Un gouvernement de "cohésion" pour les territoires ?

Richard Ferrand, ministre de la Cohésion territoriale, lors de la passation de pouvoirs avec Jean-Michel Baylet
© X. Popy / REA | Richard Ferrand, ministre de la Cohésion territoriale, lors de la passation de pouvoirs avec Jean-Michel Baylet

Le gouvernement dirigé par Edouard Philippe a été nommé ce 17 mai. Les collectivités s'intéresseront notamment au portefeuille confié à Richard Ferrand qui, sous l'intitulé "Cohésion des territoires", devrait être leur principal interlocuteur. Y compris sur la politique de la ville et le logement. Le tandem qui fait son entrée à Bercy devrait toutefois être en première ligne sur la fiscalité locale... et sur la fonction publique. Focus sur les ministères clefs du point de vue des territoires, y compris celui de la "Transition écologique et solidaire" confié à Nicolas Hulot.

Emmanuel Macron a composé ce mercredi 17 mai son premier gouvernement, une équipe de 22 membres au total - 18 ministres et quatre secrétaires d'Etat.
On y trouve quatre membres socialistes ou venus du PS : Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian, Richard Ferrand et Christophe Castaner. Trois ministres viennent de LR : le Premier ministre Edouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy. Trois sont issus du MoDem : François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard. On compte aussi deux radicaux de gauche (PRG) : Jacques Mézard et Annick Girardin.
Promesse de campagne, la parité de la société civile par rapport au monde politique est respectée, avec onze membres, dont huit ministres : Nicolas Hulot, la directrice de la Haute Autorité de la santé, Agnès Buzyn, la codirigeante des éditions Actes Sud, Françoise Nyssen, la dirigeante d'entreprise Muriel Pénicaud, le directeur de l'Essec, Jean-Michel Blanquer, la scientifique Frédérique Vidal et la sportive Laura Flessel.
S'agissant de la représentation du monde territorial à travers les mandats locaux dont étaient à ce jour titulaires les nommés, on trouvera aux côtés du Premier ministre Edouard Philippe, maire du Havre, quatre autres maires : Gérard Collomb (Lyon), François Bayrou (Pau), Gérald Darmanin (Tourcoing) et Christophe Castaner (Forcalquier). On mentionnera en outre Jacques Mézard, président de la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac, Marielle de Sarnez, conseillère de Paris, Richard Ferrand, élu au conseil régional de Bretagne toujours présidé par Jean-Yves Le Drian.
L'Elysée a d'ailleurs fait savoir que tous les ministres titulaires d'un mandat exécutif local devront démissionner de ce mandat "sous un mois". Y compris Jean-Yves Le Drian, qui avait été autorisé sous le quinquennat de François Hollande à cumuler des fonctions de ministre avec celles de président de conseil régional. Il devra cette fois-ci quitter la tête de sa région. Quant aux ministres candidats aux législatives des 11 et 18 juin, ils devront démissionner de leur poste s'ils ne sont pas élus, a ajouté l'Elysée.


Gérard COLLOMB, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur
Nicolas HULOT, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire
François BAYROU, ministre d’Etat, Garde des Sceaux, ministre de la Justice

Sylvie GOULARD, ministre des Armées
Jean-Yves LE DRIAN, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
Richard FERRAND, ministre de la Cohésion des territoires
Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé
Françoise NYSSEN, ministre de la Culture
Bruno LE MAIRE, ministre de l’Economie
Muriel PÉNICAUD, ministre du Travail
Jean-Michel BLANQUER, ministre de l’Education nationale
Jacques MÉZARD, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation
Gérald DARMANIN, ministre de l’Action et des Comptes publics
Frédérique VIDAL, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation
Annick GIRARDIN, ministre des Outre-Mer
Laura FLESSEL, ministre des Sports

Elisabeth BORNE, ministre auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique, chargée des transports
Marielle DE SARNEZ, ministre auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée des affaires européennes

Christophe CASTANER, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement
Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes
Sophie CLUZEL, secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées
Mounir MAHJOUBI, secrétaire d'Etat chargé du numérique
 


Les collectivités et le logement à l'heure de la "cohésion des territoires"

L’arrivée de Richard Ferrand au ministère de la Cohésion des territoires est une juste récompense pour le député PS du Finistère qui fut le premier parlementaire à rejoindre le mouvement En Marche en qualité de secrétaire général, tout en continuant de présider la mission d’évaluation de la loi… Macron. Il avait été auparavant rapporteur de cette loi emblématique du quinquennat Hollande.
La notion de cohésion des territoires semble empruntée à l’Europe. Inscrite dans le traité de Lisbonne, la "cohésion territoriale" avait fait l’objet de vifs débats en 2008 pour en esquisser une définition commune à tous les membres. La Commission l’avait alors définie comme la politique qui consiste "à garantir le développement harmonieux de tous les territoires et à permettre à leurs habitants de tirer le meilleur parti de leurs caractéristiques propres".
Que va-t-on donc retrouver sous ce vocable ? Au vu des passations de pouvoirs qui ont eu lieu ce mercredi après-midi, on sait que Richard Ferrand succède à la fois à Jean-Michel Baylet, ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales, à Emmanuelle Cosse, ministre du Logement, et à Patrick Kanner pour ce qui est de la politique de la ville. Il hérite donc d’un portefeuille très large, englobant l’aménagement du territoire, la ruralité et la politique de la ville (soit peu ou prou le champ de compétence du Commissariat général à l’égalité des territoires), mais aussi les collectivités et le logement. À la veille de l’annonce du gouvernement, les spéculations évoquaient le fait que le logement serait intégré à un grand ministère de la transition écologique.

Dès mercredi en fin de journée lors de la passation de pouvoirs avec Jean-Michel Baylet, Richard Ferrand a affirmé sa volonté de lutter contre le "sentiment de déclassement" d'un certain nombre de territoires. "Il faut agir et faire partager à chacune et chacun que des territoires sont en souffrance, mais que la République n'en abandonne aucun", a-t-il affirmé, soulignant les enjeux de sa tâche à la tête du ministère : "Rééquilibrage des territoires, faire en sorte que partout on puisse en France développer des terres d'excellence." "Partout, la mobilité, l'accès aux services doivent être garantis", a-t-il poursuivi. "Il faut savoir travailler avec les élus locaux qui au quotidien sont les artisans de l'action publique. Il faudra que les administrations aussi acceptent cette idée, cette fluidité nécessaire avec les élus locaux qui ont une parfaite légitimité de parler du réel."

Quelques instants plus tard, lors d'une passation de pouvoirs avec cette fois Emmanuelle Cosse, Richard Ferrand a assuré que le logement ne serait "pas minoré" malgré son absence dans l'intitulé de ses attributions. Une absence qui avait fait réagir tant l'Union sociale pour l'habitat que la Fondation Abbé Pierre ou la Fnaim... "Il est au contraire mis au coeur d'une politique qui veut précisément faire en sorte que partout en France, tout le monde puisse accéder au même droit au logement", a-t-il déclaré, en rendant un hommage appuyé à l'action de sa prédécesseure. "Je suis très à l'aise avec la politique que vous avez conduite puisqu'à l'Assemblée nationale, je l'ai toujours votée", a-t-il dit, tout en promettant une "stabilité législative" sur le secteur. "Le cadre législatif est posé, vous y avez largement contribué" a-t-il poursuivi, affirmant son intention de "parfaire ce qui a été mis sur les rails et d'accompagner la dynamique à l'oeuvre dans le secteur" de la construction.
Selon La Voix du Nord, Valérie Létard, sénatrice (UDI), a refusé un ministère du Logement et de la Ville, proposition que lui aurait faite il y a quelques jours Emmanuel Macron.

Dans la foulée, c'est Patrick Kanner qui lui a légué une partie de son portefeuille. Richard Ferrand s'est là encore voulu rassurant sur l'importance de la politique de la Ville, assurant que le ministère "s'appelle autrement parce que ce qui reste à faire doit s'insérer dans une action plus globale qui porte ses fruits dans tous les territoires de France". "Le terme générique de 'cohésion des territoires' a un défaut mais une qualité", a-t-il expliqué : "Le défaut est qu'il s'agit d'un terme abstrait. Mais il va de soi que la politique de la ville, le logement, l'aménagement du territoire... tout cela se devait d'être ensemble pour que l'action publique soit plus efficace." "Les défis sont importants", a-t-il ajouté, disant son ambition que "dans cinq ans on ne parle plus de territoires oubliés", évoquant "le sentiment d'être abandonnés", voire d'être "assignés à résidence", de certains citoyens. "Il ne s'agit pas d'effacer les traces de ceux qui ont marché avant nous", a-t-il assuré. "Trouvez-nous 4 milliards de plus pour vraiment aboutir à ce que nous souhaitons, à savoir un programme complet en faveur des quartiers", avait auparavant lancé Patrick Kanner.

S'agissant du champ des collectivités locales stricto sensu, reste à savoir plus précisément quel sera le périmètre de Richard Ferrand. Il faudra pour cela attendre les décrets d'attribution pour voir si celui-ci aura autorité conjointe sur la Direction générale des collectivités locales avec le ministère de l'Intérieur. Mais aussi considérer qui sera aux commandes de l'une des réformes sans doute les plus sensibles pour les élus locaux, à savoir la réforme annoncée de la taxe d'habitation.
Dans une tribune publiée fin février, Richard Ferrand avait défendu au nom du mouvement En Marche l'idée de supprimer la taxe d'habitation pour 80% des ménages, assurant qu'elle "ne grèvera en rien le budget des collectivités territoriales", dans la mesure où "l’État paiera la taxe d’habitation en lieu et place des ménages, et que "l’autonomie fiscale des collectivités locales sera également totalement préservée, dans les modalités techniques qui seront retenues".
Reste que ce chantier a de bonnes chances d'être piloté par Bercy, où un binôme LR formé de Bruno Le Maire à l'Economie et de Gérald Darmanin sous l'intitulé "Action et Comptes publics" vient de faire une entrée remarquée. D'autant plus que l'Elysée a fait savoir que les attributions de Bruno Le Maire, en tant que ministre de l'Economie, recouvriront les Finances, l'Industrie, les Services, le Commerce et la Fiscalité.

Action et Comptes publics... et Fonction publique

Le sarkozyste Gérald Darmanin, 34 ans, nommé mercredi ministre de l'Action et des Comptes publics, pilotera les comptes publics (budget) et sociaux (comptes de la Sécu) ainsi que la fonction publique et la réforme de l'Etat.
Ce périmètre très large correspond pour partie à celui jadis dévolu à Eric Woerth (mai 2007-mars 2010) : ministre du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l'État.
L'intitulé "action publique" semble témoigner de la priorité accordée par Emmanuel Macron à la dynamique de modernisation des services publics, déjà bien présente lors du quinquennat précédent (voir notre article du 8 mars).  Le nouveau président avait d'ailleurs fait de la modernisation et de l’accessibilité des services publics le fil rouge de la lettre qu’il avait adressée aux agents publics mi-avril, se disant conscient que "des services publics efficaces et de qualité sont indispensables à la cohésion sociale, à l’égalité républicaine, à la croissance économique". Il y proposait aux agents de l’État d’organiser "ensemble […] le retour des services publics dans ces territoires, avec le soutien des associations et en impliquant les habitants dans les décisions qui les concernent", de continuer "à adapter avec [eux] l’accès aux services en fonction des contraintes et des attentes nouvelles des usagers", de développer les services numériques, d'"améliorer [les] outils de travail", "d’alléger les procédures", de donner "plus d’autonomie aux administrations locales dans la gestion des équipes et des budgets".
Le nouveau ministre chargé de la réforme de l'État aura aussi à traiter du dossier de la simplification des normes (voir notre article du 23 mars) et en particulier, sans doute avec son collègue Richard Ferrand, de celles applicables aux collectivités (voir notre article du 9 mai).

Mais le ministre en charge de la fonction publique aura surtout à mettre en œuvre plusieurs mesures sensibles. On se rappelle en effet que le chef de l'Etat entend "moderniser" et apporter plus de "flexibilité" au statut des fonctionnaires. Il prévoit notamment de mettre fin à l’évolution uniforme des rémunérations avec le développement de la rémunération au mérite. Il propose aussi l’instauration d’un système universel de retraite entre le public et le privé et le rétablissement d’un jour de carence lors des arrêts maladie. On sait en outre qu'il a évoqué la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires, dont 70.000 dans le versant territorial, où le recours aux contractuels de droit privé devrait être facilité.
Gérald Darmanin trouvera enfin les chantiers inachevés d'Annick Girardin (voir notre article du 11 avril) : rémunérations, emploi, dialogue social, poursuite de la mise en œuvre du protocole PPCR (parcours professionnels, carrières, rémunérations), pénibilité, formation, protection sociale... Annick Girardin avait d'ailleurs estimé que le prochain gouvernement ne pourrait pas faire l’économie d’"états généraux du service public" et préconisait la tenue d’un rendez-vous salarial "dès juin 2017".
"Les fonctionnaires sont, quels que soient leur statut et leur entrée dans la fonction publique, l'ossature de la République", a déclaré le nouveau ministre lors de la passation de pouvoirs au ministère de la Fonction publique, assurant qu'il poursuivrait "le travail avec l'ensemble des organisations syndicales et des directeurs".

Nicolas Hulot pour incarner la transition écologique et solidaire

Sans surprise, tant son nom circulait avec insistance ces derniers jours, Nicolas Hulot devient ministre de la Transition écologique et solidaire avec le rang de ministre d’Etat, deuxième des ministres dans l’ordre protocolaire. L’ancien animateur de l’émission Ushuaïa, président de la Fondation qui porte son nom, a fini par accepter d’entrer au gouvernement par la grande porte après avoir décliné toutes les offres présidentielles depuis celle de Jacques Chirac en 2002. En 2007, il hésite lui-même à se présenter à l’élection suprême avant d'imposer son "Pacte écologique" aux candidats. Nicolas Sarkozy le signe et, aussitôt élu, lance le Grenelle de l'environnement, une concertation inédite qui débouche sur deux lois importantes. Mais l'abandon du projet de taxe carbone refroidit les relations Hulot-Sarkozy, avant même la déclaration de ce dernier sur l'écologie qui "commence à bien faire". En 2011, Nicolas Hulot franchit le pas en se présentant à la primaire des Verts. Les militants lui préfèrent alors Eva Joly. Certains lui reprochent d'être financé par de grandes entreprises (L'Oréal, EDF, TF1, etc.) et d'être pro-nucléaire. L'ex-animateur télé assume "le dialogue avec le monde économique" et le besoin d'avoir "les moyens de se battre" tout en prônant plus clairement, depuis l'accident de Fukushima, une sortie progressive de l'atome.

Sous la présidence de François Hollande, il a eu l’occasion de côtoyer Emmanuel Macron à l’Elysée où il disposait d’un bureau en tant qu’envoyé spécial pour la protection de la planète. Cette fonction l’a notamment conduit à œuvrer pour la préparation de la COP 21 à Paris, fin 2015. En janvier 2016, sollicité par l’ancien président de la République pour entrer au gouvernement, Nicolas Hulot avait décliné l'offre, faute d'assurances suffisantes sur l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, la renégociation du traité de libre échange avec le Canada (Ceta) et une réforme de la fiscalité. Autant de sujets toujours à l'ordre du jour. Estimant que sur l'environnement, "il faut casser les clivages traditionnels", Nicolas Hulot a davantage orienté son discours au fil des ans sur les liens entre écologie et solidarité, à l'image de la campagne lancée en mars dernier avec une centaine d'associations (Emmaüs, Fondation Abbé Pierre, France nature environnement, etc.).

De Notre-Dame-des-Landes à Fessenheim, en passant par la mise en œuvre de la loi de transition énergétique et la rénovation thermique des bâtiments, Nicolas Hulot trouvera de nombreux dossiers sur son bureau. Il s'est dit opposé au projet de transfert de l’aéroport nantais à Notre-Dame-des-Landes. Emmanuel Macron s'est, lui, prononcé pour la nomination d'un médiateur auquel il donnera six mois pour produire une étude sur la possibilité d'agrandir l'aéroport actuel de Nantes.
Sur le volet énergie, le nouveau ministre devra veiller à la mise en oeuvre de la loi de transition énergétique, notamment de la réduction de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la production électrique à l'horizon 2025. La centrale de Fessenheim (Bas-Rhin) devrait fermer lors de la mise en service de l'EPR de Flamanville (Manche) en 2019. Pour le reste du parc, Emmanuel Macron conditionne ses décisions à l'avis de l'Autorité de sûreté nucléaire sur la prolongation des réacteurs au-delà de 40 ans. Cet avis n'est pas attendu avant fin 2018. Il faudra aussi trouver un terrain d'entente avec EDF sur les conditions d'éventuelles fermetures supplémentaires. Nicolas Hulot sera aussi confronté au projet d'EDF de construire de nouvelles centrales à l'horizon 2028-2030 pour remplacer les installations en fin de vie.
Concernant les énergies fossiles, Emmanuel Macron s'est prononcé en faveur de la fermeture des quatre centrales à charbon françaises, avec un accompagnement des personnes, industriels et territoires concernés. Il s'est aussi engagé à ne plus délivrer de nouveaux permis d'exploitation d'hydrocarbures. Quant aux énergies renouvelables, il s'est engagé à ce qu'elles atteignent 32% de la consommation énergétique en 2030, notamment en encourageant l'investissement privé dans l'éolien et le photovoltaïque.
Côté rénovation des bâtiments, la loi pour la transition énergétique prévoit l'élimination des "passoires énergétiques" à l'horizon 2025, 500.000 rénovations "performantes" par an dès 2017 et une baisse de la précarité énergétique de 15% à l'horizon 2020. Emmanuel Macron a annoncé vouloir rénover un million de logements mal isolés grâce notamment au versement d'une prime au début des travaux, en remplacement du crédit d'impôt.
"Vous me laissez un socle d'acquis qui va peut-être rendre ma position plus confortable et j'espère protéger ce que vous avez obtenu", a déclaré Nicolas Hulot mercredi à Ségolène Royal lors de la passation de pouvoirs. "J'ai été du côté de ceux qui exigeaient, je vais peut-être découvrir que c'est un rôle plus facile que ceux qui réalisent", a-t-il enchaîné. "C'est le ministère du futur, du vivant, de la solidarité", a-t-il affirmé, évoquant "un nouveau modèle en gestation (...) avec une fantastique créativité dans les PME, le tissu associatif, les collectivités locales".

La "transition" passera aussi par les transports

Avec la nomination d’Elisabeth Borne comme ministre des Transports, auprès de Nicolas Hulot, les Transports remontent d’un cran dans la hiérarchie gouvernementale puisqu’ils relevaient sous la précédente mandature de la responsabilité d’un simple secrétaire d’Etat.
Ingénieure générale des ponts, des eaux et des forêts, Elisabeth Borne était depuis le printemps 2015 à la tête de la RATP. Elle a été directrice du cabinet de Ségolène Royal de 2014 à 2015 après avoir été préfète de Poitou-Charentes, la région que présidait l’ancienne ministre de l’Environnement depuis 2004. Après un début de carrière à l’Équipement, au ministère puis à la direction régionale de l’équipement d’Ile-de-France, elle a intégré le cabinet du ministre de l’Éducation nationale de 1991 à 1993. Puis elle a travaillé trois ans à la Sonacotra (Adoma), avant de retrouver le ministère de l’Équipement, à la direction des transports terrestres. En 1997, Elisabeth Borne a été nommée au cabinet du Premier ministre, comme conseillère technique chargée des transports puis conseillère chargée de l’urbanisme, de l’équipement, du logement des transports et de la ville. Entre 2002 et 2008, elle a travaillé à la SNCF puis au sein du groupe Eiffage avant d’occuper de 2008 à 2013 les fonctions de directrice générale de l’urbanisme à la mairie de Paris.
Parmi les dossiers chauds dans le domaine des transports, la nouvelle ministre aura à poursuivre, comme Emmanuel Macron s'y est engagé, le resserrement de la taxation entre l'essence et le gazole, ainsi que la disparition programmée des avantages consentis aux flottes de véhicules diesel. Emmanuel Macron a indiqué vouloir aider davantage les particuliers qui achèteraient un véhicule propre (électrique, hybride) en échange d'un vieux diesel, avec une prime supplémentaire à la conversion de "1.000 euros". Interrogé avant la présidentielle par le think tank TDIE qui réunit élus et professionnels des transports, Emmanuel Macron s’est aussi prononcé pour un plan d’investissement de 5 milliards d’euros dans les transports, notamment pour l’intermodalité et les gares routières. Il s’est montré opposé au retour à la TVA à 5,5% pour les transports urbains mais favorable à un quatrième appel à projets de transports collectifs en site propre (TCSP) pour la desserte des quartiers de la politique de la ville. Il a aussi affirmé qu’il voulait une ouverture rapide du transport ferroviaire de voyageurs à la concurrence en début de mandat avec une loi globale allant au-delà de la simple expérimentation.

Un ancien DGESCO à l'Education

Jean-Michel Blanquer est nommé ministre de l’Education nationale. Jean-Michel Blanquer a été directeur général de l'enseignement scolaire de Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, de décembre 2009 à novembre 2012. Il était donc au front lors de la fin des négociations sur la réforme des rythmes scolaires du quinquennat Sarkozy (celle instituant la semaine des 4 jours), et s'est frotté aux maires sur le sujet notamment lors de leurs congrès 2010 et 2011 (voir nos articles : Rythmes scolaires : les maires veulent prendre le temps de la réflexion, article du 24 novembre 2010  ;  Education : les maires ont l'ambition d'être... consultés, article du 22 novembre 2011).
Il a également trempé dans le plan Ecole numérique rurale (ENR) à propos duquel il déclarait, en 2010, "la question de la maintenance est clé. (...) Il faudrait arriver à une répartition claire des partages des charges entre Etat et collectivités et que ce ne soit plus un angle mort. Nous avons un devoir de suite sur ce plan ENR" (voir notre article du 24 novembre 2010 Congrès des maires - Ecoles numériques rurales : le devoir de suite de l'Education nationale).
Localtis a aussi gardé des traces du temps où il occupait la fonction de recteur à Créteil (2007-2009), avec notamment la mise en place du "cartable en ligne" dans les 21 collèges du Val-de-Marne, de Seine-Saint-Denis et de Seine-et-Marne (article du 5 septembre 2007 L'académie de Créteil fait sa rentrée sous le signe des nouvelles technologies). Auparavant, il avait été directeur adjoint au cabinet de Gilles de Robien, alors ministre de l’Éducation nationale sous gouvernement de Villepin (quinquennat Chirac).
Il était, depuis juin 2013 directeur général du groupe Essec.
Dans un ouvrage paru à l'automne 2016, "L'Ecole de demain", Jean-Michel Blanquer estimait notamment qu’il fallait réviser la carte des établissements scolaires en regroupant ceux de petite taille et alléger, en REP+ et en REP, les effectifs de la grande section de maternelle et du CP.
"Il n'y aura pas une énième loi ou une énième réforme. Il y aura tout simplement la volonté de s'attacher aux problèmes concrets" en donnant "la liberté aux acteurs et du pouvoir à nos professeurs, chefs d'établissements et à l'ensemble des acteurs de l'Education nationale", a déclaré Jean-Michel Blanquer à la presse après la passation de pouvoir rue de Grenelle. A court terme, il a rappelé que la rentrée 2017 était déjà en grande partie préparée, "mais nous ferons les changements promis par le président de la République" pour "tout ce qui sera à notre portée".

Frédérique Vidal est nommée ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Elle est présidente de l’université de Nice Sophia-Antipolis depuis 2012, université impliquée dans le projet d’idex de la Comue Côte d’Azur sélectionné en janvier 2016 (Comue : communauté d'universités et d'établissements, structure créée par la loi Fioraso de 2013 - voir notamment notre article du 23 novembre 2016 Enseignement supérieur et recherche - Université de demain : big is beautiful ?). Les activités de recherche de Frédérique Vidal portent sur la génétique moléculaire, avec la mise en place de modèles cellulaires et animaux. A noter que l'ESR fait l'objet d'un ministère de plein exercice, réuni avec l'Innovation. 

Un élu du Cantal à l'Agriculture et l'Alimentation

Le nouveau ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Jacques Mézard, a promis mercredi de "protéger" les paysans et de "les aider à se moderniser". "Nous ne règlerons pas tous les problèmes d'un coup de baguette magique", a prévenu le sénateur PRG du Cantal, qui fut l'un des premiers ralliés à Emmanuel Macron, et architecte, avec d'autres, de son programme agricole. En vue des prochains Etats généraux de l'alimentation annoncés par Emmanuel Macron, il a indiqué qu'il souhaitait aller "le plus vite possible". La première priorité de ces Etats généraux sera "le prix payé" aux agriculteurs : "Il faut arriver à une meilleure coordination entre producteurs, transformateurs et distributeurs."
Jacques Mézard avait été élu pour la première fois au Sénat en 2008, après avoir siégé pendant 14 ans au conseil général du Cantal. Il est par ailleurs président de la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac, une ville dont il a été l'adjoint au maire. Au Sénat, cet avocat de formation était entre autres très actif à la délégation aux collectivités territoriales dont il était vice-président. A ce titre, il avait dénoncé la nouvelle carte des régions qui "sacrifie le Massif central".

La Culture, entre littérature et urbanisme...

Françoise Nyssen est nommée ministre de la Culture. Elle est co-directrice de la maison d'édition Actes Sud, fondée par son père Hubert Nyssen, dont le siège social est installé à Arles. Actes Sud possède une dizaine de librairies dont une à Arles, six à Paris, deux à Marseille et une à Calais. A noter que Françoise Nyssen est titulaire d’un diplôme d’urbaniste de l’Institut supérieur d’urbanisme et de rénovation urbaine (Belgique, elle est belge de naissance) et qu'elle a commencé sa carrière professionnelle à la direction de l’Architecture du ministère belge de l’Environnement et du cadre de vie. Un atout pour la ministre chargée de mettre en œuvre la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l'architecture et au patrimoine (LCAP) portée au Parlement par Fleur Pellerin (voir notre article du 12 juillet 2016 Loi Création : ce qui change pour les collectivités).

Deux voix pour l'Europe

Principale ligne de fracture de l’élection présidentielle, l’Europe est à l’honneur. Un ministère de l’Europe et des Affaires étrangères est confié à l’un des poids lourd de ce gouvernement, l’ancien ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian (qui cède son poste, rebaptisé ministère des Armées, à l’eurodéputée centriste Sylvie Goulard, un temps pressentie pour Matignon). Le président de la région Bretagne sera secondé par Marielle de Sarnez, qui devient ministre des Affaires européennes. Bras droit de François Bayrou et députée européenne depuis 1999, cette dernière est une fervente avocate de la cause européenne. Le tandem prend ses fonctions au moment même où les discussions sur l’avenir de la politique de cohésion entrent dans le vif du sujet.

Une championne olympique pour faire gagner Paris

La nomination de Laura Flessel au ministère des Sports est une surprise à double titre. Tout d'abord eu égard à la personnalité de la double championne olympique d'escrime : sans expérience ni en politique ni au sein d'une grande organisation sportive. Ses positions dans les dossiers qu'elle aura à traiter ne sont pas connues. On peut voir dans sa nomination un symbole alors que la commission d'évaluation du Comité international olympique (CIO), qui devra juger le dossier Paris 2024, vient à peine de quitter la France. L'autre surprise est l'intitulé du ministère des Sports, qui retrouve le plein exercice dont il avait bénéficié avec Valérie Fourneyron, de 2012 à 2014. Surtout, voilà les sports considérés comme un domaine autonome, ce qui n'avait été le cas que brièvement entre 2011 et 2012, alors qu'ils ont été historiquement accolés aux loisirs, à la jeunesse, au temps libre, voire à la santé, à l'éducation, à la vie associative ou encore à l'éducation populaire. Là encore, c'est un symbole fort envoyé aux membres du CIO, mais un point d'interrogation majeur pour une administration qui compte un personnel précisément dédié à d'autres domaines que le sport, en particulier la jeunesse, et dont aucun autre ministère ne semble, à l'heure actuelle, hériter.
"Je veux que nous obtenions les Jeux, que nous portions haut les couleurs de la France pour cette candidature, que nous luttions contre les discriminations contre les femmes et les handicapés", a déclaré Laura Flessel dès la passation de pouvoirs avec Patrick Kanner.

Une femme médecin à la Santé

Après Marisol Touraine et son profil très politique, c'est une médecin qui prend les rênes du ministère des Solidarités et de la Santé. Professeur spécialisée en hématologie, enseignante et chercheur, Agnès Buzyn était depuis mars 2016 la présidente de la Haute Autorité de santé (HAS). Elle a également été membre du conseil médical et scientifique de l'agence de biomédecine (2005-2008) et présidente du conseil scientifique de la société française de greffe de moelle et de thérapie cellulaire (2008-2011). Au sein des agences de l'Etat, elle a présidé le conseil d'administration de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) de 2008 à 2013 et a été présidente de l'Institut national du cancer (INCa) de 2011 à 2016.
L'Elysée a précisé qu'Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, aurait bien dans ses attributions les Affaires sociales.

Sur ce volet Affaires sociales, le gouvernement compte en outre une secrétaire d'Etat en charge des personnes handicapées : Sophie Cluzel, responsable associative engagée depuis plus de 20 ans pour la scolarisation et l'accompagnement des enfants handicapés. Présidente de la Fédération nationale des associations au service des élèves présentant une situation de handicap (Fnaseph) depuis 2011, elle a fondé et dirigé plusieurs associations comme Grandir à l'école. Elle est également administratrice d'organisations publiques et privées sur le handicap ou sur le développement économique ou social. Elle a notamment été administratrice de l'Unapei. Les quatre secrétaires d'Etat, dont Sophie Cluzel, exerceront leurs fonctions auprès du Premier ministre "afin de garantir le caractère interministériel de leur action", selon la présidence de la République.

Des associations se sont inquiétées mercredi qu'aucun ministère ou secrétariat d’État ne soit en revanche dédié aux personnes âgées ni à la famille. Parmi elles, l'AD-PA (directeurs de maisons de retraite et services à domicile), qui parle d'une "erreur majeure qui doit être corrigée avant les élections législatives".

L'Elysée n'a pour sa part pas exclu que le gouvernement soit complété de "quelques noms" après les législatives. On peut donc aisément imaginer l'arrivée après le 18 juin d'au moins quelques secrétaires d'Etat, à moins que l'on n'assiste à un remaniement de plus ou moins grande ampleur, un exercice somme toute assez classique que l'on avait connu à l'issue des législatives de 2012 comme de 2007.

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