Social - Avec la crise, la solidarité fait de moins en moins recette


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Dans la dernière livraison de sa "Note de synthèse" (septembre 2014), le Crédoc publie les résultats d'une étude sur l'acceptation des aides aux plus fragiles. Intitulée "En 2014, le soutien à l'Etat providence vacille", elle s'appuie sur les données tirées de l'enquête "Conditions de vie et aspirations" du Crédoc, qui suit les inflexions du corps social chaque année depuis 35 ans.

"Un regard plus sévère"

Dans le contexte de crise économique grave qui prévaut depuis 2008, on aurait pu s'attendre à une empathie - au moins en termes de perception - à l'égard des personnes en difficulté. Or c'est l'inverse qui se produit. L'étude montre en effet "que depuis 2008, l'opinion porte un regard plus sévère sur les chômeurs ou les bénéficiaires de minima sociaux". Selon le Crédoc, "nos concitoyens sont de plus en plus nombreux à craindre les effets déresponsabilisants des politiques sociales, à tel point que le soutien à l'Etat providence vacille".
Ainsi, le Crédoc relève une progression de l'idée selon laquelle les plus pauvres seraient responsables de leur situation. Près des deux tiers (64%) des Français - contre 57% en 2009 - pensent que "s'ils le voulaient vraiment, la plupart des chômeurs pourraient retrouver un travail". De même, 44% - contre 36% en 2009 - partagent l'opinion "Estime que faire prendre en charge par la collectivité les familles aux ressources insuffisantes leur enlève tout sens des responsabilités (versus leur permet de vivre)". Enfin, 37% - contre 25% en 2009 - croient que les personnes qui vivent dans la pauvreté n'ont pas fait d'effort pour s'en sortir (versus n'ont pas eu de chance).

Une remise en cause du bien-fondé des politiques sociales

Cette moindre empathie à l'égard des personnes en difficulté aboutit à une "remise en cause du bien-fondé ou tout du moins de l'efficacité de la mise en œuvre des politiques sociales". Le Crédoc constate également que "les craintes de déresponsabilisation des différentes mesures d'aide aux plus démunis n'ont jamais été aussi fortes qu'aujourd'hui".
Ainsi, la part de ceux qui "estiment qu'il est parfois plus avantageux de percevoir des minima sociaux que de travailler avec un bas salaire" progresse : après avoir atteint 75% en 2009, elle était retombée à 67% entre 2011 et 2013, avant de remonter à 76% cette année. De même, la part de ceux qui "considèrent que le RSA incite les gens à s'en contenter et ne pas travailler (versus donne un coup de pouce pour s'en sortir)" passe de 36% en 2011 à 54% en 2014.

Trop d'aides aux familles pauvres ?

Mais le plus spectaculaire reste le retournement de l'opinion au sujet des aides aux familles modestes (ce qui inclut notamment les familles monoparentales, souvent stigmatisées). La proportion de Français qui pensent que "les aides aux familles qui ont des enfants sont suffisantes" est ainsi en très forte croissance depuis le début de la crise, passant de 31% en 2007 à 63% en 2014, soit une progression de 32 points.
Pour le Crédoc, "ce n'est peut-être pas le fait d'aider les plus fragiles qui est remis en cause, mais plutôt les risques de désincitation que cela pourrait engendrer". De même, l'organisme juge nécessaire de prendre en compte la situation financière des classes moyennes, "qui s'est dégradée continûment depuis une vingtaine d'années avec l'augmentation des dépenses contraintes".
Quelles que soient les explications possibles, il reste que le tableau ainsi tracé est plutôt sombre et qu'il n'est sans doute pas sans liens avec certains résultats électoraux.


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