Equipements sportifs : les collectivités condamnées à innover

Enquête après enquête, on retient des pratiques sportives qu'elles se sont massifiées, qu'elles possèdent un caractère toujours plus polymorphe, qu'elles s'étirent dans le temps et concernent de plus en plus les femmes. Bref, les pratiques sont toujours plus variées et l'innovation en matière d'équipements plus que jamais indispensable. Et d'innovation dans le domaine des équipements sportifs, il en a justement été question lors du premier colloque européen de l'Observatoire de l'économie du sport, un organisme dépendant du ministère des Sports, le 16 mars à Paris.
Mais au fait, innover dans les équipements sportifs, que cela signifie-t-il exactement ? Concevoir l'équipement pour un public plutôt que de viser trop large ? Pourquoi pas, à condition de ne pas passer à côté de la spécificité du public en question. "Faire des équipements pour les jeunes, ça ne veut plus rien dire", a précisé Claire Peuvergne, directrice de l'Institut régional de développement du sport d'Ile-de-France (IRDS). Pour elle, il convient avant tout de mieux poser les diagnostics territoriaux de façon à faire venir les sportifs dans les équipements. "En dehors des zones denses, a expliqué Claire Peuvergne, il faut un adulte pour amener les enfants au sport. Or, on ne propose rien aux accompagnants, qui sont souvent les mères." D'où cette proposition largement partagée par les intervenants du colloque : faire des équipements de véritables "lieux de vie", alors qu'ils sont le plus souvent des "bunkers", selon Claire Peuvergne. Parmi les pistes de réflexion qui vont dans ce sens : concevoir une programmation mêlant sport et culture. Clément Mansion, architecte au cabinet Chabanne, estime pour sa part que ce message a été entendu : "On nous demande de la convivialité dans les équipements, et c'est grâce à cela que nous gagnons des concours."

Innovations technologiques et économiques

Selon Clément Mansion, pour aller plus loin dans l'innovation en matière d'équipements sportifs, il faut se tourner vers les nouvelles technologies. Les espaces doivent bien entendu être connectés, de façon à enrichir l'expérience des utilisateurs, dans le cadre des grands équipements et du spectacle sportif, mais aussi dans les équipements de proximité qui doivent multiplier les services. Avec 250 tracés potentiels sur le sol d'un gymnase multisport, l'innovation technologique c'est aussi un système de tracé lumineux permettant de s'adapter à chaque discipline. L'architecte voit encore dans le futur avènement de la voiture autonome un bouleversement dans la manière d'implanter les grandes enceintes sportives. "On n'aura peut-être plus besoin de parkings et on retrouvera des stades en centre-ville", s'est avancé Clément Mansion.
Autre angle d'approche concernant l'innovation : celui, économique, des professionnels du BTP. Pour Christian Simonian, du groupe Eiffage, la nouveauté peut consister à faire "baisser les coûts de construction pour les collectivités en valorisant le foncier autour des équipements". Autrement dit, le stade ou l'aréna devient l'élément d'un projet d'aménagement plus vaste qui amène des recettes par la vente de terrains. Avec ou sans valorisation du foncier, le modèle économique est au cœur des réflexions innovantes en matière d'équipements sportifs. Le centre aquatique du Pays d'Aix est ainsi devenu, en juillet 2016, le premier à avoir été réalisé sous la forme d'un contrat REM (réalisation, exploitation, maintenance) qui a permis de gagner jusqu'à un an par rapport à une procédure d'appels d'offres classique, tout en faisant jouer la concurrence et en externalisant les coûts. Selon son concepteur, le cabinet Chabanne, le contrat REM a poussé à adopter une vision globale, depuis la conception jusqu'au fonctionnement, en l'occurrence l'efficacité énergétique du bâtiment. "On arrive aujourd'hui à concevoir des équipements qui incluent le modèle économique de la future exploitation", a commenté Christian Simonian.

Quand l'équipement révèle une demande non exprimée

Mais c'est bien entendu en mettant le pratiquant au cœur de la réflexion que l'innovation prendra tout son sens, pour sortir, comme l'a souligné Eric Adamkiewicz, maître de conférences à l'université Toulouse III, "des équipements inadaptés, conçus autour d'un triptyque infernal : un stade, une pratique, un club". S'adapter aux besoins des pratiquants, c'est l'équation réussie par le centre aquatique du Wacken, réouvert en 2012 après rénovation à Strasbourg. Cet équipement a en effet réussi à drainer 27% de nouveaux pratiquants dans une ville qui comptait déjà onze piscines. Son secret : proposer de la nage au grand public, sans club ni scolaires. Cerise sur le gâteau : la fréquentation en temps réel est consultable sur internet. Pour Gérard Baslé, maître de conférences à l'université Paris XI, "l'offre a révélé une demande sociale non exprimée".
Le besoin d'innovation dans les équipements sportifs, l'Etat le prend désormais en compte. "L'innovation doit être au cœur de tous les équipements, y compris les petits", a plaidé Arnaud Dezitter, directeur général par intérim du CNDS (Centre national pour le développement du sport). Le centre a d'ailleurs organisé récemment un concours portant sur les équipements sportifs innovants et entend valoriser les projets présentés à cette occasion auprès des collectivités territoriales. En attendant, c'est un petit coup de pouce financier que le CNDS propose. "Cette année, pour la première fois, nous avons mis des 'bonis' aux équipements innovants", a précisé Arnaud Dezitter. En d'autres termes, en dehors des territoires prioritaires (certaines zones rurales et quartiers prioritaires de la politique de la ville) et des programmes spéciaux (Corse, outre-mer, Héritage Paris 2024), l'innovation est aujourd'hui la seule façon d'obtenir des subsides de l'Etat. De quoi motiver les futurs porteurs de projet...

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