Patrimoine - Une parcelle de vigne inscrite aux monuments historiques

La commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS) de Midi-Pyrénées a décidé d'inscrire au titre des monuments historiques une parcelle de vigne de 40 ares située sur le territoire de la commune de Sarragachies (Gers, 300 habitants), ce qui constitue une première. Dans un communiqué du 18 juin, la préfecture de région (direction régionale des affaires culturelles) explique que cette parcelle offre "un remarquable exemple de biodiversité et de patrimoine génétique".
Le terroir de Saint-Mont auquel appartient la parcelle concernée ne figure en effet pas parmi les grands crus, ni même parmi les crus renommés. Il n'a d'ailleurs obtenu son classement en AOC (appellation d'origine contrôlée) qu'en janvier 2011, trente ans après son classement en VDQS (vin de qualité supérieure). La parcelle concernée ne produit pas sa propre cuvée - qui, au dire même de son exploitant, ne serait sans doute pas d'une très grande qualité compte tenu de l'hétérogénéité des plants - mais livre sa récolte à la coopérative de Saint-Mont.
Mais la parcelle a attiré l'attention des chercheurs de l'antenne de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique) de Bordeaux et de l'Institut français du vin et de la vigne. Elle présente en effet plusieurs originalités qui justifient l'inscription. Ainsi, elle regroupe des souches très anciennes et non greffées. Ses 600 pieds sur douze rangs ne comptent pas moins d'une vingtaine de cépages différents, dont sept non répertoriés antérieurement. En outre, la parcelle - plantée sans doute entre 1800 et 1810 - porte la trace de "modes de culture ancestraux", comme la viticulture au carré avec des plantations en pied double. Ce mode ancien de plantation permettait au vigneron de travailler chaque rang dans les deux sens avec un espace suffisant pour le passage des boeufs. Il a presque totalement disparu du sud de la France avec la crise du phylloxera et les replantations qui ont suivi. Selon le communiqué de la préfecture de région, tous ces éléments font que, "sensible au caractère exceptionnel de ce conservatoire, lieu de mémoire végétale préservé grâce à l'action de professionnels passionnés, la CRPS s'est prononcée pour l'inscription de la parcelle au titre des monuments historiques".
Si cette inscription constitue une première pour un "matériel végétal" comme la vigne, la France comptait déjà un certain nombre d'arbres inscrits aux monuments historiques. Mais, le plus souvent, ils ne sont pas inscrits isolément - bien que la possibilité existe dans la loi de 1913 sur les monuments historiques, elle n'est plus utilisée aujourd'hui - mais au titre d'un site ou d'un paysage dont ils sont partie intégrante. C'est le cas, par exemple, d'arbres inclus dans une nécropole ou un cimetière.

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