Energie - Courant porteur pour les énergies renouvelables électriques en 2016


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La France comptait fin 2016 plus de 46 gigawatts de capacités de production d'électricité à partir d'énergies renouvelables, en hausse de 5% par rapport à l'année précédente. Mais le rythme des installations est encore insuffisant pour atteindre les objectifs nationaux à 2023 ou 2030, selon le baromètre annuel de l'association Observ'ER, publié mardi 10 janvier en partenariat avec la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) qui regroupe les collectivités en charge des services publics d'énergie, d'eau et d'environnement.

Mise en place d'un nouveau mécanisme de soutien sous forme de complément de rémunération, officialisation des objectifs de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), poursuite des actions de simplification administrative, mobilisation des territoires… : pour l'association Observ'ER, qui a publié le 10 janvier l'édition 2016 de son baromètre des énergies renouvelables électriques, réalisé en partenariat avec la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), toutes ces actions ont eu des résultats positifs, avec une hausse de 5% de la puissance installée, toutes énergies confondues (éolien, hydraulique, solaire, géothermie, biogaz, etc.). Les énergies renouvelables représentent aujourd'hui de l'ordre de 23% de la consommation électrique du pays alors que la PPE a fixé un objectif de 40% en 2030.
"45,82 GW étaient installés à fin septembre 2016 et si on prolonge les tendances, on arrive à 46,5 GW fin 2016", a affirmé Frédéric Tuillé, directeur des études d'Observ'ER, lors d'une conférence de presse. Toutefois, alors que la France vise entre 71 et 78 GW de capacités installées à l'horizon 2023, "si on se projetait dans la tendance d'aujourd'hui (...) on n'atteindrait pas tout à fait" le bas de cette fourchette, remarque-t-il. Le pays se situe au 3e rang européen en termes de capacité installée cette année mais il est très loin du n°1, l'Allemagne, la performance de l'Hexagone représentant…10% de la capacité installée de sa voisine d'outre-Rhin. Le baromètre, qui compte cette année 188 pages, passe en revue les évolutions de 9 filières au cours des douze derniers mois et les chiffres clés des régions en la matière.

Vent porteur pour l'éolien

"Le secteur éolien a clôturé 2016 avec environ 1.100 MW de puissance supplémentaire raccordée, un chiffre proche de celui de la meilleure croissance annuelle de la filière (1.257 MW en 2010)", relève Observ'ER. Cette hausse de 7,8% ne sera cependant pas suffisante pour atteindre les objectifs à 2023 assignés par la PPE, estime l'association. "Reste à voir quel sera l'impact de la mise en place précipitée du complément de rémunération sur la croissance du secteur en 2017", prévient-elle.
Avec le nouveau découpage régional, le Grand Est devient le territoire le mieux doté en puissance éolienne avec 2.672 MW à fin septembre 2016. Viennent ensuite les Hauts-de-France avec 2.575 MW. A elles deux, ces régions représentent 75% du parc total national. Pour les autres régions, les puissances raccordées sont réparties de façon relativement équilibrée, hormis pour l'Ile-de-France, la Corse, Paca et les DOM, qui disposent chacun de moins de 50 MW. "Les plus fortes progressions de puissance depuis début 2016 sont à mettre au crédit des Hauts-de-France, avec 246 MW, soit 31% des nouvelles capacités raccordées. Dans les autres régions, les puissances additionnelles s'échelonnent entre 15 et 95 MW, cependant sans aucune nouvelle installation dans les quatre régions les moins développées".
Observ'ER voit dans l'éolien un "relais de croissance pour les régions". "Avec l'éolien, une collectivité perçoit des revenus à plusieurs niveaux, rappelle-t-elle. Sur le plan fiscal, avec la cotisation foncière des entreprises, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises ou l'imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux. Ces sommes sont reversées (parfois pour la totalité) aux communes sur lesquelles sont implantées les machines, mais également au département et à la région. D'une façon générale, le bloc communal et le département reçoivent chacun du centre des impôts local une somme de l'ordre de 7.000 euros par MW installé et par an." Sachant que les éoliennes installées actuellement en France ont une puissance de 2 à 3 MW, les montants sont loin d'être négligeables. La location des terrains est également une source de revenus, poursuit Observ'ER. Ils sont perçus par la commune, s'il s'agit d'un terrain communal, ou par le propriétaire du terrain, s'il s'agit d'un terrain privé. Les ordres de grandeur sont de 2.000 à 3.000 euros par MW et par an.

Bonnes perspectives pour le photovoltaïque

Pour le photovoltaïque, qui a franchi le seuil des 7 GW fin 2016, les évolutions ont été différentes. "Si les chiffres de puissances connectées sont en recul par rapport à ceux de 2014 et 2015, la filière a trouvé depuis l'été un cadre réglementaire qui sécurise davantage les futurs investissements, souligne Observ'ER. Les objectifs de la programmation pluriannuelle de l'énergie à 2023 sont ambitieux et sont encadrés par des calendriers d'appels d'offres CRE [Commission de régulation de l'énergie, ndlr] qui, s'ils sont respectés, devraient baliser le développement de la plupart des segments de marché. L'ouverture à la notion d'autoconsommation* est également confirmée, avec des arrêtés qui ont grandement clarifié ce domaine."
La répartition géographique du parc solaire dépend naturellement du niveau d'ensoleillement des territoires. Ce sont les régions les plus au sud qui regroupent le plus d'installations : la Nouvelle-Aquitaine, l'Occitanie et la région Paca représentent 4.068 MW, soit 58% de la capacité totale installée du pays. L'indicateur de taille moyenne des sites par région montre également une grande disparité entre les territoires. Ainsi, la Nouvelle-Aquitaine affiche la taille moyenne la plus importante, avec un rapport de 1 à 5 comparé aux Hauts-de-France ou à l'Ile-de-France. Ce grand écart s'explique par la concentration de grandes centrales solaires (plus de 1 MW) dans cette région, souligne Observ'ER. Dans les zones non interconnectées (Corse et outre-mer), les grandes centrales photovoltaïques permettent de déployer de nouvelles solutions d'électrification qui augmentent la taille moyenne des installations, note aussi l'association.

L'hydroélectricité toujours largement en tête

Avec 25.479 MW de puissance installée à fin septembre 2016, l'hydroélectricité reste de loin la première source d'énergie électrique renouvelable en France. Mais elle stagne, malgré le potentiel de la petite hydroélectricité, du fait de la réglementation sur le classement environnemental des cours d'eau. La PPE ne prévoit pas de développement significatif pour la filière. Actuellement, Auvergne-Rhône-Alpes produit près de 43% de l'électricité hydroélectrique (25.439 GWh), suivie par l'Occitanie (17%, 9.838 GWh) et de Provence-Alpes-Côte d'Azur (15%, 8.987 GWh).

Le biogaz encouragé par plusieurs régions

Pour le biogaz (103 MW à fin septembre 2016), l'objectif fixé à 2023 n'est pas très ambitieux (entre 237 et 300 MW) mais la montée en puissance de la biométhanisation au détriment de la valorisation électrique va peser sur sa réalisation, note le baromètre. Les régions Ile-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Hauts-de-France et Grand Est représentent à elles seules la moitié de la puissance totale installée pour la production électrique à partir de biogaz. L'Ile-de- France occupe la première place, avec 70 MW installés, dont pratiquement la totalité (69 MW) est issue d'unités de stockage de déchets. Si on s'en tient aux seuls sites de méthanisation, la première région est le Grand Est, avec 20 MW. Dans cette filière, les régions sont particulièrement actives, souligne Observ'ER. La région Centre-Val de Loire s'est ainsi fixé pour objectif 80 ktep de production de chaleur via la méthanisation à l'horizon 2020 et 300 ktep à l'horizon 2050. En 2016, elle a lancé en partenariat avec l'Ademe un appel à projets pour des unités de méthanisation innovantes. Pour ces démonstrateurs, l'Ademe a débloqué une enveloppe de 2 millions d'euros, complétée par 300.000 euros de la région. En Ile-de-France, depuis 2014, la région et l'Ademe ont impulsé douze projets, via des appels à projets. Ces réalisations – sept projets de méthanisation à la ferme, quatre projets territoriaux et un sur station d'épuration - ont bénéficié de 10,9 millions d'euros de subvention de la part de la région et de 2,9 millions d'euros de l'Ademe, pour un investissement total de 56 millions d'euros. L'ensemble de ces sites assureront le chauffage de 10.000 foyers environ. La nouvelle région Grand Est a aussi été la première à lancer un appel à projets sur l'ensemble de son territoire (regroupant donc les trois anciennes régions d'Alsace, de Champagne-Ardenne et de Lorraine) en proposant un dispositif homogène pour les critères d'éligibilité, l'instruction des dossiers et les modalités des aides proposées.
Pour le bois énergie, "la progression du secteur dépendra de la réussite des politiques d'appel d'offres, dont le pilotage s'est avéré jusqu'ici délicat", note Observ'ER. D'autres filières, comme les énergies marines (hydrolien, éolien en mer, etc.) avancent moins vite que prévu, avec des retards annoncés dans l'éolien en mer, ou encore le désengagement de certains grands acteurs, par exemple Areva dans l'éolien en mer, Engie dans l'hydrolien, ou encore l'abandon par EDF en 2013 d'un projet de géothermie dans les Caraïbes.
 

Anne Lenormand

* Possibilité donnée à un particulier ou à une entreprise de consommer le courant qu'il produit, souvent via des panneaux solaires, plutôt que de l'injecter sur le réseau.

Une nouvelle bannière "territoire d'énergie"
La FNCCR vient de lancer une nouvelle marque "territoire d'énergie", qui a vocation à fédérer ses activités dans le domaine de l'énergie. Elle se déclinera selon une appellation nationale (territoire d'énergie) ou territoriale : territoire d'énergie suivie du nom de la région, ou du département, ou du lieu d'implantation. Une façon de faciliter l'identification et la compréhension des activités des autorités organisatrices de la distribution d'énergie (Aode) créées il y a plus d'un siècle pour certaines, il y a quelques années à peine pour d'autres. "Cette création résulte d'une implantation territoriale et, plus souvent, d'une logique d'intercommunalité qui reproduit à l'échelle locale le modèle de péréquation national, rappelle Pascal Sokoloff, directeur général de la FNCCR. Si l'organisation du service public de l'énergie est à peu près identique d'une Aode ( autorité organisatrice de la distribution d'énergie) à l'autre, il en va différemment des structures qui en ont la responsabilité : métropole, syndicat intercommunal ou mixte, voire conseil départemental. Cela se traduit par des noms très différents, d'un endroit à l'autre. Au moment où la transition énergétique se met en place, il nous a semblé nécessaire de disposer d'une identité commune forte, porteuse de nos valeurs et de nos métiers. Les collectivités sont propriétaires des réseaux dont la gestion est déléguée à Enedis et GRDF ou à des entreprises locales de distribution (ELD). Nous ne devons pas être des propriétaires dormants mais bien des gestionnaires actifs de développement et de modernisation de nos réseaux." De plus, "la multiplication de sources de production renouvelables modifie fortement l'approche descendante liée au parc nucléaire, poursuit-il. Demain, le réseau rural sera aussi un réseau 'remontant', ce qui implique de lourds investissements et un dialogue renforcé avec les aires urbaines, où sera concentré l'essentiel de la consommation. Il sera également un réseau intelligent, avec un meilleur équilibre entre production et consommation, d'autant plus, on le pressent, que la part des énergies intermittentes ira croissant. Nos 'territoires d'énergie' portent doublement ce dialogue : d'abord, nous avons une expérience forte dans la production d'énergies vertes, du solaire à la géothermie profonde, en passant par la biomasse et les éoliennes. Ensuite, les réseaux sont la meilleure illustration de la solidarité territoriale." A.L.
 

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