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Recensement de la population : le coordonnateur communal, pilote des opérations

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Inconnu du grand public, le coordonnateur communal est pourtant le véritable chef d'orchestre des opérations de recensement dans les villes de 10.000 habitants et plus. A Gennevilliers (Hauts-de-Seine), c'est Etienne Kosianski qui occupe cette fonction.

Dans les villes de plus de 10.000 habitants, un peu plus de cinq semaines sont désormais consacrées chaque début d'année au recensement de la population. Le coordonnateur communal est l'acteur principal de sa réussite. A Gennevilliers (42.700 habitants), il s'appelle Etienne Kosianski. "Le stress monte parfois, mais j'aime cela", commente le jeune homme dont c'est le premier emploi.
Etienne Kosianski encadre neuf agents recenseurs. Ces derniers sont davantage connus des administrés : ils déposent les formulaires et les récupèrent auprès des quelque 1.300 ménages enquêtés chaque année. Le coordonnateur communal quant à lui effectue le suivi de leur travail. Pour cela, il les rencontre individuellement deux fois par semaine. C'est l'occasion pour lui de vérifier minutieusement que chaque formulaire a été correctement rempli. Il s'entretient avec les agents de leurs éventuelles difficultés. "Dans 80% des cas, le recensement se passe bien car les personnes sont régulièrement à leur domicile et disposées à coopérer. Dans les 20% restants, les opérations se compliquent, explique Etienne Kosianski. En cas d'absence, les agents recenseurs déposent un avis de passage dans la boîte aux lettres. Les personnes ne répondent pas toujours alors j'envoie une lettre de relance signée de l'adjoint au maire."

Coordonnateur et "coach"

Les situations mettant en danger les agents recenseurs sont rares, mais elles existent. Un des agents recenseurs, Azeddine, en sait quelque chose : "L'année dernière, je devais recenser un homme de 70 ans, dans un hôtel. Passablement éméché, il m'a accueilli le fusil à la main avec des injures. Je n'y suis retourné qu'avec M. Kosianski." Le coordonnateur communal est aussi à l'écoute pour débloquer les situations difficiles et conseiller les agents. Etienne Kosianski est toutefois intransigeant sur les délais. Les 1.300 formulaires accompagnés de leurs bulletins individuels doivent être rendus à temps à l'Insee. En cas de retard, le coordonnateur communal n'hésite pas à se rendre lui-même chez les citoyens qui n'auraient pas restitué leur formulaire. Voilà pourquoi il établit tous les trois jours l'état d'avancement du travail des agents recenseurs.
Un recensement réussi se prépare dès le mois d'octobre. Le coordonnateur met en place les outils de communication destinés à informer les habitants de la visite de l'agent recenseur. Simultanément, il recrute son équipe, généralement la même d'une année à l'autre. A Gennevilliers, la mairie privilégie les agents communaux qui connaissent bien la ville. A la clé, un complément de rémunération dont il revient à Etienne Kosianski de définir précisément les modalités, selon le type de logements à recenser en particulier.

L'immobilier, c'est son affaire

En raison des distances à parcourir, les zones pavillonnaires sont un peu mieux rétribuées. Entre les zones d'habitat individuel et les secteurs où domine le collectif, l'agent recenseur est en mesure de définir sa préférence. Etienne Kosianski arbitre si besoin est : il affecte de préférence les hommes dans les quartiers sensibles.
Le recensement proprement dit demeure la partie la plus visible du travail du coordonnateur communal. Sa tâche ne s'arrête cependant pas là. En avril-mai et en décembre-janvier, il vérifie les adresses du répertoire d'immeubles localisés (RIL). Il assume cette mission méconnue depuis que dans les villes de 10.000 habitants et plus, le recensement s'effectue chaque année à partir d'un échantillon de 8% de la population. Des habitants ont-ils déménagé ? Des logements ont-il été construits et d'autres démolis ? Le coordonnateur communal doit le savoir au plus vite. Aussi Etienne Kosianski entretient-il des contacts étroits avec l'office public HLM, qui gère près de la moitié du parc des logements de Gennevilliers. La vérification des adresses du RIL n'est toutefois pas systématiquement attribuée au coordonnateur communal. Elle peut relever de services à part entière, comme celui de l'urbanisme. D'une ville à l'autre, la fonction de coordonnateur communal revêt ainsi des formes diverses.

Thomas Beurey / EVS Conseil pour Localtis

"La satisfaction de travailler pour l'intérêt général"

Etienne Kosianski, coordonnateur communal à Gennevilliers, juge sa mission "stimulante".

Comment êtes-vous devenu coordonnateur communal ?

J'ai démarré en 2003 comme stagiaire à la mairie de Gennevilliers. Je venais d'achever un DESS en démographie à l'université de Saint-Quentin-en-Yvelines. Je suis donc arrivé sur le marché du travail au moment du passage au recensement rénové. Ce fut une véritable aubaine pour moi. A la fin de mon stage, la mairie m'a proposé un CDD. Aujourd'hui, je suis directement rattaché à la direction générale.

Quels sont les aspects que vous appréciez le plus dans votre travail ?

La tâche est très stimulante durant les opérations de recensement où nous faisons face à une situation d'urgence. C'est un peu stressant, mais j'aime cela. La dimension relationnelle est également forte : je connais bien les agents recenseurs avec qui j'ai beaucoup d'échanges. J'essaie de les encadrer au mieux en anticipant les problèmes et en étant aussi rationnel que possible, dans le choix des secteurs à recenser par exemple. Autre aspect très important à mes yeux, j'ai la satisfaction de travailler pour l'intérêt général avec une mission qui sert à tous les habitants. Ce qui est intéressant en fin de compte, c'est de pouvoir être coordonnateur communal pendant cinq ans, c'est-à-dire pendant toute la durée d'un même recensement. Participer à l'élaboration de la collecte et connaître ses résultats est quelque chose de valorisant.

Quelles autres missions effectuez-vous ?

Ma mission de coordonnateur communal m'occupe à plein temps entre cinq et six mois de l'année. Le reste du temps, j'effectue des études statistiques, des analyses de données démographiques. C'est finalement assez varié, y compris d'une année à l'autre. Je reçois des commandes de différentes directions auxquelles s'ajoutent des travaux prioritaires identifiés par ma hiérarchie. J'ai travaillé avec la direction des ressources humaines sur le bilan social des agents communaux, délivré plusieurs analyses sur la population des quartiers, étudié les thèmes de l'insécurité, de l'habitat dégradé et réfléchi sur des scénarios démographiques pour l'avenir de la commune. Ma mission va aussi de plus en plus s'orienter vers l'évaluation des politiques contractuelles avec le dossier Anru, le contrat de ville, le rapport sur les ZUS...

Recensement de la population : une procédure réformée

Depuis 2004, le recensement est différencié et annuel. Dans les communes de 10.000 habitants et plus, il est fondé sur la méthode des sondages. D'où la nécessité pour ces villes de disposer d'un coordonnateur communal.

Dans les communes de moins de 10.000 habitants, le recensement demeure exhaustif. Les communes ne sont pas recensées simultanément, mais par cinquième chaque début d'année. Toutes les communes de cette taille sont systématiquement recensées au bout de cinq ans.
Les villes de 10.000 habitants et plus procèdent chaque année à une enquête par sondage sur 8% de leur population. Un répertoire des immeubles localisés (RIL) tenu à jour en permanence répartit le territoire communal en cinq groupes. Au bout de cinq ans, par rotation, l'ensemble du territoire de la commune a été pris en compte et un échantillon de 40% de la population a été recensé.
Les communes sont tenues de préparer et de réaliser les enquêtes de recensement. A charge pour elles aussi de recruter et d'affecter les agents recenseurs à la collecte. Celles de 10.000 habitants et plus doivent vérifier l'exactitude du RIL.
Pour sa part, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) est chargé de l'organisation et du contrôle de la collecte des informations. L'Insee exploite les données collectées.
La population légale de la France sera connue fin 2008 ou début 2009, sur la base des résultats des collectes effectuées depuis 2004. Jusque-là, la population légale restera celle de 1999. Les résultats des collectes de 2004 et de 2005 ont livré leurs premiers résultats, permettant à l'Insee d'établir une évaluation de la population des communes. Ces chiffres n'ont cependant pas valeur légale.

Coordonnateur communal, parmi d'autres missions

Pour assurer l'encadrement des opérations de recensement, un grand nombre de communes font le choix de détacher temporairement un agent de son poste. Exemple à Pau (Pyrénées-Atlantiques).

Claude-Alain Malegue est coordonnateur communal à Pau (82.100 habitants). En 2003, le choix de la direction générale s'est naturellement porté sur lui. "J'avais déjà participé aux recensements de la population de 1990 et 1999. Ma formation en sociologie a certainement été un atout", souligne-t-il. Titulaire du grade de rédacteur chef de la fonction publique territoriale, il remplit cette mission en plus de ses fonctions habituelles au sein de la direction de la réglementation.
Lors du recensement, Claude-Alain Malegue encadre vingt-quatre agents recenseurs choisis en interne parmi les fonctionnaires municipaux.

Il assure également l'expertise du répertoire d'immeubles localisés (RIL) avec deux de ses collègues. Une tâche très lourde, menée de front cette année avec la révision des listes électorales qui débutera en septembre. Claude-Alain Malegue souligne pourtant tout l'intérêt du RIL pour la commune. "La direction de la réglementation utilise le fichier pour affecter les électeurs dans les différents bureaux de vote, explique-t-il. Le RIL est utile à beaucoup d'autres missions de la commune, voire au-delà. Ainsi, l'observatoire social urbain qui dépend de la communauté d'agglomération s'en sert souvent." Selon Claude-Alain Malegue, "les élus n'ont pas suffisamment conscience des enjeux du RIL. La mairie affecte les moyens nécessaires à la collecte qui constitue l'aspect visible du recensement. Ce n'est pas encore le cas pour l'expertise du RIL qui reste malheureusement la face cachée du recensement".

Aller plus loin sur le web :
 
Site internet de l'Insee dédié au recensement de la population
http://www.insee.fr/fr/recensement/page_accueil_rp.htm
 
Le portail "collectivités locales" de l'Insee
http://www.collectivites-locales.insee.fr

Contacts

Mairie de Gennevilliers
177 avenue Gabriel-Péri
92230 Gennevilliers


Tél. :01 40 85 66 66