Culture - Malgré une fréquentation en hausse de 15%, les festivals "toujours aussi fragiles" selon le Sénat


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Festival du théâtre de rue d'Aurillac
© R. Damoret / REA | Festival du théâtre de rue d'Aurillac

Françoise Laborde, sénatrice (RDSE) de la Haute-Garonne et vice-présidente de la commission culture du Sénat, a présenté devant la commission, le 28 juin, une communication sur la situation des festivals. Ce document est issu des travaux du groupe d'études sur les arts de la scène, les arts de la rue et les festivals. Il prolonge le bref - et assez peu convaincant - rapport de Pierre Cohen, l'ancien maire de Toulouse, remis à la ministre de la Culture au printemps 2016 (voir notre article ci-dessous du 1er juillet 2016).

Des difficultés politiques, financières, sécuritaires, organisationnelles...

La "note de synthèse" rappelle que, depuis 2014, les festivals ont été confrontés à la convergence de plusieurs difficultés : organisationnelles avec la crise des intermittents au printemps 2014 (qui faillit annuler le festival d'Avignon), financières avec la baisse des financements des collectivités et les remous provoqués par la publication d'une "cartocrise" (voir nos articles ci-dessous du 8 mars 2017 et du 19 mars 2015), sécuritaires avec la menace terroriste (voir notre article ci-dessous du 25 avril 2017) et politiques avec des annonces de fermeture de festivals liées à des changements de majorité.
A ces difficultés s'ajoutent un environnement en pleine évolution (statut de la pratique amateur, réforme du régime d'assurance chômage...), mais aussi "la réduction drastique des subventions de l'Etat". 342 festivals étaient en effet subventionnés par l'Etat en 2004, ils n'étaient plus que 170 en 2015.

La persistance d'une "forte incertitude budgétaire"

Le portrait dressé par le groupe d'études peut sembler sombre. Pourtant, le nombre de créations de festivals dépasse chaque année celui des disparitions et la saison 2016 a connu "une participation du public exceptionnelle", avec une hausse de la fréquentation d'environ 15% par rapport à l'année précédente. En outre, tous les acteurs locaux sont bien conscients que les festivals sont "une chance pour nos territoires" et engendrent d'importantes retombées économiques ou en termes d'image.
Françoise Laborde estime cependant que "la situation des festivals dans leur ensemble n'a jamais paru aussi fragile". Le rapport souligne la persistance d'une "forte incertitude budgétaire" et rappelle au passage qu'avec la réduction du soutien de l'Etat, "ce sont désormais les villes et, dans une moindre mesure, les départements qui constituent les principaux soutiens des festivals".
La récente réforme territoriale n'a fait qu'accroître ce climat d'inquiétude, tandis que les festivals subissent des coûts en forte hausse : augmentation des cachets, hausse des frais de transports et, surtout, "augmentation vertigineuse des coûts de sécurité face au risque terroriste", qui vient grever les budgets au détriment des postes artistiques. Cette inquiétude autour de la sécurité est particulièrement exacerbée pour les festivals de rue.

Mieux articuler les interventions des différents niveaux de collectivités

Enfin, pour compléter le tableau, la note du groupe d'études ajoute un certain nombre d'inquiétudes structurelles : l'essoufflement du bénévolat, les contraintes de la programmation dans un contexte de concurrence accrue entre festivals ou encore les contraintes de sécurité qui "s'immiscent également dans la programmation avec des conséquences désastreuses sur la liberté de création".
Pour ne pas rester sur une note trop sombre, le groupe d'études trace trois "pistes pour l'avenir". La première consiste à aider les festivals à faire face aux surcoûts de sécurité grâce, par exemple, à la pérennisation du fonds d'urgence (qui doit s'interrompre en 2018) ou à l'abandon de la pratique consistant à refacturer aux festivals le coût du déploiement des forces de l'ordre.
Seconde piste : mieux articuler les actions des différents niveaux de collectivités. La note évoque une possible alternative : soit répartir le soutien entre les différents échelons territoriaux en fonction de la nature et de l'importance du festival, soit généraliser la signature de conventions pluripartites.
Enfin, la troisième piste consiste à diversifier les soutiens, les festivals étant invités à "entreprendre de gros efforts" pour diversifier leurs financements. L'objectif principal en la matière est d'élargir le recours au mécénat.


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