Habitat / Santé - Rapport de la fondation Abbé-Pierre : le logement peut nuire gravement à la santé


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La fondation Abbé-Pierre a remis à François Hollande, le 27 janvier, son 21e rapport annuel sur l'état du mal-logement. Un volumineux document de plus de 380 pages, toujours aussi accablant - même si l'état général du logement s'améliore en France - et dont Raymond Etienne, le président de la fondation, affirme que "c'est un sentiment de colère qui domine à la lecture de ce rapport..." (voir aussi notre article-interview de ce jour de Christophe Robert, délégué général de la Fondation). Au-delà des chiffres du mal-logement - 3,8 millions de personnes mal logées et 12,1 millions de personnes "fragilisées par rapport au logement" -, cette 21e édition propose aussi un focus sur les liens entre logement et santé.

Une question de santé publique

Intitulé "Le logement est une question de santé publique", le chapitre décortique le "cercle vicieux" qui peut s'instaurer entre ces deux éléments. Les liens qui les unissent sont en effet nombreux, d'intensité variable et de nature différente (santé physique et mentale). Ils se traduisent, entre autres, par une morbidité accrue et par une mortalité précoce. Malgré ces liens, ils relèvent de politique publiques strictement distinctes et présentant peu de synergies affichées. Pour la fondation, "logement et santé constituent désormais deux mondes séparés par les politiques qui les régissent, par leurs acteurs... pourtant, ils sont véritablement interdépendants".
L'impact le plus évident du logement sur la santé tient bien sûr à... l'absence de logement. Le rapport cite différents chiffres déjà connus, mais qui ne laissent aucun doute sur le lien de causalité : un âge moyen au décès de 49 ans pour les personnes sans domicile, au moins 2.000 morts de la rue chaque année, une mortalité néonatale en bidonvilles huit fois supérieure à la moyenne nationale, une prévalence de la tuberculose chez les précaires vingt fois supérieure à la moyenne...

Des impacts à double sens

L'insalubrité de certains logements a également un impact direct sur la santé. Si le saturnisme - qui a longtemps symbolisé le volet sanitaire du mal-logement - a fortement reculé (prévalence de 0,11% chez les enfants de un à six ans), la mauvaise qualité de l'air intérieur, l'humidité ou la précarité énergétique ont des impacts évidents sur la santé des occupants. Sans oublier les conséquences sociales et psychiques du mal-logement : dégradation de l'image de soi, crainte de l'expulsion et perte du sentiment de sécurité, repli sur soi... En outre, l'instabilité résidentielle engendre d'autres instabilités comme en matière de nutrition (comment cuisiner correctement quand on est hébergé en hôtel ?).
A l'inverse, les problèmes de santé peuvent entraîner ou aggraver des difficultés de logement. C'est évident pour le handicap ou la perte d'autonomie. Mais cela vaut aussi pour les difficultés financières engendrées par les coûts directs ou indirects liés à la maladie et, éventuellement, à la perte consécutive de l'emploi. Même après une rémission ou la guérison d'une maladie grave comme un cancer - et malgré le dispositif Aeras (S'assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé) et le "droit à l'oubli" instauré par la loi Santé -, emprunter et accéder à la propriété reste un parcours du combattant.

Des prises en charge qui s'ignorent

En dépit de toutes ces interactions, le rapport constate que "les prises en charge sociale et médicale s'ignorent"'. L'absence ou l'instabilité du logement peut parfois rendre impossible la continuité des soins, voire rendre vains les efforts thérapeutiques.
Le rapport donne quelques exemples de cette déconnexion institutionnelle. C'est le cas - même si l'exemple date un peu - de la "désinstitutionalisation" de la psychiatrie dans les années 1960-1970, qui a sorti les malades de l'hôpital sans aucune réflexion sur l'hébergement ou le logement hors les murs. Conséquence : "30% des personnes qui sont actuellement expulsées de logements sociaux le seraient en raison de troubles du comportement." De même, les professionnels de l'hébergement et du logement se disent souvent démunis face aux difficultés de santé. La "détresse médicale" est ainsi très rarement prise en compte dans les critères de relogement.

Décloisonner les réponses et les acteurs

Face à ce constat, le rapport préconise - logiquement - de "décloisonner les réponses". Ceci passe en particulier par la proposition de réponses graduées et adaptées en fonction des situations et des besoins, en s'inspirant notamment d'expériences probantes, comme le dispositif expérimental "Un chez soi d'abord" (voir nos articles ci-contre du 5 décembre 2011 et du 27 janvier 2012). La fondation prône également une démarche plus proactive, avec la mise en place d'un réseau de professionnels et - plus surprenant - la réhabilitation de la visite à domicile pour les travailleurs sociaux. Ce décloisonnement doit aussi concerner les acteurs du logement, à l'image des bailleurs sociaux, qui sont invités à établir des partenariats afin d'aller au-devant des locataires en souffrance psychique.
Plus largement, il faut que les acteurs sociaux dépassent "des logiques sectorielles qui se croisent trop rarement" et travaillent à la mise en place d'"un suivi individualisé, non standardisé, par des professionnels de différentes disciplines, jusqu'au domicile des personnes pour les atteindre là où elles sont, avec leurs pathologies, leurs difficultés, leur singularité, leurs choix aussi".
De son côté, la fondation affiche sa volonté "d'élargir la coalition pour le droit au logement", car "les professions médicales doivent en être des acteurs de premier plan pour plaider contre les expulsions locatives sans relogement, l'errance à l'hôtel ou en bidonville ou le maintien de familles dans des logements insalubres".


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