Avicca et opérateurs : on s'entend sur les zones blanches, moins sur la fibre


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Le colloque Territoires et Réseaux d'initiative publique (Trip) de l'Avicca, dans son édition de printemps, a permis de faire le point sur les projets publics de déploiement de la fibre optique. La quasi-totalité du territoire est désormais concernée par un RIP, soit en phase de déploiement, soit avec une procédure de marché lancée. Patrick Chaize, président de l'Avicca et sénateur de l'Ain, n'a pas hésité à pointer une nouvelle fois l'attitude des opérateurs en zone d'initiative privée (ou zone Amii) en soulignant l'incertitude qui pèse sur les calendriers de déploiement. Côté zones blanches mobiles, cependant, opérateurs et collectivités semblent converger pour demander à l'État plus de transparence et une réelle priorité donnée à l'aménagement du territoire.

Zones blanches mobiles : Avicca et FFT sur la même longueur d'onde

La résorption des zones blanches mobiles continue, avec une nouvelle liste de communes concernées en 2017 (voir notre article du 15 mai). Or, les choses ne vont pas assez vite au goût des collectivités. Surtout, le processus de sélection des zones blanches laisse encore à désirer. Par exemple, le portail d'information sur la couverture mobile lancé il y a peu par l'Arcep, Monreseaumobile.fr, ne coïncide pas toujours avec les retours sur le terrain. "Nous avons noté en Nouvelle-Aquitaine que certaines communes répertoriées en zone blanche il y a peu, étaient affichées comme couvertes par l'outil de l'Arcep", observe Patrick Vuitton, délégué général de l'Avicca. Très opaque il y a quelques années, le système de recensement des zones blanches s'est amélioré, mais devrait mieux correspondre aux nouveaux usages de la téléphonie mobile. "Nous proposons que la catégorie de 'bonne couverture' selon l'Arcep, devienne le nouveau critère pour établir les zones blanches", avance Patrick Chaize. La "bonne couverture" décrit en effet un réseau sur lequel, en extérieur, les usages courants du mobile sont toujours possibles. "Une mauvaise couverture n'est pas une couverture. En 2017, on ne peut pas prétendre qu'une localité est couverte quand les appels coupent régulièrement." Signe des temps, une entente émerge sur ce point entre l'Avicca et la Fédération française des télécoms (FFT), qui représente les quatre opérateurs mobiles. La FFT effectue un décompte régulier de ses déploiements en zones blanches et dialogue beaucoup avec les élus, notamment en territoire de montagne. Elle a discerné, en la politique d'aménagement du territoire, une bonne porte d'entrée pour remettre en cause le coût grandissant des licences d'attribution de fréquences. Devant les élus locaux, Pierre Louette, nouveau président de la FFT, a donc plaidé pour que les opérateurs écopent de plus grandes obligations de couverture, en échange d'achats de licence à prix plus raisonnables. Mieux vaut en effet, pour la filière, investir dans la densification de son outil industriel, y compris en zone rurale, plutôt que de verser de l'argent à l'État sans autre contrepartie que le droit d'usage des fréquences.

Antennes-relais : diversifier les technologies

Pour accélérer la résorption des zones blanches, les collectivités se penchent de plus en plus vers des options alternatives. La grande antenne-relais, fixée sur un pylône de 30 mètres, n'est pas la solution technologique adaptée à tous les contextes. Or, ce choix est pour l'heure le seul recours possible. Un équipementier des télécommunications a ainsi été invité au TRIP pour présenter des solutions d'antennes plus petites, dites "smart cells", à même de diffuser une couverture mobile mieux ciblée et performante, sans travaux de génie civil importants. Les collectivités désireraient pouvoir envisager ces solutions, pour réduire les coûts et accélérer la vitesse de déploiement.

Fibre optique : l'Avicca toujours maussade face à la zone Amii

Pour autant, depuis plusieurs mois, à la faveur de la période de transition électorale, certains élus locaux portés sur le numérique aiment à dénoncer sur l'internet fixe, l'attitude de leurs nouveaux alliés sur le mobile : en l'occurrence, Orange et SFR, qui portent la responsabilité des déploiements de fibre optique en zone d'initiative privée (ou Amii). Orange rétorque avancer à un train soutenu, et déployer pour l'heure bien plus que les opérateurs présents en zone RIP. Si les élus s'inquiètent, c'est que les délais de déploiement sont encore peu précisés dans les conventions signées entre opérateurs, et collectivités concernées. "Il n'existe aucun protocole standard, et personne ne centralise les conventions de déploiement", peste-t-on à l'Avicca. Un état de fait qui provient tout autant du besoin des opérateurs d'adapter rapidement leurs stratégies de déploiement selon la conjoncture du marché, mais aussi du manque de pilotage de la part de l'État, et du peu de suivi accordé à ces dossiers au sein de certaines collectivités. L'inquiétude des élus : qu'Orange enclenche les travaux de déploiement dans de nombreuses communes, mais fasse tarder ensuite le raccordement des locaux les moins rentables. Mi-2016, seules 112 communes sur les 3405 composant la zone Amii, avaient bénéficié d'un déploiement à plus de 50%. Et les échéances de déploiement total glissent peu à peu, se décalant vers 2022. Du côté de l'Agence du numérique, qui fournit ses chiffres, on se montre cependant plus optimiste sur les capacités des opérateurs. Fin 2016, 58 communes supplémentaires ont été fibrées à plus de 50% ; et la progression des raccordements par les opérateurs est "exponentielle", assure l'Agence. De son côté, SFR, qui souhaite pouvoir déployer plus en zone Amii, n'est pas accueilli comme le Messie. On se garde bien de se ranger à ses côtés, dans la procédure judiciaire engagée contre Orange par la filiale d'Altice. "Pour l'instant, SFR a moins déployé qu'Orange dans la zone qui lui est impartie", note Patrick Vuitton. "Si l'opérateur refait son retard et envoie des signaux positifs, nous réviserons notre jugement. Mais pour l'instant, SFR ne constitue pas une solution assurée pour la zone Amii." L'attitude de l'État n'est, quant à elle, pas encore bien lisible. Si un changement de cap sur les RIP est très peu probable, les collectivités sont encore dans l'incertitude quant aux impulsions qui seront promues par le nouvel exécutif. Avant son élection, Emmanuel Macron avait tenu des propos fermes envers les opérateurs, et avait affirmé maintenir le cap de l'aménagement numérique.

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