Innovation sociale - François Hollande s'engage à soutenir les Français qui s'engagent

Le président de la République a lancé ce 24 juin "La France s'engage", une démarche visant à identifier, valoriser et soutenir des initiatives socialement innovantes. Un appel à projets permanent, doté de 50 millions d'euros, pour soutenir le développement de 200 initiatives d'ici 2017.

L'engagement associatif, devenu le 14 février dernier la grande cause nationale 2014 selon le souhait de l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, devient affaire présidentielle. François Hollande a lancé ce mardi 24 juin au palais de l'Elysée la démarche "La France s'engage", en présence de cinq ministres, Najat Vallaud-Belkacem, François Rebsamen, Carole Delga, Ségolène Neuville et Laurence Rossignol. "Ce que nous voulons faire, c'est fédérer, mobiliser, démontrer la vitalité d'un pays comme le nôtre", a déclaré le chef de l'Etat devant les acteurs de l'économie sociale et solidaire (ESS) conviés pour l'occasion.
La démarche vise à "identifier, mettre en valeur, soutenir et faciliter l'extension d'initiatives socialement innovantes, portées bénévolement par des individus, des associations, des fondations au service des défis nouveaux de notre société auxquels les modes d'intervention classiques de la puissance publique n'ont pas encore suffi à répondre", selon le ministère de la Jeunesse et des Sports.

Un appel à projets permanent doté de 50 millions d'euros 

Pour valoriser ces initiatives exemplaires et leur permettre de changer d'échelle, "l'Etat s'engage" à mobiliser deux canaux de soutien : un "appel à projets permanent" – ou encore une "revue des projets chaque semestre, autour du président de la République" - et une plateforme collaborative. Pour faire vivre cette plateforme et repérer des initiatives prometteuses, l'Elysée entend s'appuyer sur le réseau de soutien aux entrepreneurs sociaux MakeSense, ainsi que sur l'expertise de "tous les acteurs qui soutiennent l'innovation sociale (réseaux associatifs, fondations, collectivités locales, acteurs de l'État…)".
Les initiatives candidates devront répondre à trois critères : "leur caractère innovant, leur potentiel de duplication ou de changement d'échelle et l'évaluation rigoureuse de leurs résultats". Sous l'autorité de la ministre chargée de la jeunesse et de la vie associative, le fonds d'expérimentation jeunesse sera notamment doté de 25 millions d'euros supplémentaires par l'Etat dans le cadre des investissements d'avenir. Au total, 50 millions d'euros seront dédiés à "l'ensemble des projets de soutien à l'engagement" pour la période 2014-2017, selon des modalités définies par le projet de loi ESS.
"Vingt ou trente actions seront sélectionnées tous les semestres" a précisé François Hollande qui prévoit de soutenir "plus de 200 chantiers" d'ici la fin de son quinquennat en 2017.

Valeur ajoutée sociale

Engagement, innovation, "potentiel de duplication"… Voilà des termes qui peuvent laisser croire à un certain flou autour de l'objet de cette démarche de soutien. "Il est dans la nature même de l'innovation que d'émerger sans être dictée par un critère a priori", répond le groupe de personnalités chargé de définir les contours de cette démarche. Avant de préciser que "seules les initiatives qui servent l'intérêt général peuvent intégrer la démarche". Ce n'est donc pas la population cible, ni le statut du porteur de projet, mais la "valeur ajoutée sociale" de chaque initiative qui importe dans la dynamique.
Parmi les personnalités mobilisées autour de Najat Vallaud-Belkacem, on trouve des profils variés, issus du monde associatif ou syndical, tels que Nadia Bellaoui, présidente du Mouvement associatif, et Francois Chérèque, président de l'Agence du service civique et chargé du suivi du plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté, mais aussi des chercheurs (comme François Taddei, directeur du Centre de recherches interdisciplinaires), des acteurs économiques, du numérique, etc.
S'adressant au président de la République dans une lettre qui explicite la genèse de la démarche, ces personnalités se prononcent sur la complémentarité entre l'action structurée par les politiques publiques et les initiatives d'intérêt général qui naissent dans d'autres cadres, individuels ou collectifs.
"Votre initiative doit toujours aller dans le sens d'un engagement de la puissance publique, pas d'un désengagement, conseille le groupe à François Hollande. La complémentarité entre innovations sociales et action publique sera toujours pleinement assurée si les initiatives que vous soutenez se situent toujours à l'avant-garde de l'action publique, à la recherche de nouvelles frontières de la solidarité ou dans des espaces faiblement explorés par des interventions publiques".

Cohabitation intergénérationnelle, persévérance scolaire, entrepreneuriat numérique...

Pour lancer la dynamique, quinze projets sont d'ores et déjà présentés comme des candidats sérieux. Parmi eux, le réseau de cohabitation solidaire intergénérationnelle (Cosi) porté par l'association Le Pari solidaire, l'apprentissage de la persévérance scolaire en zone d'éducation prioritaire avec l'association Energie Jeunes, ou encore les formations au développement informatique de l'entreprise sociale et solidaire Simplon.co. Ces programmes sont destinés à permettre "aux publics éloignés de l'entrepreneuriat numérique" de  se former puis de créer leur propre activité, avec "un objectif d'innovation sociale et de création d'emploi".
Si l'on en croit cette sélection, les initiatives présentées au président devront déjà avoir une certaine envergure, justifier de résultats et, si possible, du portage de personnalités telles que celles qui ont conseillé le président dans sa démarche. L'Institut du service civique, présidé par Martin Hirsch, pourrait par exemple être soutenu dans ce cadre. Jusqu'à présent financé par des fonds privés, cette association accompagne d'anciens volontaires du service civique dans la réalisation de leur projet de formation, d'insertion professionnelle ou de création d'activité.  
Quant au service civique lui-même, "il y a aujourd'hui quatre ou cinq fois plus de candidats que de postes disponibles", a souligné François Hollande. Ce dernier souhaite que 100.000 jeunes effectuent leur service civique en 2017, contre 35.000 volontaires attendus en 2014. 

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