Emploi - L'Etat relance et réajuste sa boîte à outils en faveur de l'emploi

Lors de la réunion organisée le 28 avril pour mobiliser les préfets et autres acteurs territoriaux sur le thème de l'emploi, le chef de l'Etat a annoncé des aménagements concernant l'apprentissage et le contrat de génération. Avec les ministres, François Hollande les a incités à mieux tirer parti des dispositifs existants (emplois d'avenir, CUI, alternance...) et du crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice).

Confrontés à un chômage persistant, le président de la République et le gouvernement réunissaient ce lundi 28 avril à la maison de la Chimie, à Paris, l'ensemble des acteurs territoriaux de l'Etat (préfets, sous-préfets, commissaires au redressement productif, directeurs de Pôle emploi…). Objectif de cette manifestation : mobiliser les troupes et les inciter à faire la promotion des dispositifs existants, emplois d'avenir et crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice) en tête.
A cette occasion, pour mieux lutter contre le chômage de longue durée (qui a augmenté de 10,6% en un an) et le chômage des seniors (+11,8% sur un an), François Hollande a annoncé des aménagements concernant des dispositifs existants. Premier changement, inspiré du tout récent rapport de Gérard Mestrallet, président de GDF-Suez (lire notre article ci-contre) : l'ouverture de l'apprentissage à tous les inscrits à Pôle emploi depuis plus d'un an. "Les chômeurs de longue durée doivent bénéficier du statut d'apprenti quel que soit leur âge", a ainsi signalé le président de la République, précisant que leur rémunération serait maintenue "au niveau de l'indemnisation telle qu'elle est prévue".
François Hollande compte aussi aménager le contrat de génération. Actuellement, ce dispositif, qui permet aux entreprises de moins de 300 salariés qui embauchent un jeune en CDI tout en gardant un senior de bénéficier d'une aide de 4.000 euros par an pendant trois ans, peine à se développer. 23.000 aides seulement ont été demandées depuis son lancement, alors que l'objectif était d'atteindre 500.000 contrats de génération d'ici la fin du quinquennat… "Toutes les entreprises n'ont pas un senior et certains seniors au chômage demandent à en bénéficier, j'ai donc demandé au gouvernement de travailler dans deux directions", a souligné François Hollande : "permettre aux entreprises d'en bénéficier si elles embauchent un senior tout en gardant un jeune, et améliorer l'aide quand il s'agit du recrutement d'un senior chômeur de longue durée."

Emplois d'avenir et ZUS : "La cible est atteignable"

Ces deux dispositifs n'ont pas été les seuls à être mis en lumière durant la réunion. Les uns après les autres, le Premier ministre et les ministres du Travail, de l'Economie, des Finances notamment, ont mis en avant les outils existants et incité les acteurs territoriaux à mieux s'en emparer.
François Rebsamen a beaucoup insisté sur les emplois d'avenir. 120.000 emplois de ce type ont été réalisés. L'objectif pour le premier semestre est d'atteindre 40.000 emplois d'avenir supplémentaires, hors renouvellement, et de cibler un objectif de 25% de recrutements de jeunes en zones urbaines sensibles (ZUS), alors que les prescriptions de mars s'établissent à 18%. "La cible est atteignable. Pour y arriver, veillez à ce que les jeunes de ZUS soient positionnés de façon privilégiée sur les offres de proximité," a souligné le ministre du Travail, insistant également sur l'effort à faire en matière de formation des jeunes.
S'agissant des autres types de contrats aidés, le ministre doit envoyer d'ici le 1er juin la circulaire de programmation pour le deuxième semestre 2014. D'après ses informations, le contrat initiative emploi (CUI-CIE), destiné au secteur marchand, se développe à une bonne cadence. Il va être renforcé et ciblé vers les seniors et les chômeurs de très longue durée. En revanche, "le déploiement des contrats d'accompagnement vers l'emploi (CUI-CAE) du secteur non-marchand reste en retard, a précisé François Rebsamen, plus de 15.000 contrats manquent par rapport à la cible. Il faut rattraper ce retard et garder une dynamique qualitative et quantitative comparable à celle du deuxième semestre 2013."

"L'objectif de 500.000 alternants d'ici 2017 est maintenu"

Le ministre du Travail a également mis l'accent sur la formation professionnelle et la nouvelle répartition des responsabilités initiée par la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle. "Soyez actifs dans le copilotage avec la région, jouez un rôle d'impulsion et un rôle de facilitateur dans les discussions entre la région et les partenaires sociaux !", a lancé François Rebsamen aux représentants de l'Etat, en leur demandant d'organiser des rencontres régionales Etat/régions/partenaires sociaux au début du mois de juin. Des réunions qui devront porter sur les formations pour les demandeurs d'emploi, dans le cadre du plan mis en place par le gouvernement en juillet 2013, et sur l'apprentissage. "L'objectif de 500.000 alternants d'ici 2017 est maintenu, je le dis avec force, a insisté le ministre. Les chiffres actuels ne sont pas bons mais nous sommes dans les campagnes de recrutement pour la rentrée, c'est donc maintenant que ça se joue." Les contrats ont subi une baisse de plus de 8% en 2013.
La question de l'orientation a également été abordée. "Il nous faudra réussir l'installation du service public régional de l'orientation, actuellement expérimenté dans huit régions, qui sera généralisé au 1er janvier 2015, a affirmé François Rebsamen. Nous travaillons étroitement avec Benoît Hamon sur le sujet." Le conseil en évolution professionnelle devra aussi être mis en place.
Enfin, l'ensemble des ministres, tout comme le président de la République, ont insisté sur la nécessité de pousser les entreprises à embaucher dans le cadre du Cice et du pacte de responsabilité. D'après Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics, plus de 20.000 entreprises ont déjà pu bénéficier du préfinancement du Cice et "l'ensemble des entreprises peuvent en bénéficier d'ici le 15 mai (dans le cadre du calcul de leur impôt sur les sociétés). C'est énorme, immédiat, palpable, concret." Les acteurs territoriaux devront suivre au plus près les entreprises sur le terrain. "Il ne s'agit pas d'introduire une conditionnalité administrative aux baisses de cotisations et d'impôts, mais d'assurer que les engagements sont connus, compris et tenus", a souligné Manuel Valls.
De son côté, le ministre du Travail compte organiser une réunion le 5 mai rassemblant partenaires sociaux et régions pour "accélérer le processus de négociation dans les branches pour la mise en œuvre du pacte." Les contreparties au pacte seront ainsi négociées branche par branche. "Ces négociations porteront sur l'ensemble des thématiques ouvertes depuis deux ans : l'emploi des jeunes et des seniors, l'alternance, le développement des compétences par la formation professionnelle, les nouveaux droits des salariés, a précisé François Rebsamen. Il y a de très beaux accords à trouver, des accords pour l'emploi de tous."

Emilie Zapalski

178.000 emplois sauvegardés grâce aux commissaires au redressement productif
Dans le cadre de la réunion de mobilisation des acteurs territoriaux sur l'emploi, organisée le 28 avril par l'Etat, Arnaud Montebourg, ministre de l'Economie, a fait le bilan de l'action des commissaires au redressement productif. Au total, sur 192.000 emplois menacés, leurs interventions ont permis de sauver entre 177.000 et 178.000 emplois. "Il y a des succès importants sur les territoires et sur le plan national, ce travail a payé", a insisté Arnaud Montebourg, citant quelques exemples comme la papeterie M Real à Alizay, FagorBrandt ou encore les papeteries de Gascogne.

 

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