Culture - Paris annonce un effort "sans précédent" de 80 millions d'euros pour son patrimoine religieux

Anne Hidalgo et son adjoint chargé de la Culture, Bruno Julliard, ont annoncé la mise en place d'un plan de 80 millions d'euros en faveur du patrimoine religieux de la capitale, sur la période 2015-2020. A cette enveloppe s'ajouteront 11 millions d'euros apportés par l'Etat et des financements - non encore chiffrés - issus du secteur privé (mécènes, fondations, associations...). A cette fin, la ville a créé, en février dernier, un fonds de dotation lui permettant d'accueillir des financements privés et "d'être en situation de répondre dans de meilleurs délais aux propositions des mécènes".
La capitale ne dédaignera pas non plus le recours au crowdfunding (financement participatif). En septembre 2014, elle a ainsi lancé - en association avec la Fondation du patrimoine - une souscription qui doit permettre de restaurer trois chefs d'œuvre d'Eugène Delacroix abrité dans l'église Saint-Sulpice.

Le Sacré-Cœur est le second monument le plus visité de la capitale

Tout en mentionnant au passage qu'il s'agit d'une obligation - dans la mesure où ces édifices (hors cathédrales) relèvent du domaine public communal depuis la loi de séparation des Eglises et de l'Etat du 9 décembre 1905 -, la maire de Paris indique que ce plan a pour objectif "de sauvegarder, restaurer et valoriser ce patrimoine, pour le faire mieux connaître des Parisiens et des touristes".
D'ores et déjà, un travail de priorisation menée par la direction des affaires culturelles de la ville - "au terme d'échanges approfondis avec les acteurs de terrain, notamment les maires d'arrondissement et les représentants des cultes affectataires" - a permis de dresser la liste des vingt édifices bénéficiaires du plan. Parmi ceux-ci figurent notamment Saint-Sulpice, Saint-Germain-des-Prés, Notre-Dame-de-Lorette, la synagogue de la Victoire, Saint-Eustache, Saint-Louis-en-l'Ile...
Au-delà de son rôle de lieu de culte, "le patrimoine cultuel participe au rayonnement touristique" de la capitale. La ville rappelle ainsi que Paris compte quatre églises parmi les vingt musées et monuments les plus visités et que le Sacré-Cœur est le deuxième site le plus fréquenté de la capitale (10,5 millions de visiteurs).
Depuis la loi de 1905, la ville est propriétaire de 96 édifices religieux, de 40.000 œuvres d'art et de 130 orgues... Outre leur valeur historique et architecturale, ces édifices sont également "des repères emblématiques au sein des quartiers que, bien souvent, ils ont contribué à faire naître". Largement ouverts au public et gratuits, ils ont été aussi "par la richesse et l'abondance des œuvres qu'ils contiennent, une première forme de musées d'art".

Plus de 300 églises menacées à travers la France

Si la capitale se lance ainsi dans un effort significatif de protection et de mise en valeur de son patrimoine religieux, il n'en va pas partout ainsi. Le site "Patrimoine en blog", animé depuis 2006 par un passionné du patrimoine religieux, s'efforce ainsi de tenir le décompte des édifices cultuels menacés ou détruits.
A la date du 7 avril 2015, il recense 301 églises menacées à travers la France, dont 18 à Paris (dont quelques-unes figurent parmi les vingt chantiers annoncés par la ville). Le blog dénombre aussi 24 églises démolies depuis 2000, dont la dernière en février 2015 (l'ancienne église Sainte-Cécile de Zainvillers, du XIXe siècle, intégrée à la maison de retraite de Vagney, dans les Vosges).
Dernier point, soulevé par le blog : l'engagement financier annoncé par la ville est certes important, mais il n'est pas fondamentalement différent de celui constaté sous les deux mandatures de Bertrand Delanoë. Les crédits affectés par la mairie à la rénovation et à la mise en valeur du patrimoine religieux étaient en effet de 90 millions d'euros sur la durée du premier mandat et de 67 millions sur le second (même si tous les crédits inscrits n'ont pas été dépensés). 

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