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L'empreinte écologique, un outil séduisant pour les collectivités en quête de développement durable


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Quelques collectivités pionnières, dont le Nord-Pas-de-Calais, ont calculé leur empreinte écologique ou sont en train de le faire. Villes, agglomérations, départements ou régions, tous s'accordent à voir dans cet indicateur environnemental un excellent vecteur de communication synthétique et visuel.

2, 4, 6 ou 7 hectares ? Coupés du reste du monde, de quelle surface auraient besoin les habitants de Besançon, Lille, Lyon ou Londres pour se maintenir durablement à leur niveau de vie actuel ? En comptabilisant les superficies nécessaires pour fournir énergie et matières premières et éliminer les déchets de ces populations, l'empreinte écologique permet de visualiser l'impact des modes de vie.
Auparavant uniquement calculé à l'échelle nationale, cet outil, en confrontant les surfaces nécessaires et celles réellement disponibles, met en évidence la non-durabilité des sociétés de consommation actuelles. Chaque habitant du Nord-Pas-de-Calais a par exemple besoin de 5,4 hectares alors que le territoire ne lui en offre que 0,7. Les Français dans leur ensemble consomment 5,30 ha, pour 2,87 disponibles.
Globalement, l'empreinte de l'humanité a doublé au cours des 35 dernières années et a dépassé les capacités de la terre depuis les années 1970. La planète vit au-dessus de ses moyens et hypothèque les ressources des futures générations. Ce constat fait au niveau mondial se retrouve au niveau local. L'empreinte écologique est applicable à toutes les échelles. D'un pays à un individu, chaque mode de vie peut être analysé.
Les données, les modes de calcul et les hypothèses émises sont formalisés et rendent ainsi possibles des comparaisons entre entités semblables. Au final, l'empreinte écologique est un indicateur simple et facilement appropriable par tous.

Un excellent vecteur de communication

"Les gens ont du mal à comprendre le concept du développement durable", constate Sylvain Michallet, chargé de mission au service Qualité de vie partagée de la ville de Marseille. La cité compte sur le calcul en cours de son empreinte écologique pour faciliter la compréhension de cette notion de durabilité.
"Le Grand Lyon dispose de beaucoup de données environnementales très techniques. Il nous manquait un indicateur synthétique qui parle aux élus et aux citoyens", commente Pierre Crépeaux, chargé de mission au Grand Lyon qui utilise désormais avec succès son empreinte écologique pour communiquer auprès du grand public.
A l'occasion de la Semaine du développement durable, les habitants ont pu calculer leur propre empreinte écologique et découvrir que si toute l'humanité vivait comme un "Grand Lyonnais" (4,89 ha/habitant), il faudrait 2,5 planètes supplémentaires. A Besançon (5,2 ha/habitant), où le calcul a été réalisé par le WWF, l'outil sert d'introduction aux réunions publiques dans le cadre de l'Agenda 21 et d'outil de sensibilisation des jeunes.
Toutes les collectivités engagées dans le calcul de leur empreinte misent sur cet aspect pédagogique pour provoquer une prise de conscience et une modification des comportements. "Cette information concrète suscite le débat et permet de casser nos schémas mentaux de référence, conditionnés par le PIB", souligne Sylvie Depraetere, responsable du développement durable à la région Nord-Pas-de-Calais.

Un outil d'aide à la décision à améliorer

Des collectivités comme le Grand Lyon aimeraient aussi trouver dans l'empreinte écologique un outil d'aide à la décision permettant de définir des priorités et de valider des politiques ou des projets. Avec cette action, de combien réduirais-je mon empreinte écologique ? L'idée du calcul semble séduisante. Cependant, la finesse des résultats qui seraient obtenus avec un indicateur qui est avant tout synthétique doit encore être validée. Besançon, d'ailleurs, ne souhaite pour sa part pas développer l'empreinte écologique dans ce sens de l'aide à la décision.
"C'est un outil peu maniable peu réactif, qui n'offre pas une modélisation extraordinaire. De plus, les méthodes de calcul ne sont pas encore toutes homogènes et les données sont souvent manquantes ou approximatives. Nous manquons également encore de points de comparaison avec d'autres régions similaires", souligne de même Franck Contat, chargé de mission auprès du vice-président de la région Ile-de-France.
Pour lui, l'outil est néanmoins intéressant pour regarder comment l'empreinte écologique de la région va évoluer dans le temps. "Le besoin d'indicateurs environnementaux est une préoccupation largement partagée en Europe. Pour être efficace, l'outil doit d'abord être reconnu par tous les partenaires. Pour cela, une réduction du nombre de données est peut-être nécessaire", avance-t-il. L'empreinte doit donc faire ses preuves avant que les pratiques d'évaluation ne parlent autant d'hectares que d'euros.

Emmanuelle Lesquel / Victoires-Editions pour Localtis

Nord-Pas-de-Calais : "Un outil pour objectiver le développement durable"

Sylvie Depraetere est responsable du développement durable au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, première région de France à avoir calculé son empreinte écologique. Persuadée de l'intérêt que présente ce nouvel indicateur, elle a suivi de près son calcul et son utilisation par la collectivité.

Pourquoi avoir décidé de calculer l'empreinte écologique du Nord-Pas-de-Calais ?

De par son histoire, la région est très sensible aux problèmes environnementaux. Depuis 2000, nous avons basé notre stratégie autour de la notion complexe de développement durable (DD). Au-delà des indicateurs de résultats ponctuels, il nous fallait un outil pour communiquer simplement sur cette notion et pour l'objectiver. Le terme devenant à la mode, chacun pouvait se targuer de faire du DD sans évaluations possibles. Nous recherchions des indicateurs qui incitent à enclencher un travail transversal et qui permettent un dialogue avec des gens pas forcément sensibilisés au sujet. Lors des travaux de consultation lancés en 2002 dans le cadre de la réalisation de notre schéma de DD (2.700 personnes consultées), le besoin d'indicateurs alternatifs au PIB est, de façon surprenante, clairement ressorti. Plutôt que de créer de nouveaux outils, nous avons opté pour l'empreinte écologique (EE) qui offre en environnement des résultats très parlants, comparables dans l'espace et le temps.

Comment avez-vous procédé concrètement pour les calculs ?

Le calcul de l'EE a été réalisé en 2003 dans le cadre de la réalisation du schéma régional d'aménagement et de développement du territoire (Sradt), donc dans une logique de débat public. Pour mener à bien ces débats, nous avions passé un contrat avec la société d'ingénierie BCEOM (Bureau central pour les équipements d'outre-mer). C'est donc naturellement que nous avons continué avec eux pour mettre au point cet outil permettant d'animer les débats. Le bureau d'études a réalisé un gros travail de collecte des données, pas toujours disponibles à l'échelle régionale. Pour les calculs, il faut avoir recours à un logiciel spécifique dont seuls quelques opérateurs ont la licence. BCEOM s'est donc associée à la Sarl Empreinte écologique et nous avons pu annoncer les résultats lors des Assises nationales du développement durable en juin 2003. L'ensemble nous est revenu à moins de 25.000 euros. Nous avons aussi calculé l'EE de la métropole pour voir s'il existait des différences significatives.

Comment avez-vous exploité les résultats ?

La région n'étant pas en prise directe avec les politiques locales, nous ne pouvons utiliser l'indicateur pour sensibiliser les usagers sur des comportements individuels comme le fait par exemple le Grand Lyon. A notre échelle, nous souhaitons sensibiliser globalement aux enjeux du DD et fournir un indicateur tendanciel sur l'effet de nos politiques. Pour cela, nous devons obtenir d'autres données, telles que notre EE d'il y a 10 ou 20 ans, à l'horizon 2020 ou en fonction de différents scénarios. Jusqu'à présent, du fait des licences sur le logiciel de calcul, il aurait fallu repayer à chaque calcul supplémentaire. Ce problème semble se régler et nous allons pouvoir mieux utiliser cet outil en interne, même si la collecte de données reste compliquée. Par ailleurs, avant de communiquer plus largement sur cet outil, nous souhaitons avoir les résultats des indicateurs "sociaux" en cours de calcul. Nous annoncerons l'ensemble des résultats aux prochaines Assises du développement durable.

Une "empreinte sociale"

En écho aux trois piliers du développement durable - l'environnement, le social et l'économie -, certaines collectivités souhaitent, en plus de leur empreinte écologique, disposer d'un outil qui mesurerait leur "empreinte sociale".

Le développement durable repose sur trois piliers : l'environnement, le social et l'économie. Toute évaluation qui ne tient pas compte de ces trois axes est bancale. Les collectivités qui ont entamé une démarche globale d'évaluation souhaitent donc, en plus de leur empreinte écologique, disposer d'un outil qui mesurerait leur "empreinte sociale" souvent négligée.

Des indicateurs synthétiques existent, comme l'indice de développement humain (IDH) créé dans les années 90 par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), qui tient compte du PIB, de l'espérance de vie et du niveau d'instruction des populations.
Cependant, pour l'instant, aucun calcul de ce type n'a été réalisé à une échelle infranationale. La région Nord-Pas-de-Calais, en partenariat avec la région wallonne, travaille activement à la création d'indicateurs régionalisés du développement humain. L'indicateur de pauvreté humaine, l'indicateur de participation des femmes et l'IDH sont actuellement testés pour vérifier leur pertinence, et notamment leur faculté à produire des écarts significatifs entre régions.
Si les résultats sont jugés intéressants, ils pourront être croisés avec le PIB et l'empreinte écologique régionale pour donner une image globale du développement durable. Pour les collectivités, l'idéal serait de disposer d'indicateurs qui leur permettraient par exemple d'évaluer de combien l'empreinte écologique peut être réduite sans pour autant porter atteinte aux critères sociaux.
Pour l'instant, le PIB mondialement reconnu impose toujours la suprématie de l'économie sur les deux autres axes. Avec la notion de développement durable, si le facteur environnement commence à être mieux pris en compte, le volet social reste encore en retrait. L'émergence d'indicateurs globaux, aussi bien au niveau national que local sous l'impulsion des collectivités, devrait permettre d'aborder le développement sous un autre angle et de rééquilibrer les débats.
 

Que prend en compte l'empreinte écologique ?

Créé par un universitaire américain, l'outil transforme en surface toutes les données concernant la production de biens et de services, ainsi que l'élimination des déchets d'une population.

Des hypothèses simplificatrices sont émises pour pouvoir réaliser les calculs. Ces impacts humains sont divisés en quatre pôles : alimentation, logement, transport et biens de consommation. Lesquels consomment six catégories de "sols" : sol énergétique, sol dégradé, terres arables, pâturages, forêts, espace marin.
Pour réussir à obtenir des résultats en une seule unité, les hectares globaux, les surfaces productives sont uniformisées grâce à des facteurs d'équivalence. La division en quatre grands pôles permet, au-delà du résultat, global d'effectuer des comparaisons intéressantes. Par exemple, l'alimentation représente 1,86 ha dans la région Nord-Pas-de-Calais, 1,73 ha pour le Grand Lyon et seulement 1,59 ha à Besançon.
Les surfaces "consommées" sont ensuite comparées aux surfaces bio-disponibles, estimées à partir de la productivité moyenne. A l'échelle mondiale, la surface bio-disponible est estimée à 11,4 milliards d'hectares, soit environ 1,9 ha par habitant - un seuil de durabilité qui est largement dépassé.
Pour les calculs nationaux, l'essentiel des données provient de l'ONU. Pour les collectivités, l'une des étapes cruciales et souvent fastidieuse est de rassembler des données pertinentes. Comme tout outil statistique, le résultat final et le coût du calcul (oscillant entre 20.000 et 50.000 euros pour les collectivités interrogées) dépendront beaucoup de la validité et de la disponibilité des données.
Par ailleurs, la méthodologie ne prend pas en compte la notion d'épuisement des ressources naturelles, la pollution de l'eau, ni les risques naturels ou industriels. Les rejets dans l'air sont également mal intégrés. Malgré une apparente simplicité, l'interprétation de l'outil, fruit de calculs complexes, requiert souvent l'intervention d'un spécialiste.

Aller plus loin sur le web :

Site web du Grand Lyon, résultats des calculs de l'empreinte écologique et réflexions.
http://www.grandlyon.com

Site web d'Empreinte écologique Sarl.
http://www.empreinteecologique.com
 
Dossier télécheargeable (fichier pdf) sur les indicateurs de développement humain, site web du Programme des Nations unies pour le développement.
http://hdr.undp.org/reports/global/2004/francais/pdf/hdr04_fr_HDI.pdf
 
WWF, Explication du concept d'empreinte écologique et exemples de Paris et de Besançon, sur le site web du WWF.
http://www.wwf.fr/developpement_durable/missions.php?mission_id=34