Aménagement numérique - Téléphonie mobile : les campagnes de mesures, un outil de contrôle et d'information au service des territoires


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A l'occasion d'une visite de terrain en Loir-et-Cher, l'Arcep a soulevé le capot de ses campagnes de mesures. Des mesures de terrain à la refonte des cartes de couverture, l'ambition est la même : produire une information à même de mettre les opérateurs face à leurs responsabilités dans les territoires les moins denses.

Si l'on associe souvent les investissements dans le très haut débit fixe à l'avenir, la couverture mobile, à l'inverse, semble plutôt s'inscrire dans une logique de rattrapage. Face au développement des usages, coupures, absence de signal ou lenteurs sont de moins en moins acceptés par les utilisateurs.
Afin de répondre à leurs attentes et tenter de combler le fossé qui s'est creusé entre les territoires, les politiques publiques ont dû contraindre les opérateurs à agir. D'un côté, la loi Macron entend résorber les zones blanches d'ici fin 2016 en couvrant a minima en 2G les dernières communes (268 recensées) toujours non couvertes ; en plus d'en couvrir 2.200 autres en 3G d'ici mi-2017. De l'autre, les procédures d'attribution de fréquences tendent à devenir de véritables outils d'aménagement du territoire. Les autorisations d'utilisation des bandes 700 et 800 MHz, au-delà des milliards d'euros récoltés (1), ont en effet été l'occasion d'inscrire des obligations de couverture pour les opérateurs.
Pour s'assurer que ces derniers respectent leurs engagements et ne se défaussent pas, l'Arcep mène régulièrement des campagnes de mesures qui ont notamment conduit à une première mise en demeure à titre préventif de SFR-Numericable et Bouygues Télécom en février dernier. Plus qu'un simple outil de coercition, l'information recueillie au cours de ces campagnes alimente une nouvelle pratique de la régulation : la "régulation par la data".

Réguler par la data : "le pouvoir des cartes"

Depuis la présentation de sa revue stratégique en janvier dernier, l'Arcep a beaucoup insisté sur la "régulation par la data". Derrière, l'idée que l'information des citoyens, à travers des données fiables et facilement compréhensibles, pourraient influencer les investissements et orienter les choix du marché. Sans que cela ne déresponsabilise pour autant les opérateurs. Ceux-ci publient chaque année des cartes de couverture, difficilement comparables entre elles et parfois peu intelligibles pour le grand public.
Afin de ne plus faire du prix l'unique critère de décision de l'usager, l'Arcep entend donc publier des cartes de couverture plus fidèles à la réalité du terrain, fondées la qualité de service. En changeant de référentiel et de l'actuel dichotomie couvert/pas couvert, ce sont les investissements, la qualité du réseau et des services qui apparaîtront clairement ; laissant le consommateur libre de choisir l'opérateur qui lui convient en connaissance de cause. Ce que Sébastien Soriano, président de l'Arcep, appelle le "pouvoir des cartes" est en réalité une forme de "soft power", qui n'implique pas forcément de sanctions légales, mais simplement de la transparence. Transparence qui est rendue possible par les campagnes de mesures, qui alimentent les bases de données du régulateur.

Mesurer, pour connaître la qualité de services offert dans les territoires

C'est ainsi que l'Arcep, autant dans une logique de contrôle direct que d'influence, mène des campagnes de mesures pour vérifier et compléter l'information fournie par les opérateurs. Tous les ans, l'autorité sélectionne un prestataire extérieur pour la conduire, sur la base d'un cahier des charges. Financées par les opérateurs, ces campagnes intègrent régulièrement de nouveaux indicateurs, et s'attachent à coller au plus près des usages. Le temps acceptable de chargement d'une page web est par exemple passé de 30 à 10 secondes pour les tests 2016.
Menée par Qosi, cette campagne a mobilisé huit agents pendant trois mois ; pour plus de 600.000 mesures réalisées dans 1.000 lieux différents. Parmi ces lieux, on retrouve d'un côté des zones d'habitation plus ou moins denses et de l'autre des axes majeurs de transports (autoroutiers, TGV) ainsi que les trains d'équilibre territorial ou du quotidien (TER, RER, métro).

Un protocole strict pour être irréprochable

Comme le précise le cahier des charges, une mesure "consiste en des tests de services (navigation web, transfert de données, tests de débits et diffusion de flux vidéo) réalisés pour chacun des opérateurs". Ces tests sont faits en intérieur et en extérieur pour les zones d'habitation, aussi bien dans des lieux publics que privés.
On notera que si 34% des mesures doivent avoir été réalisées dans au moins l'une des quinze plus grandes agglomérations françaises, trois autres "strates de population" sont concernées : des plus petites communes (moins de 500 habitants) aux petites villes et aux agglomérations (de 10.000 à 400.000 habitants).
Pour les agglomérations tirées au sort, le nombre de mesures est alors proportionnel à leur population et les points de mesures répartis de manière homogène sur leur territoire. En d'autres termes, les testeurs ne mesurent pas des points qui leurs sont désignés par un tiers (élus ou opérateurs). Enfin, chaque agglomération est divisée entre les "zones très denses", les "autres zones denses" et enfin les "zones non denses".
Très précis, ce cahier des charges doit l'être pour asseoir la légitimité des campagnes de mesures et la confiance dans l'information produite. Autrement dit, être irréprochable (notamment vis-à-vis des opérateurs) pour ne pas souffrir de contestation. En ce sens, les mesures de Free et d'Orange ne sont par exemple pas menées simultanément, du fait des accords d'itinérance.

Un agent, quatre opérateurs, huit téléphones, une mission

Les techniciens sillonnent la France pour réaliser leurs tests. Dans leurs mallettes, quatre téléphones de la marque à la pomme, quatre téléphones fonctionnant sous le système d'exploitation concurrent. Pour les tests en zones d'habitation, quatre téléphones plus anciens (2G/3G), pour répondre à différents profils types d'utilisateurs. Sur chaque téléphone – qui est associé à un opérateur – est installé une application (4GMark – téléchargeable) qui réalise la batterie de tests. Sur la route, l'application va par exemple alternativement conduire des appels de 2 minutes, charger des pages web, des vidéos ou tenter de charger du contenu.
Sur un fond de carte va alors s'afficher dans un code couleur la qualité de la couverture pour chacun des tronçons. Qualité définie par le nombre de coupures, le temps de chargement… Des tests similaires sont menés pour les trains et pour les zones d'habitation. C'est donc cette grande diversité des données récoltées, pas uniquement centrée sur la couverture, mais également sur la qualité de celle-ci et ses caractéristiques techniques, qui offre une connaissance fine des réseaux mobiles. Et permet de mettre les opérateurs face à leurs contradictions. Par ailleurs, le très grand nombre de mesures permet de s'assurer que le jeu n'est pas faussé sur l'instant, puisque deux mesures réalisées à des moments différents au même endroit pourraient donner des résultats contrastés.

Ivan Eve / EVS

(1) 2,6 milliards d'euros pour la bande 800 MHz et 2,8 milliards d'euros pour la bande 700 MHz.

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