20 propositions pour former davantage de Français aux premiers secours

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Instaurer un parcours continu de formation durant la scolarité, inciter les communes et intercommunalités à élaborer des plans d'action, renforcer la participation des services d'incendie et de secours dans les initiations et formations… Le rapport de Patrick Pelloux et du colonel Eric Faure, remis au gouvernement le 20 avril, regorge d'idées pour former davantage de Français aux gestes qui sauvent.

Dans leur rapport remis à la secrétaire d'Etat de l'Aide aux victimes le 20 avril 2017, le docteur Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), et le colonel Eric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), avancent une vingtaine de propositions pour former davantage de Français aux premiers secours.
Suite aux attentats de 2015 et 2016, et constatant que le grand public n'était pas formé pour savoir réagir de manière adaptée, Juliette Méadel leur avait confié en février 2017 une mission pour augmenter le nombre de personnes en capacité de sauver des vies. Dans leur rapport, les deux auteurs fixent un objectif de formation de 80% de la population, "le solde ne pouvant pas être raisonnablement atteint" si on considère les très jeunes, les malades, les personnes très âgées ou encore les populations de passage, expliquent-ils. Ils proposent d'organiser l'offre de formation autour de deux actions : des sessions courtes de 2 heures, les "initiations aux gestes qui sauvent", pour apporter une première initiation au plus grand nombre ; et un enseignement plus approfondi à travers la formation certificative au secourisme, le PSC1 (Prévention et secours civiques de niveau 1).

Un "continuum de formation"

Un parcours continu de formation dans le temps de la scolarité serait organisé. Un "continuum" qui "existe déjà, peu ou prou", détaille le rapport. Il commencerait à la maternelle avec un module simple et se poursuivrait en primaire, avec le module APS-Apprendre à porter secours. La formation PSC1 serait dispensée durant les années de collège, ce qui est déjà le cas actuellement, mais avec seulement 30% d'élèves formés contre un objectif de 100% d'ici fin 2017. Enfin, un module de recyclage court, basé sur le module "Initiation aux gestes qui sauvent", pourrait être institutionnalisé au lycée. Des étapes de formation continue à certains moments clés de la vie adulte (passage du permis de conduire, recherche d'emploi, parentalité...) sont ensuite envisagées pour que le parcours de formation se poursuive tout au long de la vie.
Pour plus d'efficacité, les deux auteurs proposent de cibler en premier lieu certaines populations : les fonctionnaires, avec une formation rendue obligatoire, les professions et métiers en lien avec des mineurs et des personnes âgées, et les professionnels de la route. Coût des nouvelles actions de formation : 57,75 millions d'euros chaque année. Une enveloppe qui selon les auteurs devrait être financée par les budgets publics (l'Etat, les collectivités locales, l'assurance-maladie…).

Des plans d'action pour les communes et intercommunalités

Les rapporteurs invitent aussi les collectivités à prendre part au mouvement de formation de la population, à travers des plans d'action et des sessions d'initiation et de formation, élaborées par les communes et intercommunalités, et menées en partenariat avec les sapeurs-pompiers et les associations agréées de sécurité civile. Après les attentats de 2015, le Conseil de Paris a mis en place un tel plan, intitulé "Paris qui sauve", organisé en trois volets : la formation aux gestes qui sauvent, l'installation de défibrillateurs et la prévention du psychotraumatisme. La ville de Nice s'est aussi dotée d'un plan d'action, organisant le 12 novembre 2016 un événement de grande ampleur, qui a rassemblé le plus grand nombre de personnes pratiquant un massage cardiaque au même moment et dans un même lieu (1.872 personnes). Les auteurs estiment aussi qu'il faut renforcer la participation des services d'incendie et de secours dans les "initiations aux gestes qui sauvent" et les formations PSC1, "à travers un consensus majeur de tous les acteurs concernés : Etat, collectivités territoriales (Assemblée des départements de France-ADF et Association des maires de France-AMF) et représentants de personnels".

Une loi du "Bon Samaritain"

D'autres propositions sont avancées comme l'intégration de la formation PSC1 dans le catalogue des formations du Compte personnel de formation (CPF) du secteur privé et dans les droits à la formation des fonctions publiques et l'intégration du coût d'une formation PSC1 pris en charge par les citoyens dans les charges déductibles au titre de l'impôt sur le revenu. Le rapport préconise aussi d'exonérer de TVA ou de réduire son taux pour le matériel de formation au secourisme et d'accompagner financièrement le développement d'outils de formation, de sensibilisation et de prévention numériques et à distance, pour tous les acteurs. Dernière idée : instaurer une loi du "Bon Samaritain" pour protéger de toute poursuite judiciaire les citoyens qui interviennent auprès de victimes, à l'instar de ce qui existe aux Etats-Unis, au Canada ou en Suède.

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