Biodiversité - La végétalisation participative gagne du terrain en ville

© Julien Chaillou |

Visa vert à Marseille, jardins de rue au Havre, permis de végétaliser à Bordeaux ou Paris : pour encadrer l’engouement des habitants pour la végétalisation, les villes rivalisent d’ingéniosité. Le point sur les meilleures pratiques et les écueils à éviter.

Et si l'une des missions futures des services voiries des collectivités ne consistait plus à débroussailler les trottoirs mais à aider les habitants à les verdir ? Un peu partout en France, les projets de végétalisation participative se multiplient. Longtemps cantonnée à quelques cercles de pionniers, la dynamique s'accélère. Les premiers sont rodés : à Rennes par exemple, pionnière sur le sujet, la direction des jardins s’est habituée à traiter les demandes d'habitants soucieux de verdir leur quartier ou le trottoir qui borde leur maison. C'est-à-dire, en premier lieu, à en vérifier la faisabilité. Une fois l'étape franchie, elle finance le découpage du bitume, évacue les gravats, apporte la terre. Et délivre en retour un cahier des charges à respecter. De petites communes aussi s'y mettent, ces derniers jours Saint-Omer, par exemple, dans le Pas-de-Calais, en s’appuyant sur l'initiative des Incroyables Comestibles, dont la vocation est légèrement différente mais le succès, là aussi, indéniable.

Pas d'accord à la légère

Végétaliser des linéaires de trottoirs ne s'improvise pas. "Cet acte n'a de sens que s'il est collectif, partagé et civique", estime Catherine Muller, présidente de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep). Il y a en effet des précautions à prendre pour choisir les végétaux et emplacements. Car les plantes peuvent être invasives, allergènes, urticantes ou très consommatrices d’eau. Donner aux habitants le droit de planter sur le domaine public se fait donc sous certaines conditions et nécessite l’accord de la ville. C'est le cas à Tours (Indre-et-Loire) où depuis l'an dernier une opération rencontre un franc succès. Celui-ci est tel qu'au service parcs et jardins, on est un peu débordé par les requêtes. Comme des dizaines d’autres, cette ville renouvelle au printemps sa campagne de fleurissement des trottoirs par les habitants. Et constate un net enthousiasme… qui ne part pas de rien.

Réappropriation de l’espace public

Porté par le désir de réappropriation de l’espace public, il est nourri depuis des années par des associations comme les Passeurs de jardins à Marseille, qui a publié l'an dernier un guide fertile en conseils sur le sujet. Ou, à Caen, par une association, Caen au pied du mur, à l’initiative d'un logo apposé par les habitants là où ils ne souhaitent pas voir les trottoirs débroussaillés. Rebords de fenêtres et balcons ne sont donc plus les seuls à se parer de vert. Façades, pieds d’arbres, fissures de bitume ou parterres cultivables (fosses) créés à la demande des habitants prennent le relais. "Avec une dimension collective, qui est la clé de la réussite", insiste-t-on dans ce guide. Car une plante isolée a peu de chance de survie. "Et plus il y en a dans la rue, plus il y a de rencontres et de convivialité."
Avec la collectivité, la répartition des responsabilités doit être claire. La petite commune de Châteaugiron (Ille-et-Vilaine) s’appuie sur une charte incluant un calendrier d’entretien et un respect des techniques prenant en compte la protection de l’environnement. Les habitants jardiniers sont garants de l’observation de ces règles et la commune de l’intérêt général, en accompagnant les initiatives et en veillant à l’intégration paysagère.

Homogénéiser les pratiques... mais pas trop

Tout l'enjeu consiste à homogénéiser les pratiques. Mais sans excès. Car trop cadrer les choses ne risque-t-il pas de casser la spontanéité du mouvement ? Également adossé à une charte, le permis de végétaliser parisien vise au contraire, selon Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris chargée des espaces verts, "à desserrer la bride, lever les tabous et aider les habitants à se sentir libres d’installer une jardinière en bas d’immeuble ou d’agrémenter des pieds d’arbres, dans le respect des particularités patrimoniales et en lien étroit avec les Architectes des bâtiments de France, qui ont l’œil sur le sujet".
Plus de 600 permis ont été accordés à Paris. Ils l'ont été en majorité pour végétaliser des pieds d’arbres, et dans une moindre mesure pour poser des bacs à fleurs.
"À Bordeaux, sans communication particulière, nous atteignons 1.500 demandes par an grâce au bouche-à-oreille", chiffre pour sa part Magali Fronzes, adjointe au maire chargée des espaces verts. La demande d’une création de fosses à planter y est souvent faite en ligne. "Si le projet est réalisable, nous sollicitons une autorisation d’occupation temporaire auprès de la communauté urbaine, qui est propriétaire des trottoirs. Une fois qu’elle est validée, nous intervenons – à deux reprises dans l’année – et creusons une fosse de plantation limitée à 15 cm de profondeur. Nous fournissons la terre et les premiers plants."
Spécificité bordelaise qu’on retrouve également à Grenoble : une liste de plantes autorisées qu’accompagnent d’autres règles, comme l’interdiction de planter au pied du mobilier urbain ou d’entraver le passage des piétons et personnes handicapées. "Au Havre, un tiers des demandes bute sur cet obstacle réglementaire. Nous veillons aussi à contenir les grimpantes en pied de façade car la ville serait responsable des dégâts occasionnés", commente Benjamin Lebourg, chargé de médiation dans la cité normande où une soixantaine de "jardins de rues" ont ainsi germé.

Une dynamique partenariale

L’initiative s’inscrit dans un contexte de rénovation urbaine, d’amélioration du lien social, d'abord dans un quartier (Danton) puis plusieurs. "Cantonnée à ceux du centre ancien, il faudrait à terme la généraliser", espère Alexandre Dumontier, chef du service environnement de la ville. En interne, la validation des projets transite par les services voirie (pour le creusement), espaces verts (pose) et vie sociale (dimension citoyenne). "Ce travail partenarial est stimulant pour la collectivité. Nous pouvons en moyenne réaliser une trentaine de ces jardins de rue par an", ajoute Benjamin Lebourg. Un conseil : gare aux lierres et végétaux grimpants. "Car c'est la collectivité qui reste responsable en cas de dégâts causés", conclut-il.

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