Sport/Santé - Bienfaits, freins et paradoxes du sport-santé


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Depuis mai 2012 et l'arrivée de Valérie Fourneyron, ancienne médecin du sport, à la tête du ministère éponyme, le sport-santé a été présenté comme une priorité. Pourtant, plusieurs acteurs du dossier s'accordent à reconnaître que la communication sur la question a été plutôt timide. Depuis la présentation le 10 octobre 2012 du plan visant à faire de la pratique des activités physiques et sportives (APS) un outil essentiel de la stratégie nationale de santé publique, aucune manifestation d'envergure nationale n'était revenue sur le sujet. L'oubli a été réparé le mardi 1er avril avec la tenue d'un colloque intitulé "Activités physiques et sportives : un enjeu pour la santé", une réunion qui a permis au nouveau pôle ressources national Sport, Santé, Bien-être (PRN2SBE), puissance organisatrice, de prendre pour la première fois la parole.
Pour mieux convaincre, le PRN2SBE avait convoqué un aréopage d'experts venus expliquer les bienfaits du sport sous deux aspects principaux : la santé des Français et l'économie de la santé. Dans une présentation complète et précise, Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU de Clermont-Ferrand et conseillère scientifique auprès de Valérie Fourneyron, a démontré à grands coups de statistiques les bienfaits de l'activité physique – qui se différencie du sport proprement dit – sur la santé, particulièrement face aux dangers que représentent les cancers, les maladies cardiovasculaires et les maladies chroniques. Pour faire le lien avec l'intervention suivante, Martine Duclos a mis en avant un chiffre : un euro investi dans la prévention par les APS, ce sont 5 à 6 euros d'économies réalisées dans les dépenses de santé.

Quand la prévention aggrave les inégalités sociales…

Professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, Claude Le Pen a rappelé qu'avec 240 milliards d'euros (dont 75% publics), les dépenses de santé représentaient la dépense collective la plus importante en France, en augmentation de 2,5% par an. Surtout, il a mis en avant le fait que le rapport coût/efficacité de l'exercice physique sur la santé était "assez exceptionnel", tout en déplorant le manque de prévention en la matière. "La prévention, a-t-il expliqué, on sait que ça marche, mais on en fait pas assez. Il est compliqué d'agir sur les probabilités d'effets." Pour le président du Collège des économiste de la santé, les politiques de prévention sur heurtent à des "obstacles culturels" : "Le souci du corps n'est pas partagé par tous, c'est un marqueur social." Ce qui entraîne, selon lui, ce paradoxe : les politiques de prévention, en n'atteignant pas leurs cibles prioritaires et en profitant à un public déjà sensibilisé, peuvent aggraver les inégalités. Et la question économique n'y est pour rien : "Il y a des inégalités d'accès à des services gratuits. Le prix n'est pas le seul déterminant à l'accès à un service. La gratuité sans un accompagnement culturel n'est pas suffisante, même si elle est nécessaire", a expliqué Claude Le Pen.

… quand la crise diminue obésité et diabète

Sur le terrain des paradoxes, Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l'université Paris-Descartes, n'a pas été en reste. Il a d'abord mis en avant les aspects positifs de la bicyclette. D'une part, il a observé une diminution du risque de cancers sur un échantillon de coureurs français ayant couru le Tour de France, une statistique bien loin de l'image négative de coureurs qui se ruineraient la santé par le dopage. D'autre part, plus un pays possède de voies cyclables et plus celles-ci sont empruntées par les habitants, a-t-il démontré, moins il y a d'accidents de la route impliquant des cyclistes. Enfin, en s'appuyant sur l'observation des évolutions du poids de corps moyen de la population cubaine durant la crise alimentaire qui a touché le pays après la chute de l'Union soviétique puis durant la période de reprise économique qui a suivi, le directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes) a noté une baisse du poids corporel en période de difficultés économiques de l'ordre de 6 à 7 kilogrammes par personne. "Quand l'économie est repartie à la hausse, a conclu Jean-François Toussaint, l'obésité et les diabètes sont repartis à la hausse." Dans la salle, les participants à la table ronde sur les nouveaux partenariats pour accompagner la pratique des APS écoutaient attentivement. Parmi eux, un représentant de Coca-Cola… Si sport et santé sont faits pour s'entendre, leur relation n'est décidément pas exempte de paradoxes.

Jean Damien Lesay

Plans régionaux sport-santé-bien-être : premier bilan
Mise en œuvre à la suite d'une instruction du 24 décembre 2012, la déclinaison du plan interministériel Santé-Sport-Bien-être a déjà fait l'objet de 678 actions dans 23 régions, a reporté le 1er avril Véronique Lebar, responsable du pôle ressources national Sport, Santé, Bien-être, lors du colloque qu'elle organisait.
Le financement, d'un total de 5.960.171 euros, s'est réparti entre le ministère des Sports (41%, pour l'essentiel venant des ressources du Centre national pour le développement du sport) ; les agences régionales de santé (41,4%) et les autres financements (17,6%, eux-mêmes répartis entre les collectivités territoriales et le secteur privé).
Parmi les dispositifs impliqués, on note que les actions sport-santé ont mobilisé 42 ateliers santé-ville (ASV) ; 17 contrats local santé (CLS) et 20 contrats urbains de cohésion sociale (Cucs).
Pour mener à bien ces actions, 4.730 personnes ont été formées pour 59 actions. 79,5% des formations ont eu lieu dans le cadre de formations complémentaires et continues ; 14,5% dans le cadre d'une formation fédérale (mouvement sportif) ; et 6% dans le cadre de formations diplômantes du ministère des Sports ou des universités.
Les seniors ont été particulièrement visés : 33.221 personnes concernées pour 112 actions, alors que 47,6% de ces actions se sont déroulées en Ehpad (626 établissements impliqués).
 

 

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