Commerce de proximité - Pour les buralistes, "le rapport Queyranne, c'est du vitriol"


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Refroidis par les préconisations du rapport Queyranne et par la nouvelle hausse du prix du tabac, les buralistes craignent pour la survie de 6.000 à 7.000 bureaux d'ici trois ans. Ils appellent à une grève administrative, lundi...

Les représentants des buralistes sont sortis de leur entretien, mercredi, avec le ministre délégué au Budget, Bernard Cazeneuve, "rassurés sur le principe". "Le ministre a bien tenté de nous rassurer en nous expliquant qu'un rapport n'engage que les rapporteurs. Il n'y a rien d'acté et aucune décision ne sera prise sans nous en parler, cela se fera dans la concertation", indique Jean-Luc Renaud, le secrétaire général de la confédération des buralistes. Une confédération refroidie par les conclusions du rapport Queyranne sur les aides aux entreprises remis le 18 juin. Dans la foulée d'un autre rapport de la Cour des comptes, ce dernier préconise de tailler dans les aides dont bénéficie la profession, pour tirer 210 millions d'euros d'économie sur les 250 qu'elle perçoit. Et ce à quelques jours d'un autre coup dur pour la profession : la nouvelle augmentation du prix du tabac à compter du 15 juillet (+20 centimes pour le paquet). "Ce sont deux coups de couteau dans le dos terribles", s'insurge le secrétaire général qui écarte l'argument de santé publique : "Les hausses n'ont aucun impact réel sur le fait d'arrêter de fumer, les clients vont s'approvisionner ailleurs."
De son côté, le ministère se dit "conscient" des difficultés des buralistes. "Cette profession remplit une mission de service public utile pour le lien social, particulièrement dans les territoires les plus fragiles économiquement", souligne-t-il, dans un communiqué publié à l'issue de cette rencontre.

6.000 bureaux fermés en dix ans

La confédération considère que la mise en oeuvre des préconisations du rapport conduirait au démantèlement du contrat d'avenir 2002-2016 signé avec l'Etat. Ce qui risquerait d'entraîner une hécatombe chez les bureaux les plus fragiles, ceux des zones rurales et frontalières exposées à la concurrence des pays où les cigarettes sont moins chères. "Si jamais ces mesures étaient mises à exécution, entre 6.000 et 7.000 bureaux disparaîtraient dans les deux ou trois ans. On ne veut pas assister les bras croisés au génocide de la profession", s'emporte Jean-Luc Renaud. D'autant que 6.000 bureaux ont déjà mis la clé sous la porte ces dix dernières années. Des fermetures que la confédération impute directement aux hausses des prix du tabac, soit 83% depuis 2003. Avec pour conséquence de favoriser le marché parallèle : les achats à l'étranger et la contrefaçon. Un marché qui représente 22,6% des ventes en France, selon une étude KPMG. "Le rapport Queyranne, c'est du vitriol, il a été fait sans la moindre concertation [...]. Sa mise en oeuvre serait vécue comme une trahison de l'Etat", s'emporte le secrétaire général.

Services publics

La confédération craint que tout cela ne conduise à une dérégulation totale qui aboutirait à la levée de l'interdiction des implantations en centres commerciaux et à un "déséquilibre" du réseau. La France compte à ce jour 27.000 bureaux de tabacs. Des bureaux qui font bien plus que distribuer des cigarettes. "En milieu rural, c'est bien souvent le seul commerce qui reste. Ils font un peu bar, dépôt de pain, de gaz, relais poste, presse, voire station-service… C'est le mode de vie à la française qui est en jeu." Environ 5.000 buralistes bénéficient ainsi de la prime de service public mise en place en début d'année, dans le cadre du contrat d'avenir.
La confédération a décidé d'appeler à une "grève administrative". Le 15 juillet, jour de la prochaine hausse des prix, elle demande aux buralistes de lui envoyer directement leur déclaration de stocks, au lieu de l'adresser aux Douanes (ces déclarations sont obligatoires à chaque nouvelle hausse, elles permettent à l'Etat de récupérer la hausse de fiscalité). Elle les enverra ensuite à l'administration quand elle aura plus "de visibilité sur la politique de prix du tabac". Parallèlement, une campagne d'affichage expliquera aux clients ce qu'ils payent à l'Etat : 81% du prix d'un paquet, contre 6,7% pour le buraliste.
Le ministère annonce de son côté qu'une nouvelle rencontre aura lieu en septembre "pour faire le point sur ces différents sujets et évoquer l'avenir de la profession". Aucune décision ne sera prise "sans concertation approfondie avec les buralistes".

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