Sécheresses à répétition : les "axes d'action" du gouvernement pour mieux gérer l'eau


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Face au risque de multiplication des sécheresses, le gouvernement a présenté le 9 août, lors du dernier conseil des ministres avant la trêve estivale, des pistes pour mieux gérer l’eau. Parmi celles-ci, qui visent aussi bien les agriculteurs que les entreprises, les administrations ou les particuliers, figurent la lutte contre les fuites dans les canalisations, la réutilisation des eaux usées traitées et la réalisation de projets de stockage hivernal de l’eau.

"Alors qu’un important épisode de sécheresse touche de nombreux départements, le gouvernement veut apporter des solutions pour résorber durablement les situations de tension hydrique et associer pleinement les territoires à la politique de gestion de l’eau", ont déclaré Nicolas Hulot et Stéphane Travert le 9 août, à l’occasion de la présentation en conseil des ministres de leurs "axes d’actions" sur la gestion quantitative de l’eau. Les ministres de la Transition écologique et de l’Agriculture ont rappelé la situation hydrologique "préoccupante" que connaît actuellement la France. "Dans 82 départements, les préfets ont pris des arrêtés préfectoraux de restriction d'usage de l'eau. Parmi eux, 30 départements (...) ont pris des arrêtés de crise imposant l'arrêt des prélèvements d'eau non prioritaires (lavage de voiture, arrosage de jardins, remplissage des piscines...)", ont-ils détaillé dans un communiqué commun. Une "situation exceptionnelle" qui "pourrait devenir commune à partir de 2050 en raison du dérèglement climatique", ont-ils souligné. "Aussi, au-delà des mesures de restriction en périodes de crise, la politique de gestion de l’eau doit prendre en compte les changements de long terme pour préserver durablement les ressources naturelles notamment pendant la saison des basses eaux", ont affirmé les ministres. Dans ce but, ils proposent une série de pistes concernant aussi bien les agriculteurs que les entreprises, les administrations ou les particuliers.

"Sobriété des usages"

Les "axes d’actions" tournent autour de deux objectifs : "encourager la sobriété des usages et réguler en amont la ressource grâce notamment à l’innovation ; faire émerger, dans l’ensemble des territoires, des solutions adaptées aux besoins et aux contextes locaux". Pour "encourager la sobriété des usages et l’innovation", ils suggèrent de "réaliser, là où c'est utile et durable, des projets de stockage hivernal de l'eau afin d'éviter les prélèvements en période sèche, lorsque l'eau est rare". Ils proposent aussi de "poursuivre les investissements avec les collectivités pour accentuer la maintenance des réseaux afin de réduire au maximum les fuites dans les canalisations et de favoriser la réutilisation des eaux usées traitées quand cela est pertinent". Il faut aussi "développer une agriculture plus économe en eau" et "progresser encore, via l'innovation, dans l'efficience de l'irrigation", estiment-ils. Les ministres entendent également soutenir et valoriser la recherche et le développement de nouvelles solutions dans les différents organismes scientifiques ainsi que dans les pôles de compétitivité hydrique (Dream en Centre-Val de Loire, Pôle EAU en Occitanie et Provence-Alpes Côte d’Azur et Hydreos dans le Grand Est). Le gouvernement veut aussi "engager" chacun "dans des démarches d'économies d'eau" grâce à des campagnes de proximité de sensibilisation et de communication tout au long de l’année.

"Dynamiser les projets de territoires"

L'élaboration d'un "deuxième Plan national d'adaptation au changement climatique d'ici fin 2017" est également à l'ordre du jour, après celui de 2011-2016, afin de "mieux adapter les actions aux conséquences locales du changement climatique". Le gouvernement compte aussi soutenir le déploiement du plan d’actions "eau et assainissement" en outre-mer. Les collectivités locales compétentes dans le domaine de la préservation de l’eau et des milieux aquatiques seront accompagnées, notamment via les agences de l’eau, et les préfets coordonnateurs de bassin seront mobilisés pour "dynamiser les projets de territoires, qui permettent une concertation, avec l’ensemble des partenaires, sur les besoins locaux en eau", ont encore indiqué les ministres. Au niveau national, sur 87 projets de territoires, 14 sont déjà réalisés et 47 sont en cours, ont-ils précisé. D’ici le 31 octobre, une cellule d’expertise, chargée de dénouer les difficultés rencontrées dans la gestion de la ressource en eau en agriculture, examinera tous les projets en cours pour voir s’il est possible d’accélérer leur réalisation et rendra compte aux ministres des conséquences à tirer de cet exercice.

Réactions mitigées

Eric Frétillère, président d'Irrigants de France, qui fait partie de l'AGPM (producteurs de maïs), a accueilli plutôt favorablement les pistes proposées, saluant le fait que les mesures concernent tous les usages de l'eau et pas seulement l'agriculture. Quant au "principe de mettre tous les acteurs ensemble, on trouve que c'est une bonne chose, mais maintenant, il faut qu'il y ait de la création de réserves, qu'on puisse faire du stockage, et avancer. Remettre ça au goût du jour, c'est une excellente chose", a-t-il déclaré à l'AFP, soulignant que "le stockage, c'est vraiment le point majeur".
Pour la fédération France Nature Environnement (FNE), au contraire, construire des retenues d'eau n'est pas une solution durable. FNE "partage la plupart des solutions apportées par le gouvernement" mais "cette action présentée comme une action phare est en revanche inacceptable", notamment à cause de ses impacts environnementaux", a écrit l'ONG dans un communiqué. Il ne faudrait pas non plus, alerte-t-elle, que les agences de l’eau, qui doivent accompagner les collectivités locales, "continuent de voir leur budget fondre comme neige au soleil" .
Côté consommateurs, l'UFC-Que Choisir estime que "cette communication ne dit rien en matière d'actions concrètes et d'engagements de l'argent public". "A l'exception d'annonces floues autour du ‘développement d'une agriculture plus économe en eau et multi-performante’, on assiste à une nouvelle et inadmissible fuite en avant avec l'acceptation des réserves d'eau", déplore-t-elle. De son côté, la CLCV, qui représente aussi les usagers domestiques, "salue le volontarisme du ministre de l’écologie visant à prendre des mesures structurelles pour réduire le gaspillage d’eau". "Alors même que les agences de l’eau commencent à préparer leur futur programme pluriannuel, la CLCV encourage le ministre à engager une réforme ambitieuse de la politique de l’eau", a-t-elle souligné dans un communiqué. France Libertés, pour sa part, "salue les objectifs de Nicolas Hulot et l'appelle à agir concrètement". L’ONG, qui s’est notamment impliquée en faveur du droit à l’eau pour tous, "approuve entièrement" (...) " le choix de faire émerger des solutions locales adaptées aux besoins et aux contextes locaux". "Plus qu’une gestion raisonnée de l’eau, France-Libertés plaide pour le rétablissement du cycle de l’eau local afin de restaurer le climat", affirme-t-elle.

"Nous ne pourrons pas tout faire", préviennent les présidents des comités de bassin
Avant la présentation des mesures gouvernementales sur la gestion de l’eau, les sept présidents de comités de bassin, accompagnés des six directeurs d’agences de l’eau et de leurs représentants ont été reçus le 5 août par Nicolas Hulot et ses deux secrétaires d’Etat, Sébastien Lecornu et Brune Poirson. "Nous ne pourrons pas tout faire", ont-ils souligné dans un communiqué diffusé le lendemain de cette rencontre, qui devrait être amenée à se renouveler deux fois par an. "Le contexte est difficile à la fois au plan climatique avec les restrictions d’eau que nous connaissons et au plan financier avec des arbitrages budgétaires qui nous laissent entrevoir le pire avec l’instauration d’un plafond mordant sur la redevance sur l’eau qui priverait la politique de l’eau de ses moyens vitaux", ont-ils prévenu.
"Les défis qui sont devant nous sont énormes, a rappelé François Sauvadet, président de la conférence des présidents de comité de bassin : atteindre 100% de bon état des eaux en 2027 ; réussir la prise en main de la Gemapi par les collectivités ; élargir nos compétences à la biodiversité et au milieu marin ; assumer nos responsabilités sur le renouvellement des réseaux et la lutte contre les fuites ; s'adapter au changement climatique."
"Sur l'ensemble de ces sujets, on ne peut pas demander aux agences de l'eau de faire toujours plus avec moins de moyens. Les comités de bassin devront faire des choix et les assumeront", ont affirmé les élus. Ils ont en outre rappelé au ministre de la Transition écologique que le budget des agences provient des redevances sur l’eau payées par les consommateurs et les usagers. Elles n'ont, pour eux, "pas vocation à alimenter le budget des parcs nationaux ou de l’office national de la chasse et de la faune sauvage". "Priver la politique de l'eau de ses moyens est une catastrophe alors que nous sommes très loin d'atteindre 100% de bon état des eaux en 2027 conformément à l'engagement de la France. Il faudrait pour cela multiplier par 3 les budgets actuels d'intervention des agences", estiment-ils.
"En matière de climat, l'inaction coûte cher. Les inondations de mars 2016 sur la Seine ont coûté un milliard, bien plus qu'auraient coûté des mesures de prévention. Il en est de même pour le renouvellement des réseaux estimé à un milliard d’euros par an", ont-ils aussi rappelé.
Malgré le contexte difficile, "cette réunion a permis un dialogue constructif avec le ministre d'Etat et de partager une vision des enjeux du changement climatique", ont toutefois estimé les élus, jugeant que "des avancées concrètes ont pu voir le jour avec l'ouverture de la composition de l'Agence française de la biodiversité à un représentant des comités de bassin". Ils disent attendre maintenant que "la prise de conscience collective sur les enjeux de l'eau soit traduite dans les arbitrages budgétaires à venir", tout projet de prélèvement étant à leurs yeux "contraire aux enjeux de la transition écologique".
A.L. 

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