Ces villes qui décident un moratoire sur les grandes surfaces


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Vue aérienne zone commerciale d'Avignon/Le Pontet
© Dr | Vue aérienne zone commerciale d'Avignon/Le Pontet

Angers et Avignon ont toutes deux décidé un moratoire pour stopper le développement des grandes surfaces en périphérie et préserver leur centre. Elles ont expliqué leur choix lors d'une rencontre organisée par l'Alliance pour le commerce et Procos, le 4 juillet.

Que l’on y accède par Cavaillon, Carpentras ou Nîmes, l’entrée d'Avignon est une traversée interminable de zones commerciales. "Les villes moyennes ont beaucoup souffert d’un urbanisme commercial qu’on a laissé faire, y compris nous, les élus, puisqu’on siège dans les commissions départementales d’aménagement commercial", a déploré Cécile Helle, maire d’Avignon, lors d’une matinée organisée par l’Alliance du Commerce et Procos, le 4 juillet à Paris. Fraîchement élue en 2014, Cécile Helle a alors décidé une mesure radicale : un moratoire sur les créations et extensions de zones commerciales, comme elle s'y était engagée pendant sa campagne. "On compte 135 établissements commerciaux pour 10.000 habitants en moyenne, à Avignon on est à 190", a-t-elle justifié. "On se bat aujourd’hui pour que le moratoire soit étendu à l’échelle de l’agglomération et du Scot. C’est une vraie bataille", a aussi concédé la vice-présidente en charge du développement économique de la communauté d’agglomération du Grand Avignon. Malgré tous ses attraits touristiques, le centre de la Cité des papes est dans une situation fragile, avec environ 10% de commerces fermés. Cécile Helle dit partager ce constat avec les maires voisins de Carpentras ou de Cavaillon. Cavaillon qui a pourtant connu une forte expansion de grandes et moyennes surfaces dans sa périphérie ces dernières années.
La municipalité d’Avignon a aussi pris une délibération cadre pour relancer le commerce de centre-ville. Elle a par exemple instauré une taxe sur les locaux vacants, lancé des opérations de requalifications urbaines… Son défi aujourd’hui : inciter les commerçants à étendre leurs horaires d’ouverture. "Beaucoup de commerces sont fermés entre midi et deux,  et ce à la veille du festival", a-t-elle regretté. Alors que la ville est classée en zone touristique, "personne n'ouvre le dimanche", a-t-elle ajouté.

Un moratoire "difficilement envisageable" au niveau national

Cette idée de moratoire sur les centres commerciaux, pour arrêter le développement de la périphérie, est un serpent de mer. Mais elle a aujourd'hui le vent en poupe. Elle était récemment reprise par l’ancien sénateur Yves Dauge dans son rapport préconisant un "plan national en faveur des nouveaux espaces protégés" remis à l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve afin de sauvegarder les centres des villes historiques. Ce rapport a pour le moment accouché d’une souris. Sur les 600 villes identifiées par le rapporteur comme nécessitant une action de fond, 17 seulement font aujourd’hui l’objet d’une "expérimentation" (dans le Centre-Val de Loire, en Grand Est et en Occitanie).
Parfois, ce sont les commerçants qui prennent d’eux-mêmes l’initiative. C’est le cas dans les trois plus grandes villes de l’Ouest de l’Hérault, Agde, Béziers et Pézenas - villes particulièrement touchées par la désertification de leur centre -, où les commerçants ont décidé de s’unir pour demander au président de leur Scot la mise en place d’un tel moratoire… Rappelons qu'à Béziers la vacance commerciale a fortement augmenté depuis le début des années 2000 pour atteindre le taux de 24% en 2015, "soit le taux le plus élevé parmi les villes moyennes en France", d’après un rapport d’inspection sur la revitalisation commerciale des centres-ville daté d’octobre 2016.
Dans un livre blanc de février 2017, quatre grandes fédérations commerciales dont l’Alliance pour le commerce et Procos, estimaient qu’un moratoire serait difficillement envisageable au niveau national "au regard de la liberté du commerce". Pour autant, elles défendaient l’exemple d’Angers qui a décidé de stopper tout projet jusqu’en 2020. Ici, c’est à l’échelle du PLU que la mesure a été décidée. Ce moratoire "a permis de stabiliser les centres commerciaux en périphérie", a assuré Karine Engel, adjointe au maire d’Angers chargée du commerce, intervenant lors de la rencontre du 4 juillet. Il s’agit selon elle d’un "engagement politique et moral". La ville de 150.000 habitants possède deux grands groupes commerciaux au nord et au sud, dont l’Atoll qui, avec ses 90.000 m2, accueille 6 à 7 millions de visiteurs par an, a indiqué l’élue. Ces pôles se situent à un peu plus de 10 km du centre qui connaît un taux de vacance d’à peine 4,6% d’après elle, contre une moyenne de 8,6 pour des strates équivalentes. Un équilibre que la municipalité souhaite à tout prix préserver.
Pour ces deux municipalités, Angers et Avignon, après avoir contenu le développement du commerce de périphérie, le gros enjeu à venir est le plein essor du numérique. Et le rachat d’Amazon pour 13,7 milliards d’euros de la chaîne de supermarchés bio Whole Foods Markets aux Etats-Unis a frappé les esprits. Avignon dit notamment vouloir s’inspirer des "vitrines de Mulhouse", un site dédié aux commerçants mis en place par la municipalité alsacienne. 
 

L'activité des grandes surfaces piétine
La reprise du commerce entamée en 2014 ne s’est pas démentie en 2016, d’après les chiffres communiqués par l’Insee le 30 juin. La vitalité est particulièrement forte pour le secteur automobile (vente et réparation), avec une croissance de 6,7% des ventes en volume. C’est également vrai pour les ventes de gros (notamment les équipements de l’information et de la communication), et les ventes au détail.
Les statistiques de l’Insee confirment par ailleurs la poussée d’internet : le commerce hors magasin progresse de 3,9% en 2016, comme en 2015, sous l’effet des ventes à distance (par internet et par correspondance).
S’agissant des produits alimentaires, l’activité des grandes surfaces est en berne avec -1,2% en volume, alors que les ventes du commerce spécialisé et artisanal sont "très dynamiques" (+4,6% en volume), de même que celles des superettes généralistes (+3%). "Les hypermarchés résistent néanmoins un peu mieux que les supermarchés", précise l’Insee. Conséquence : si le nombre d’hypermarchés reste stable, celui des supermarchés décline, notamment dans le "hard discount".
 

 

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