Redressement productif - La Nouvelle France industrielle se dessinera d'abord en région


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L'implication des régions dans les 34 plans de la Nouvelle France industrielle ne se limitera pas au plan "Usines du futur". Arnaud Montebourg a indiqué, mardi, qu'elles devront choisir sur leur territoire, parmi la liste des 34 plans, cinq plans qualifiés de stratégiques et cinq autres correspondant à leurs priorités régionales. Elles désigneront un chef de projet pour chacun d'eux, choisi parmi les patrons de PME.

"On est une cordée où tout le monde marche ensemble." Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a réuni, mardi 26 novembre, les représentants des pôles de compétitivité et des régions pour leur faire part de sa "confiance". Il souhaite les impliquer directement dans la mise en œuvre des 34 plans industriels, ceux de la "Nouvelle France industrielle" présentés mi-septembre. Une volte-face comparé  à ce que le ministre avait dit il y a quelques semaines devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée.
Jusqu'ici, on savait que les régions allaient devoir mettre en œuvre le dernier plan sur la liste, celui intitulé "usines du futur", destiné à renforcer l'appareil productif de la France… et permettre de rattraper les 120.000 robots de retard sur l'Allemagne. Mais leur rôle ne s'arrêtera pas là. Elles vont devoir faire remonter les projets les plus prometteurs, notamment ceux issus des pôles, pour l'ensemble des plans industriels. Chaque région devra, en lien avec sa stratégie régionale d'innovation, arrêter cinq priorités stratégiques (rang 1) et cinq priorités régionales (rang 2) prises sur la liste des 34 plans. Pour chacune d'elle, les régions désigneront un chef de projet régional, choisi parmi les patrons de PME. Ces chefs de projets seront ensuite associés à l'équipe nationale et travailleront avec les chefs de projets nationaux désignés début octobre. "Nous allons confier aux industriels le soin de porter eux-mêmes ces filières [...] Il faut accroître la mobilisation territoriale en ce sens", a martelé Arnaud Montebourg. Il a rappelé l'essence "mercantiliste" de cette politique industrielle dont le but est de décrocher des parts de marché.

Choix politiques

Le président de l'Association des régions de France (ARF), Alain Rousset, qui répète à l'envi qu'il existe une "homothétie" entre les régions fortes et celles qui disposent d'un réseau d'entreprises de taille intermédiaire (ETI), s'est réjoui que "l'Etat retrouve un rôle de stratège" et de cette nouvelle marque de confiance envers les régions. Selon lui, la "force de cette démarche" réside dans le dialogue renforcé entre le public et le privé, l'industrie et la recherche, mais aussi dans la prise en compte des besoins de formation des entreprises du futur. Il en a profité pour dénoncer le "vrai scandale" des emplois non pourvus dans les entreprises. "La re-création d'emplois et de valeur ajoutée en France se fera par les PME et les ETI. Je n'évacue pas les grands groupes, ils sont indispensables. A nous de structurer cette supply chain", a-t-il lancé.
Alain Rousset a assuré que les régions avaient déjà commencé à travailler. L'ARF va mettre en place "un groupe de travail coopératif" afin d'éviter toute compétition inutile entre entreprises et territoires. "S'il y a des conflits je les arbitrerai, ce sont des choix politiques", a répondu Arnaud Montebourg, invitant les exécutifs régionaux à en faire de même. "Ce qui nous intéresse ce sont les chefs d'entreprise, pas les chefs de service économique de région", a-t-il appuyé, prenant l'exemple des batteries du futur : le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) a été désigné chef de projet au plan national, afin de ne privilégier aucune des deux solutions, celle du lithium-métal-polymère portée par Bolloré ou celle du lithium-ion de Renault et PSA.

Les collectivités "obsédées par la trouille du droit"

Le président du pôle de compétitivité Hydreos Yves Bernheim a émis une suggestion : intégrer l'innovation dans la commande publique au niveau des collectivités locales, à l'instar des compétences, des références et des prix. "Les collectivités locales sont obsédées par la trouille du droit", lui a répondu Arnaud Montebourg. Le patron des régions et le ministre ont vertement tancé l'Ugap (Union des groupements d'achats publics) accusée de "détruire ce qu'il reste de matériel médical" et de manquer de patriotisme économique... "Si l'Ugap n'évolue pas, je demanderai sa dissolution au président de la République […] je suis contre les comités Théodule indépendants", a menacé Arnaud Montebourg.
Les feuilles de route devront être bouclées pour le mois de mars, indépendamment des contrats de plan, qualifiés de "lourds et empesés", par le ministre. "Nous sommes plutôt les grenadiers voltigeurs que les fantassins de l'arrière-garde. Il nous faut être souples, mobiles, flexibles", a-t-il lancé.
Mais le montant des aides de l'Etat demeure la grande question. "Si on n'a pas les montants quantitatifs très rapidement, on risque d'avoir quelques surprises", a prévenu le vice-président de la Bourgogne, Michel Neugnot. Pour le moment, les seules précisions sont les 3,7 milliards d'euros pris sur le programme d'investissement d'avenir pour l'ensemble des 34 plans. Entre 6 et 7 milliards d'euros pourraient être débloqués sur les stratégies de spécialisation intelligente, indique Bercy. Ces stratégies de spécialisation seront au cœur de la nouvelle programmation européenne 2014-2020, l'objectif étant d'orienter l'ensemble des fonds (structurels et autres) vers les objectifs de la stratégie Europe 2020.
 

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