Asile - Le défenseur des droits dénonce le retour de la "jungle" de Calais


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© R. Beurrier / Rea |

Ce sera sans doute un des premiers dossiers chauds pour le nouveau gouvernement. Dans un communiqué du 14 juin, aux termes particulièrement durs, le défenseur des droits "dénonce une nouvelle fois les conditions de vie inhumaines que subissent les exilés à Calais". Jacques Toubon se dit "très préoccupé par les faits portés à sa connaissance", après qu'il a demandé à ses services de se rendre sur place le 12 juin et de s'entretenir "avec de nombreux exilés et les associations leur venant en aide".

Un tableau plus sombre que celui de l'ancienne "jungle"

La restitution qu'en fait le défenseur des droits donne une image bien plus sombre que celle de l'ancienne "jungle" de Calais, avant la tentative des pouvoirs publics de relocaliser les réfugiés (voir nos articles ci-dessous). Ainsi, "selon plusieurs informations croisées", entre 500 et 600 migrants - dont des mineurs - dorment à même le sol, quelles que soient les conditions climatiques, parfois avec un sac de couchage donné par les associations. Les réfugiés "disent être traqués jour et nuit dans plusieurs sous-bois de la ville. Les migrants ne peuvent dès lors plus dormir, ni même se poser ou se reposer et restent constamment sur le qui-vive. Ils sont visiblement dans un état d'épuisement physique et mental".
Par ailleurs, "tous les points d'eau ayant été supprimés, les migrants ne peuvent pas se laver, ni même boire. Se laver et boire de l'eau est leur principale demande".
Depuis une décision du tribunal administratif de Lille du 22 mars 2017 - jugeant que l'interdiction de distribution de repas par les associations était constitutive d'un traitement inhumain ou dégradant -, "une seule distribution associative est tolérée le soir, pendant une heure, ce qui ne permet pas de nourrir tous ceux qui le souhaiteraient. Les autres sont empêchées par les forces de l'ordre, au motif de 'consignes préfectorales', quel que soit le public concerné (familles, jeunes enfants)". Pour le reste, une association effectue des distributions itinérantes, tandis qu'un prêtre - qui s'est ouvertement opposé à la présence policière sur le parvis de son église - y procède à une distribution tous les midis.

Les associations "entravées et menacées"

Depuis le démantèlement du centre Jules-Ferry, la situation est particulièrement inquiétante pour les femmes, d'autant que certaines sont enceintes ou ont des nourrissons. De même, les mineurs, qui reviennent des Caomi (centres d'accueil et d'orientation pour mineurs) avec l'idée de passer en Grande-Bretagne, disent être traités de la même façon que les adultes.
Enfin, lorsqu'elles essaient de mettre en œuvre les dispositifs de base (douches, distributions de repas et d'eau...), les associations se disent "entravées et menacées" : verbalisation des véhicules, injonctions de mise aux normes des locaux, menaces de poursuite pour aide au séjour irrégulier (voir notre article ci-dessous du 12 juin 2017)... De plus, le défenseur des droits "regrette que les départs vers les CAO depuis Calais ne soient plus organisés, de même qu'il ne soit plus possible de déposer une demande d'asile dans la ville, la préfecture située à Lille dissuadant d'entreprendre de telles démarches".
Au final, le tableau décrit paraît apocalyptique et semble signer l'échec de la politique de dispersion vers les CAO, même s'il s'agit pour l'essentiel d'une population différente de celle évacuée de Calais il y a quelques mois. Devant cette situation, le défenseur des droits "exhorte les pouvoirs publics à ne pas s'obstiner dans ce qui s'apparente à un déni d'existence des exilés qui, présents sur notre territoire, doivent être traités dignement, conformément au droit et aux engagements internationaux qui lient la France". 


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