Sport - La Picardie anticipe la décentralisation du sport en toute autonomie


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Au 1er janvier 2015, les Creps (centres de ressources, d'expertise et de performance sportives) seront transférés aux régions sur un modèle semblable à celui qui a prévalu pour les lycées. Ce transfert concernera les seules régions où ces établissements dépendant du ministère des Sports ont subsisté après la révision générale des politiques publiques (RGPP) qui en a fait disparaître huit sur vingt-quatre en 2009 et 2010. Avec la renaissance récente d'un Creps en Rhône-Alpes, on pouvait se demander si d'anciennes structures allaient revoir le jour, de façon à retrouver un paysage de la formation sportive uniforme. Nous savons désormais qu'il n'en sera rien. La Picardie, qui a fait partie des régions sacrifiées sur l'autel de la RGPP, a en effet choisi une autre voie. Et elle pourrait faire des émules.
"Récupérer un Creps avant la fin de l'année ? Même en rêve je n'y ai jamais pensé, confie Olivier Chapuis-Roux, vice-président chargé des sports au conseil régional de Picardie. On ne souhaite pas avoir en gestion un Creps demain. Aujourd'hui, on demande aux régions de prendre en charge les bâtiments. Or l'Etat a un petit peu oublié de mettre de l'argent dans ces bâtiments ces quinze dernières années." Pour autant, la Picardie n'abandonne pas la formation des sportifs de haut niveau. Au contraire. Depuis la rentrée scolaire 2013, elle multiplie les initiatives en toute autonomie.

Quatre lycées mis à contribution

Avec la fermeture de leur Creps, les athlètes de haut niveau picards ont d'abord été hébergés pendant une année dans les anciens locaux, devenus une auberge de jeunesse. "On s'est vite aperçu que ce n'était pas vivable", explique Olivier Chapuis-Roux. Entre absence de restauration et d'accompagnement des mineurs, "un mélange garçons/filles qui n'était pas des plus propices", et les horaires d'une auberge de jeunesse qui ne convenaient pas à des sportifs, l'expérience a tourné court.
La région s'est donc tournée vers l'Education nationale. Après un inventaire des places libres en internat, quarante lits ont été trouvés dans un lycée à la rentrée 2013 pour les joueurs de football américain du pôle France jeunes. Le conseil régional y a même investi pour offrir une restauration le week-end ainsi qu'une laverie. Dans deux autres lycées, à l'initiative des équipes enseignantes cette fois, la région a structuré un internat à vocation sportive ouvert le week-end. Là, garçons et filles pratiquant le football, le basket et le cyclisme sont placés directement par les clubs. Enfin, dans un lycée dont l'internat possédait 150 places libres, elle a regroupé 60 puis 80 sportifs de haut niveau hébergés en ville. Ici aussi, l'investissement de la région permet une ouverture le week-end, l'aménagement du temps scolaire, le suivi scolaire, et surtout un coût d'accès bien moindre que dans le privé (1.500 euros environ contre 5.000). "Parfois le mouvement sportif y est allé à reculons, car dans le privé, les horaires pouvaient être plus souples, commente Olivier Chapuis-Roux. Mais décaler un entraînement d'une demi-heure, ça n'est pas méchant. Aujourd'hui tout le monde se félicite que ça fonctionne."

Un label régional pour les centres de formation

Les problèmes d'hébergement réglés, le conseil régional de Picardie a travaillé, à la demande d'un club, sur la mise en place d'un projet sportif. De là est né un label régional de centre de formation de club. Exigeant en termes de contenu, ce label apporte également des moyens, par exemple pour financer des emplois. Il est valable un an et un audit au sein du club mené par des techniciens de l'Etat et de la région permet de vérifier si le cahier des charges est bien rempli. Preuve du sérieux de ce contrôle : sur les huit centres labellisés, un a déjà perdu cette reconnaissance. "Le premier club labellisé, un club de volley féminin, au lieu de chercher des joueuses hors région ou même à l'étranger, commence à sortir ses propres joueuses, se réjouit Olivier Chapuis-Roux. Ça devient une véritable pépinière et un relais pour les petits clubs locaux qui voyaient partir leurs jeunes pousses à plusieurs centaines de kilomètres."
S'il n'est pas officiellement reconnu par d'autres structures, le label picard crée une dynamique en attirant vers les centres de formation des clubs les autres collectivités, séduites par le double parcours proposé, sportif et scolaire. Il débouche même sur une reconnaissance au niveau national. Ainsi, le club de basket de Saint-Quentin, qui a reçu son label régional le 4 février, va être grâce à celui-ci reconnu centre de formation par la Fédération française de basket-ball à la rentrée 2014. A l'heure où le projet de loi de modernisation du sport envisage de transférer de l'Etat aux fédérations l'agrément des centres de formation, l'initiative picarde laisse augurer la possibilité d'une articulation directe entre politique régionale et politique fédérale.

Après la Picardie, la Haute-Normandie ?

L'exemple picard d'une politique sportive régionale axée sur le haut niveau offre une piste de réflexion aux élus alors que l'année 2014 devrait être marquée par la réalisation de schémas territoriaux distribuant les rôles entre les collectivités sur la compétence sport. "Le débat est encore très ouvert, mais la prise en charge du haut niveau peut être une préfiguration. Je ne suis pas sûr que la région souhaite avoir toute la compétence sport. Je suis pour une compétence clarifiée, mais pas pour reprendre tout le monde du sport", affirme Olivier Chapuis-Roux.
Au-delà de la question de la compétence, la Picardie envoie par ses initiatives un autre messages aux régions : "A-t-on besoin de murs pour avoir une filière de haut niveau ? On ne va pas créer un centre d'hébergement alors qu'on est capable d'avoir de l'hébergement dans des lycées qu'on entretient. Le Creps hors murs, il s'appelle 'lycées de l'excellence sportive en région'", avance Olivier Chapuis-Roux.
Malgré l'autonomie dont elle a fait preuve, la Picardie ne reste pas pour autant à l'abri des regards. Valérie Fourneyron, ministre des Sports, lui a demandé de faire vivre son projet "un ou deux ans" puis de lui faire un rapport. Quant à la Haute-Normandie, également dépourvue de Creps, elle se livre à un échange de pratiques avec sa voisine. "Nous sommes ouverts aux autres régions sans Creps qui regardent notre démarche", conclut Olivier Chapuis-Roux.

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