Maillage territorial - Fermetures de gendarmeries : Beauvau veut étendre l'exemple de Serquigny

Dans cette petite ville de l'Eure, le bureau de poste accueille depuis le mois de février une permanence de la gendarmerie une fois par semaine. Une façon de compenser la fermeture de la gendarmerie l'été dernier.

Entre les redécoupages des zones de police et gendarmerie et l'état de vétusté des locaux, de nombreux élus ruraux assistent impuissants à la fermeture de leur gendarmerie. A Serquigny, une petite commune de 2.000 habitants dans l'Eure, une parade a été trouvée. Depuis le mois de février, les gendarmes assurent une permanence chaque jeudi après-midi dans... les locaux de la poste. Une expérience que le gouvernement envisage de reproduire ailleurs. Une convention-cadre de partenariat entre la Poste et la direction générale de la Gendarmerie nationale est en effet en préparation, comme l'a annoncé le gouvernement à l'occasion du "comité interministériel aux ruralités" organisé à Laon (Aisne), la semaine dernière. Cette expérience "a fait ses preuves" estime Matignon. "Les gendarmes y exercent une mission de proximité renouvelée avec les citoyens, dans des lieux de passage et renforcent leur action de terrain (prévention/sécurité)."
Pour le maire PS, Lionel Prevost, par ailleurs vice-président du conseil général, "après le mécontentement", cette solution "a permis de rebondir". Car à l'été 2014, la mairie était mise devant le fait accompli. Auparavant, "les gendarmes étaient présents trois fois par semaine, mais les locaux étaient vétustes et nécessitaient une grosse rénovation. Il a été décidé de fermer", explique-t-il. La mobilisation des élus a conduit le ministère de l'Intérieur à trouver cette issue ; un accord à été conclu en quelques semaines. Aujourd'hui, les habitants des huit communes environnantes peuvent se rendre à la permanence de Serquigny. Outre l'enregistrement des plaintes, la permanence assure toute une série de tâches administratives, comme les procurations de vote. Une patrouille circule par ailleurs dans les neuf communes. Un service spécifique est prévu pour rendre visite aux personnes isolées, âgées ou à mobilité réduite.
Certes, pour la mairie, qui jusqu'ici louait ses locaux à la gendarmerie, c'est un manque à gagner. Mais "s'il avait fallu engager les travaux nécessaires, cela nous aurait coûté une petite fortune", nuance Lionel Prevost. Seulement se pose encore le problème des frais de démolition à la charge de la commune. L'édile avait justement rendez-vous au ministère de l'Intérieur, mercredi 18 mars, pour solliciter une aide.

Moderniser les conventions de coordination

Cette expérience s'inscrit dans une tendance plus large de mutualisation des services. Le gouvernement a retenu l'idée du député Jean Launay d'utiliser les bureaux de poste pour accueillir les nouvelles maisons de services au public. "La mutualisation est un élément d'avenir pour faire en sorte de créer des pôles territoriaux de services publics dans nos communes", souligne encore Lionel Prevost.
Lors du comité interministériel de Laon, le gouvernement a également annoncé que la délégation aux coopérations de la sécurité "étudiera les moyens de moderniser les conventions de coordination" entre les polices municipales et la police ou la gendarmerie. Elle "produira des propositions à la fin du premier trimestre 2015".
Toujours au rang de la protection des populations, Matignon insiste aussi sur l'importance du volontariat des sapeurs-pompiers, "composante essentielle du modèle français sécurité civile". Le gouvernement encourage l'ensemble des "acteurs publics" à accélérer la mise en œuvre du plan d'actions sur le volontariat lancé en octobre 2013 à Chambéry. Seulement là encore, l'heure est aux fermetures : plus de 600 casernes ont fermé ces cinq dernières années. Or cet éloignement des habitants n'est pas pour susciter des vocations de volontaires comme le voudrait le plan d'actions. Comme le soulignait il y a peu la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, "chaque caserne est un bureau de recrutement".
 

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