Création d'entreprises - France Entrepreneur : la nouvelle agence des territoires fragiles

Annoncée en février dernier, l'agence de développement économique des territoires s'appellera finalement France Entrepreneur. C'est ce qu'a dévoilé François Hollande, lors d'un déplacement à La Courneuve, le 20 octobre. Cette agence - contrôlée à parité par l'Etat et la Caisse des Dépôts - aura pour objectif de favoriser la création d'entreprises en banlieue mais aussi dans les zones de revitalisation rurale. Mise en place progressivement à partir de janvier 2016, elle va surtout coordonner l'action des nombreux acteurs existants. Elle englobera notamment l'APCE et devra travailler étroitement avec les régions.

Le président de la République avait annoncé la création de cette agence le 5 février 2015, lors de sa conférence de presse semestrielle qui faisait suite aux attentats de janvier. Elle devait initialement s'appeler "agence nationale de développement économique". Puis "agence nationale de développement des territoires" au tournant du comité interministériel du 6 mars. Une façon d'étendre son champ d'intervention aux territoires ruraux. Finalement, ce sera l'agence "France entrepreneur". Lors d'un déplacement agité à La Courneuve, dix ans après les émeutes de banlieues, François Hollande en a précisé les enjeux et les contours. "Il n'y a pas de quartiers perdus dans la République, pas une France périphérique à côté de la France des villes, il y a une France dans laquelle l'égalité doit être assurée", a-t-il déclaré.

Quartiers prioritaires et ZRR

L'agence entrera en service progressivement à partir de janvier 2016. Son objectif sera de favoriser la création d'entreprises dans les territoires "fragiles économiquement" : quartiers prioritaires de la politique de la ville et les zones de revitalisation rurale (ZRR). Le calendrier coïncide donc avec la signature des contrats de villes dont le développement économique sera une des grandes priorités et avec la réforme des ZRR annoncée pour le prochain collectif budgétaire. Selon l'Elysée, ces territoires rassemblent 11,5 millions de Français et connaissent un chômage particulièrement élevé. La création d'entreprises y est deux fois plus importante, mais avec deux fois plus d'échecs après trois ans d'activité. Une fragilité qui serait notamment due à un manque d'accompagnement des créateurs : seules 3 à 4% des créations d'entreprises sont accompagnées au sein des quartiers prioritaires de la politique de la ville, contre 10 à 30% au niveau national.
Les objectifs de François Hollande sont ambitieux : multiplier par quatre les créations d'entreprises venant de ces quartiers. "D'ici 2017, 10.000 entrepreneurs qui ont le potentiel pour créer des emplois et qui pour l'instant sont réticents à le faire (…) seront identifiés et appuyés pour leur premier recrutement", a-t-il annoncé.

Un "ensemblier" des structures existantes

Un rapport, élaboré à partir d'échanges avec les acteurs du développement économique dans les territoires concernés, a permis de préciser les priorités de l'agence. Elle sera chargée de favoriser les créations d'entreprises plus pérennes et créatrices d'emploi, en luttant contre le taux d'échec, d'aider au développement des très petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME) avec un accompagnement sur le long terme pour favoriser les embauches et l'innovation. L'idée est de se focaliser sur ces territoires qui profitent moins souvent des réseaux traditionnels d'accompagnement des entreprises.
On sait aussi que l'agence sera dirigée par Mohed Altrad, un entrepreneur du bâtiment d'origine syrienne, élu "Entrepreneur mondial de l'année" par le cabinet EY en juin 2015. Mais elle ne sera pas créée de toute pièce. Il s'agira d'une "structure nationale légère, d'une trentaine de personnes, qui mettra en réseau les organisations existantes", a précisé François Hollande. L'agence s'appuiera en effet sur les réseaux d'accompagnement existants et sur les acteurs qui oeuvrent pour le développement économique (Adie, réseau Entreprendre, BGE, CitésLab, chambres consulaires...), en particulier les régions avec lesquelles elle devra constituer une "enceinte de coordination stratégique" ainsi qu'un "observatoire sur l'entrepreneuriat dans les territoires".
"L'idée n'est pas de créer un acteur de plus mais de mutualiser, de rationaliser les moyens et d'harmoniser les pratiques des acteurs existants", détaille l'Elysée sur son site internet. L'agence - qui sera contrôlée à parité par l'Etat et la Caisse des Dépôts - va donc surtout servir d' "ensemblier".
Dans un communiqué publié le 20 octobre, Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse des Dépôts, précise que la structure va fusionner avec l'Agence pour la création d'entreprises (APCE), reprenant son personnel et certains de ses outils dont son site internet. Fin 2013, l'APCE avait déjà lancé un site internet pour faciliter les démarches des entrepreneurs des quartiers.
Question financements, on n'en sait pas beaucoup plus. Au moment de son annonce, en février, le président de la République avait indiqué qu'il y avait suffisamment de fonds disponibles et qu'il n'était pas nécessaire d'en rajouter. On parle de 60 millions d'euros, auxquels s'ajouteraient 50 millions d'euros issus du Programme d'investissements d'avenir.

"On risque d'être sur des marges"

Face à ce lancement, Gilles Leproust, secrétaire général de l'association des maires Ville et Banlieue de France, et maire communiste d'Allonnes (Sarthe), se montre partagé. D'un côté, l'élu se dit favorable à tout dispositif susceptible d'aider à trouver des solutions pour les jeunes de ces quartiers. De l'autre, il craint que l'agence ne concerne que quelques dizaines de personnes… "Si cela peut aider à regrouper différents interlocuteurs pour plus d'efficacité, tant mieux, mais on risque d'être sur des marges, et on va encore continuer à laisser sur le bord de la route des milliers de jeunes", explique-t-il à Localtis, estimant que face aux exonérations "cadeau" faites aux entreprises, le gouvernement devrait être plus exigeant en termes d'emploi, avec un "plan volontariste de création et d'accompagnement d'emploi sur la durée".
De leur côté, les régions - qui craignaient une forme de mise sous tutelle de leur action -voient les déclarations de François Hollande d'un bon œil. "Ce n'est pas le modèle de nos rêves, mais dans le scénario retenu, le rôle des régions est préservé et responsabilisant ; c'est un outil de mutualisation des moyens d'intervention nationaux, un lieu de concertation entre l'Etat, la Caisse des Dépôts et les régions", explique-t-on à l'Association des régions de France (ARF). 
Le réseau des chambres de commerce et d'industrie CCI France salue lui aussi le lancement de l'agence, rappelant, dans un communiqué du 21 octobre, qu'il plaide pour "la suppression des doublons, la clarification des compétences et le regroupement des dispositifs d'aides directes aux entreprises". Il ne manque pas cependant de souligner les moyens financiers "très importants" qui lui seront alloués, "alors que les réseaux consulaires, établissements publics de l'Etat, dont la mission première est d'accompagner les entrepreneurs, subissent des réductions sans précédent de leurs moyens d'intervention".

Emilie Zapalski

"Nos quartiers ont des talents" veut relancer l'ascenseur social
Après le lancement de l'Agence France Entrepreneur, François Hollande a reçu le 20 octobre 2015 à l'Elysée le livre blanc "Relançons l'ascenseur social" de l'association "Nos quartiers ont des talents" (NQT). L'association, qui fête ses dix ans d'existence, propose un système de parrainage des jeunes. Depuis sa création, elle a ainsi accompagné 27.000 jeunes, dont 71% ont trouvé un emploi à la hauteur de leur qualification. Un accompagnement plébiscité par les jeunes. D'après une enquête TNS Sofres présentée dans le livre blanc, 50% des jeunes considèrent ainsi le parrainage comme efficace et sept Français sur dix estiment que le dispositif devrait être généralisé sur l'ensemble du territoire et dans tous les types d'entreprises.
Pour les dix années à venir, l'association s'engage à accompagner 100.000 jeunes vers l'emploi. E.Z.

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