Environnement - Les toitures végétalisées prennent racine

Parties prenantes du développement des toitures végétalisées, les collectivités locales en équipent de plus en plus souvent leurs bâtiments. Sans oublier d'en parler dans leur plan local d'urbanisme (PLU).

Pourquoi un tel engouement pour les toitures végétalisées ? Selon Philippe Faucon, ingénieur au centre régional d’innovation et de transfert technologique (Critt) horticole de Poitou-Charentes, "elles se multiplient surtout depuis les années 2000. Elles se glissent dans de nombreux projets de constructions, notamment lorsqu’ils suivent une démarche haute qualité environnementale (HQE). Elles permettent en effet d’atteindre plusieurs de ses cibles". L’association Adivet, qui regroupe les acteurs de la filière végétalisation de toitures, a comptabilisé en 2011 plus d’un million de m² de surfaces installées, contre seulement 70.000 m² dix ans plus tôt. Dans près des trois quarts des cas, cela concerne des bâtiments publics : écoles, théâtres, piscines... "Les collectivités sont les moteurs du marché avec la construction de bâtiments neufs. En rénovation, c’est plus complexe car il faut tenir compte de la résistance de la structure du bâtiment. Au final, tout dépend de la volonté politique. En Alsace, l’exemple du voisin allemand tire en avant les communes. Un grand nombre d’entre elles en ont installé sur leurs toits, même en rase campagne", précise Philippe Bonnet, vice-président de l’Adivet.

Gestion des eaux pluviales, intérêt paysager

Les collectivités locales s’engagent en premier lieu dans cette voie pour des raisons liées à la gestion de l’eau. Végétaliser la toiture permet de favoriser l’infiltration de l’eau pluviale à la parcelle, jusqu’à 60%. De plus, cela retarde l’arrivée des pluies d’orage dans les réseaux. Les raisons d’intérêt paysager, puis d’isolation thermique et le développement de la biodiversité arrivent ensuite. Dans les Hauts-de-Seine, Levallois-Perret a inscrit cette pratique dans son plan local d'urbanisme (PLU). Dès 2000, la végétalisation des toitures-terrasses devenues inaccessibles est rendue obligatoire. Et cette année, elle a été étendue aux terrasses accessibles. "Notre commune est très urbanisée en hauteur, avec beaucoup d’immeubles. Cette disposition a donc été avant tout instaurée pour l’aspect paysager", explique Catherine Cello, architecte à la direction de l’urbanisme. "Nous n’intervenons pas sur les aspects techniques qui sont pris en charge par les maîtres d’oeuvre. Mais nous souhaitons cependant améliorer ce point, soit en fixant des recommandations, soit en rendant plus précis nos documents d’urbanisme sur le choix de l’épaisseur de substrat ou de l’entretien."

Des intérêts divers mais peu d’aides financières

Les villes à habitat dense font volontiers ce choix. Par exemple, Paris envisage de doubler la surface de toitures végétalisées d’ici 2020. De même à Grenoble, qui a inclus cette disposition dans son PLU dès 2005. "De par le relief montagneux qui nous encercle, notre ville est l’une des plus denses de France. Cette politique s’inscrit dans un cadre plus vaste de végétalisation globale, que ce soit les espaces verts, les bâtiments publics ou les jardins particuliers", indique Eric Grasset, l’élu en charge de l’environnement. Le PLU dispose qu’excepté dans le centre historique, toute unité foncière nouvelle doit être végétalisée dans une fourchette large allant de 20 à 60% de la superficie, dont la moitié en pleine terre, c’est-à-dire au sol. "Nous estimons que de 2005 à 2010, plus de dix hectares de toitures végétalisées ont été réalisés", recense-t-il.
Des villes plus petites font aussi ce choix, pour des raisons différentes. En Charente-Maritime, Rochefort-sur-Mer a rendu obligatoire la végétalisation des toitures-terrasses depuis 2007. Cette obligation s’impose uniquement pour le centre-ville et le faubourg pour des raisons d’intérêt patrimonial. "Le régime général, c’est la tuile, mais par dérogation les toitures-terrasses sont autorisées, si elles sont végétalisées", souligne Régis Seuwin, directeur de l'urbanisme de la ville. Et d’ajouter : "Sur le plan réglementaire, la loi Grenelle 2 de 2010 autorise la construction de toitures-terrasses végétalisées, même si le PLU ne le prévoit pas." Autre spécificité : le choix de Rochefort s’est porté sur cette technique pour alléger son réseau d’eau pluviale. L’obligation concerne surtout de nouveaux bâtiments construits dans des endroits sensibles. Exemple : le futur cinéma qui entre en chantier, situé dans un écrin de verdure et visible des habitations avoisinantes, sera végétalisé sur le toit, mais également sur les murs.
En revanche, hormis quelques régions (Ile-de-France), départements (Hauts-de-Seine) ou grandes métropoles (Lille), rares sont les collectivités qui soutiennent financièrement la démarche. Le surcoût à la construction n’est pourtant pas négligeable : environ 60 euros en plus par m² de toiture.

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