Aménagement numérique - Grandes man½uvres en vue sur le marché du très haut débit pour les entreprises

L'Arcep durcit le ton envers Orange, suspecté d'asseoir une position peu concurrentielle sur le marché du FttH et du très haut débit pour les professionnels. Une évolution qui affecterait les collectivités, dont les réseaux d'initiative publique (RIP) sont distingués comme les bons élèves, et qui souhaitent que leurs entreprises puissent accéder à des offres de connexion à des prix plus attractifs.

La réunion annuelle du Graco, le groupe de travail entre l'Arcep, les collectivités territoriales et les opérateurs, était empreint d'une ambiance bien particulière en ce mardi 10 janvier 2017. Axelle Lemaire et Jean-Michel Baylet sont tous deux intervenus lors de l'événement pour parler transformation numérique des entreprises et féliciter les collectivités territoriales pour leur engagement fort en faveur du très haut débit. La secrétaire d'Etat au Numérique a annoncé la tenue, le 30 janvier prochain, d'un événement consacré à la stratégie de l'Etat en faveur de la digitalisation des TPE et PME. Un sujet peu traité durant le quinquennat et un réveil tardif, agrémenté d'un rapport du Conseil national du numérique sur le sujet.

Guerre froide entre Orange et l'Arcep

Mais le véritable enjeu de cette séquence se situait en marge du thème officiel du Graco : il s'agissait des relations entre l'Arcep et Orange, portant notamment sur la position dominante de l'opérateur historique sur les marchés du FttH et pour les entreprises. La veille, l'autorité avait publié de premières orientations pour une mutation de la réglementation des marchés de l'internet fixe. Cette communication lance un processus de consultation de six mois, durant lesquels la voix des opérateurs sera de nouveau entendue. Un débat qui s'annonce houleux, alors que Orange a adopté la politique de la chaise vide au Graco pour signifier son mécontentement. Le président de l'Arcep, Sébastien Soriano, a remarqué "l'absence du cousin de la famille", qui "boude" ; pendant ce temps, les responsables d'Orange se fendaient de tweets lapidaires sur le comportement jugé peu responsable du régulateur.
L'Arcep fourbit en effet ses armes pour faire obstacle à une éventuelle reconstitution de monopole de la part d'Orange sur le marché de la fibre optique. Le régulateur voudrait notamment améliorer l'accès au génie civil d'Orange pour le déploiement des RIP et sa tarification, de même qu'aux boucles locales, au bénéfice des autres opérateurs. L'Arcep souhaiterait également abaisser les barrières à l'entrée sur le marché de l'internet fixe pour les entreprises. L'offre en très haut débit n'est pour l'heure que peu satisfaisante, notamment pour les TPE/PME, avec en cause des coûts de raccordement parfois prohibitifs, et des offres peu adaptées aux besoins. Le marché bouge : Orange lancerait bientôt une offre FttE (fiber to the enterprise) tirant parti de ses boucles locales FttH, pour démocratiser une fibre optique encore bien peu prisée par les professionnels. Un accord avec Kosc, un opérateur de gros émergent et soutenu par la BPI, sera également annoncé ; et ce, afin de donner des gages de bonne conduite sur le caractère concurrentiel du marché aux entreprises.

Les collectivités observent et vantent leurs RIP

Du côté des collectivités, ces enjeux sont suivis de près. Thierry Lyon de la communauté d'agglomération de Paris Saclay, présent au Graco, l'a confirmé à Localtis : "Nous sommes régulièrement sollicités par les entreprises de notre territoire, qui peinent à trouver une offre adaptée à leur besoin. C'est un soulagement de voir que le paysage commence à bouger." Les collectivités ne sont pas non plus reparties mécontentes des compliments qui leur ont été adressés. Les réseaux d'initiative publique (RIP) font figure de bons élèves quant à leur ouverture aux opérateurs alternatifs et leur qualité d'architecture à destination des besoins des professionnels.

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