soumises au Centre du patrimoine mondial, au moins un an avant la présentation de toute proposition d'inscription.
Avec l'inscription des trois derniers candidats, la liste indicative française compte aujourd'hui 34 sites (sur un total de 1.628 sites émanant de 172 Etats parties). La France ayant droit aujourd'hui - en théorie - à une inscription par an au patrimoine mondial, il faudrait donc autant d'années pour la solder.

...ou cimetière des éléphants ?

Mais, par plusieurs aspects, cette liste s'apparente à un cimetière des éléphants. Les dates s'inscription s'échelonnent en effet entre 1996 et 2014, avec de fortes concentrations sur certaines années (1996 et 2002), compte tenu du réexamen périodique de la liste (tous les dix ans, recommande l'Unesco). Elle comporte des sites qui semblent quelque peu oubliés et dont le dossier ne paraît guère avoir avancé. Qui se souvient, par exemple, que figurent sur cette liste la rade de Marseille, l'espace transfrontalier Maritime-Mercantour (les "Alpes de la mer"), le château de Vaux-le-Vicomte ou le massif du Mont-Blanc ?
Certains sites se sont approchés du but, avant d'échouer (ce qui n'exclut pas une nouvelle candidature), comme l'œuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier.
D'autres sites inscrits sur la liste indicative française sonnent mystérieusement, à l'image des îles Marquises, du "site sacré de Tapu-tapu-ātea /Te Pō, vallée de Ō-po-ä" (aux îles de la Société, en Polynésie), mais aussi du "hangar Y" à Meudon dans les Hauts-de-Seine (qui abrita le premier dirigeable français). Encore plus insolite : alors que le comité des experts français se prépare à se prononcer favorablement sur la candidature des mégalithes du Morbihan (voir notre article ci-contre du 22 avril 2014), on découvre que les sites mégalithiques de Carnac sont inscrits sur la liste indicative française depuis... le 20 septembre 1996.

Un vaste fouillis

Où en est-on aujourd'hui dans ce qui s'apparente de plus en plus à un vaste fouillis ? Certaines candidatures sont validées par le redoutable Icomos (l'organisme chargé d'expertiser les candidatures officielles pour le compte du comité du patrimoine mondial) et en attente de l'inscription du dossier à une prochaine session annuelle du comité. C'est le cas des vignobles de Bourgogne, des vins de Champagne, de la grotte Chauvet ou de la "la chaîne des Puys et de la faille de Limagne".
D'autres semblent bien engagées, mais encore loin du terme de leur parcours. On peut classer dans cette catégorie les plages du débarquement, les sites de mémoire de 14-18, les mégalithes du Morbihan, la ville de Metz... D'autres encore sont dans un entre-deux : elles ont essuyé un échec mais pourraient revenir comme l'œuvre de Le Corbusier.
Restent les plus nombreuses : les candidatures "dans les limbes". Elles ont certes été annoncées récemment mais sont en cours de montage ou n'ont guère avancé depuis une annonce un peu rapide. Figurent à ce titre - sans aucune garantie d'exhaustivité - la baie des Anges, le parc naturel marin du bassin d'Arcachon, la collégiale de Mantes-la-Jolie, la ville de Nîmes et quelques autres...

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