Accéder au logement reste un parcours du combattant pour les jeunes

La revue "Politiques sociales et familiales", éditée par la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), publie, dans son dernier numéro, une étude intéressante consacrée au "Logement des jeunes : synthèse des études statistiques récentes". Il s'agit en l'occurrence d'une revue de littérature, recensant diverses publications sur une question qui fait l'objet d'une attention croissante des chercheurs depuis quelques années. Cette floraison d'études coïncide avec un retour au premier plan de la question du logement des jeunes, comme en témoigne le Livre vert du haut-commissariat à la Jeunesse en septembre 2009. Les études recensées par la Cnaf montrent notamment que les difficultés d'accès au logement pèsent lourdement sur l'autonomie des jeunes. Chez les étudiants, l'indépendance résidentielle suit ainsi une courbe en U : parmi les étudiants de moins de 26 ans, la plus forte proportion d'étudiants bénéficiant d'un logement autonome (hors de chez leurs parents) se retrouve à la fois chez les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres (grâce aux bourses et à l'allocation logement à caractère social). Les 60% restant - correspondant aux classes moyennes - souffrent de la faiblesse des revenus étudiants en France. Les transferts familiaux y représentent en effet 43% du budget mensuel moyen des étudiants, contre 11% en Finlande, 26% au Royaume-Uni et 29% aux Pays-Bas. De façon plus large - et avec le même paradoxe apparent -, les jeunes décohabitants sont plus souvent pauvres que la moyenne de la population : 17% des jeunes adultes ne vivant plus chez leurs parents sont pauvres, contre 13% pour l'ensemble de la population. Conséquence : 39% des jeunes de 22 à 25 ans habitent toujours chez leurs parents, de même que 12% de ceux âgés de 26 à 29 ans. C'est seulement à 21 ans que la part des jeunes ayant quitté le domicile parental devient majoritaire. En Europe, les jeunes Français sont moins fréquemment en situation d'autonomie résidentielle que les Scandinaves ou les jeunes des pays de l'est européen, mais ils sont davantage autonomes que ceux des pays du sud de l'Europe (notamment l'Italie).
Les difficultés d'accès des jeunes au logement se lisent également dans les statuts d'occupation. Sur ce point, la situation s'est plutôt dégradée (même si, en parallèle, la qualité des logements s'est améliorée) : à l'âge de 36 ans, 56% des personnes nées entre 1948 et 1952 étaient propriétaires de leur logement. Ce taux n'est plus que de 49% à 36 ans pour les personnes nées entre 1960 et 1964. Cet accès à la propriété est d'autant plus difficile que 87% des jeunes de 18 à 29 ans vivent en zone urbaine, dont 37% dans les villes centre, contre respectivement 82% et 28% en population générale. Le statut locatif reste donc prédominant. C'est tout particulièrement le cas en Ile-de-France, où 67% des jeunes ménages sont locataires, dont les deux tiers dans le secteur libre et un peu plus d'un quart dans le parc HLM. Les moins de 30 ans représentent également 38% des ménages logés gratuitement, en sous-location, en meublé ou en hôtel. Cette situation transitoire s'explique aussi par la plus grande mobilité des jeunes : 40% des moins de 25 ans changent tous les ans de logement, de même que 25% des 25-34 ans. La mobilité résidentielle est ainsi de 32% par an dans les ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans, alors qu'elle n'est que de 5% chez les plus de 55 ans. Cette forte mobilité résidentielle s'explique par la difficulté à accéder au logement souhaité, mais aussi par une importante mobilité professionnelle... et sentimentale.
Le coût du logement demeure une préoccupation majeure pour les jeunes. Ces derniers bénéficient pourtant d'un effort important de la collectivité : 42% des jeunes ménages - tous statuts d'habitation confondus - bénéficient d'une aide au logement, contre seulement 16% pour l'ensemble des ménages. La proportion monte même à 48% chez les jeunes locataires. Les locataires les plus aidés sont les ménages en emploi vivant en couple avec au moins un enfant (81% de bénéficiaires d'une aide au logement), les jeunes chômeurs (75%) et les ménages de moins de 25 ans (65%). Mais ces aides n'ont pas suivi l'évolution du coût des logements, notamment en zone urbaine. En 2006, la dépense nette moyenne de logement (charges et aides au logement déduites) des moins de 25 ans était ainsi de 2.853 euros par an avec un taux d'effort net de 22%, soit une hausse de 582 euros et de trois points depuis 2002. Chez les 25-29 ans, ces chiffres étaient respectivement de 4.376 euros par an et de 18%. La cherté du logement pèse logiquement sur la qualité de l'habitat : 29% des jeunes adultes indépendants vivent dans des logements jugés trop petits (contre 16% en population générale) et la même proportion dans des logements difficiles à chauffer (contre 24%).

 

Jean-Noël Escudié / PCA
 

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