Tice - ENT pour le primaire : l'Ugap prévoit un lancement, début 2014

A la demande du gouvernement, l'Union des groupements d'achats publics (Ugap) se mobilise sur l'école numérique dans le premier degré, afin d'offrir aux communes des solutions d'équipements "clé en mains" et la future offre d'environnement numérique de travail dédiée (ENT). Le 20 juin, elle réunissait les acteurs de la communauté éducative pour présenter les premiers résultats de son action.
"Les offres seront faciles à commander, simples à déployer et aisées à maintenir", assure Guy Noël Noguera, directeur du développement informatique à l'Ugap. Le mandat confié à l'Ugap vise en effet à proposer des solutions d'équipement et d'accompagnement des communes, notamment des plus rurales, dans le déploiement du numérique à l'école. La centrale d'achat dispose déjà de marchés d'équipement en classes mobiles, ordinateurs portables, tablettes numériques, balado-diffuseurs et tableaux numériques "prêts à l'achat" pour les communes. Et elle finalise une gamme de solutions complètes associant à l'équipement des services tels que la livraison, l'installation des matériels et la maintenance, afin de simplifier la tâche des collectivités. L'ensemble des offres sera proposé dans la nouvelle boutique virtuelle "école numérique" dont l'ouverture est prévue dans les prochains jours.

Principale difficulté : fédérer un grand nombre de donneurs d'ordre

La mise en place d'une offre nationale d'Environnement numérique de travail (ENT) semble fortement mobiliser l'Ugap en raison de la complexité de l'exercice. En tant que plateforme de travail collaborative, dédiée à la vie scolaire et à la pédagogie, l'ENT est un outil composite, à la fois multi-usage et mutli-utilisateurs. Il met en réseau les enseignants, les élèves et les parents, propose des ressources éducatives et des outils de communication et irrigue l'ensemble des écoles primaires.
Les premières expériences de terrain ont confirmé la difficulté à fédérer sur un tel projet, un grand nombre de donneurs d'ordre, en l'occurrence les communes. "Ce n'est pas un mur, c'est une montagne qu'il nous a fallu franchir", se rappelle Alain Scoazec, chef adjoint de la DSI du rectorat de Nantes lorsqu'il évoque, au cours de la table ronde, le chantier de l'ENT réalisé pour les communes de la région Pays de la Loire. Fort du succès obtenu dans le second degré, avec l'ouverture d'une plateforme fédérant 600 établissements publics et privés, le rectorat reçoit en 2010 la commande politique de réaliser un nouvel ENT mais cette fois pour les écoles des 1.500 communes de l'académie. Les études mettent rapidement en évidence des freins économiques - un coût initial par élève de 10 à 15 euros par an -, des freins organisationnels - notamment un démarchage "énergivore" nécessitant de nombreux contacts et déplacements- et des freins pédagogiques - certaines communes  renonçant à l'aventure après avoir constaté la réticence de leurs équipes enseignantes.

Nantes : beaucoup d'énergie dépensée pour un faible rendement

A l'issue du travail de terrain, 200 communes étaient prêtes à se lancer. Et elles n'étaient plus que 150, au moment de rejoindre le groupement de commande piloté par le rectorat. Soit un rendement plafonnant à 10%. L'appel d'offres ouvert lancé par le rectorat s'est conclu par le choix de la société ItsLearning et pour une prise en charge par commune légèrement inférieure à 2 euros par compte, le rectorat ayant pris à sa charge l'initialisation de l'ENT et la formation des enseignants. Cette expérience de généralisation d'un ENT sur un territoire, unique en France, a conduit à réviser la stratégie nationale de déploiement. A la suite du bilan de l'opération, l'Ugap, associée au projet nantais, se verra confier la mission de constituer une offre catalogue nationale "qui nous aurait fait gagner beaucoup de temps", conclut Alain Scoazec.

Un orientation plus pédagogiques pour le primaire

Pour définir les orientations du projet et rédiger le cahier des charges de l'appel d'offres, l'Ugap travaille depuis plusieurs mois, de concert avec le ministère de l'Education nationale, la direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO), le rectorat de Nantes et les associations d'élus (1) afin de recueillir les attentes et les recommandations des acteurs de la communauté éducative. Elle s'est également tournée vers le marché pour identifier "les solutions matures" existantes. "Aujourd'hui six à huit industriels sont en mesure de répondre à une demande, conforme au schéma directeur des environnements numériques de travail (Sdent) défini par le ministère et aux attentes de tarification", souligne Guy Noël Noguera. Toutefois l'opération ne consistera pas simplement à adapter les ENT existants au contexte de l'enseignement du premier degré, mais elle prévoit un produit répondant à des attentes spécifiques. "Si les ENT de collèges et lycées ont généralement pour point d'entrée la vie scolaire, les notes, les absences, le cahier de textes et les devoirs à faire, dans le primaire tout est différent, il n'y a pas de travail à la maison et les activités sont plus centrées sur la pédagogie. Aussi l'ENT doit inclure un volet "e-learning" pour faciliter l'apprentissage et la prise d'autonomie, permettre aux enseignants d'adapter les ressources à l'hétérogénéité des classes tout en différenciant le parcours des élèves", ajoute Jacques Delaune, conseiller Tice au rectorat de Nantes. Plus qu'aux autres niveaux d'enseignement, l'ENT tiendra compte, ici, de la capacité des élèves. Certains ne sachant pas encore lire, il convient de leur expliquer oralement les consignes à partir d'outils d'enregistrement audio et vidéo et d'adapter les interfaces web. Ainsi l'ENT sera tenu de proposer une double page d'accueil pour les élèves ne sachant pas encore lire et pour les autres, plus avancés.

Insertion dans l'environnement web de la commune

Compte tenu de l'homogénéité technique des offres de solutions et des contraintes de temps et de prix, l'Ugap a retenu une solution en mode "Saas" (Software as a service). Ce modèle de solution applicative distante, hébergée par l'éditeur, est accessible sur un simple abonnement, ne nécessite pas d'installation technique lourde au sein des établissements scolaires, ni d'investissements en hébergement et dans le stockage des données. Les mises à jour sont homogènes et simultanées pour l'ensemble des utilisateurs. Seul inconvénient, le raccordement à faible débit des écoles pourrait sensiblement dégrader les performances.
L'Ugap a pris en compte d'autres critères comme celui de l'intégration de l'ENT dans l'environnement Web de la collectivité. "La plateforme ne peut être pensée comme un outil cloisonné séparé d'autres fonctions. Il devra s'intégrer dans l'univers de la collectivité et notamment en intégrant l'ensemble des fonctions du périscolaire", ajoute Guy Noël Noguera. En outre, sa mise en place inclura la formation des utilisateurs et des passerelles permettant de connecter l'outil au système d'information de la commune, ne serait ce que pour récupérer le fichier des élèves inscrits à l'école sans avoir de ressaisie à effectuer.

Le cahier des charges prévoit un abonnement incluant la formation

Pour tenir les délais et aussi éviter aux communes une mise en concurrence chaque fois qu'une demande est exprimée, l'Ugap prévoit le lancement d'un appel d'offres classique autorisant les communes à émettre de simples bons de commande pour s'abonner au futur ENT. L'appel d'offres sera publié au plus tard à la mi-juillet pour une commercialisation dès le début de l'année 2014. Ainsi, le processus est fortement avancé. Certes, l'ambition affichée reste encore largement un objectif à atteindre. Mais il est vrai que le travail effectué sur les besoins, sur les modalités d'accompagnement, comme sur la formation des enseignants et des éventuels acteurs extérieurs, constitue un progrès sensible, à la charge du futur titulaire du marché. Le "clé en mains" est une forme de prise en charge adaptée aux petites unités. Il restera aux communes, et surtout aux enseignants, de faire entrer ces outils dans la vie quotidienne des élèves.

Philippe Parmantier / EVS

(1) L'Association des maires ruraux de France (AMRF), l'association des maires d'Ile-de-France (AMIF) et l'Association nationale des directeurs éducation des villes (Andev)
 

Pour aller plus loin

Lire aussi