Apprentissage - Changer le statut des apprentis : l'idée qui fait grincer


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Si l'idée d'un mixage des apprentis et des lycéens professionnels et d'un changement de statut des apprentis fait son chemin, elle est loin de faire l'unanimité et inquiète l'Association nationale des apprentis de France (Anaf).

Quelques jours après sa prise de fonction, Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale, a émis l'idée de faire passer l'apprentissage sous statut scolaire. "L'école n'est pas faite pour produire des différences entre les jeunes, mais pour produire du commun. Nous allons les réunir. Ce sera un des grands axes de la réforme sur les lycées professionnels, techniques et généraux", avait ainsi affirmé le ministre sur France Inter au mois de mai 2012.
Par la suite, durant un débat interne, le conseil régional de Franche-Comté a lancé l'idée de mixer les apprentis et les lycéens professionnels pour éviter que des filières ne soient en difficulté. Les acteurs de l'éducation et de l'apprentissage ont tout de suite réagi à ces propos. D'un côté, la Fédération syndicale unitaire (FSU) a dénoncé dans un communiqué du 22 mai 2012 les propos de la vice-présidente de Franche-Comté concernant ce mixage des publics scolaire et apprentis. "En recherchant uniquement la mutualisation des moyens et la rationalisation des cartes de formation, le mixage des publics n'a pour but que de développer l'apprentissage au détriment de la qualité d'accueil et d'enseignement de lycéens des formations sous statut scolaire", détaille ainsi la FSU dans son communiqué, précisant qu'aucune étude sérieuse n'a démontré les bienfaits de la mixité des publics. "C'est au contraire une détérioration des conditions d'études des élèves et des apprentis et une détérioration des conditions de travail pour les enseignants, les progressions pédagogiques étant différentes", poursuit la FSU, qui demande que les régions abandonnent ce type de projet. La fédération insiste sur la nécessité de rédiger des avenants aux contrats de plan de développement de la formation professionnelle (CPRDFP) pour "stopper la volonté d'extension de l'apprentissage voulu par l'ancien gouvernement [l'objectif était de passer de 600.000 à 800.000 apprentis d'ici à 2015, voire un million à terme] et garantir le développement et la qualité de l'offre de formation sous statut scolaire".

"C'est une grosse erreur"

De son côté, l'Association nationale des apprentis de France (Anaf) estime que le changement  de statut de l'apprenti porterait "un coup à la sécurisation du parcours de nombreux jeunes". "C'est une grosse erreur de leur part, estime ainsi Morgan Marietti, président de l'Anaf. Les apprentis n'ont pas besoin d'un changement de leur statut mais d'un accompagnement dans leurs missions de tous les jours. On va arriver à une opposition entre apprentis et lycéens professionnels et oublier l'intérêt réel du jeune."
Du côté de la Franche-Comté, on minimise l'effet d'annonce. "On n'en est même pas encore à la phase projet, explique-t-on ainsi au cabinet de Marie-Guite Dufay, présidente de la région Franche-Comté. Sur certains bassins de vie, il y a des filières qui ferment car elles n'ont pas assez d'élèves, on cherche des solutions pour les maintenir, comme leur adjoindre des apprentis. Cela fait partie des solutions envisagées, mais il n'y a pour le moment rien de construit." Tant que le gouvernement n'en dira pas plus, la région assure qu'elle ne bougera pas.
Même réaction du côté de l'Association des régions de France (ARF). "Il n'y a pas du tout de stratégie de l'ensemble des régions sur ces questions. C'est un sujet qui est étudié région par région, au cas par cas, quand il s'agit de maintenir une filière quelque part", précise-t-on ainsi à l'ARF. Et quand l'option est réellement envisagée, elle suscite beaucoup de prudence. "Mixer les publics est plus compliqué en termes de pédagogie, car il faut mixer des personnes à temps partiel et des personnes à temps complet... Il faut trouver de bons opérateurs pour cela et il n'y en a pas partout."
Reste à savoir si l'apprentissage sera bien au menu de la conférence sociale organisée les 9 et 10 juillet. Il ne fait pas officiellement partie des thématiques annoncées le 5 juin par Michel Sapin, ministre du Travail, ce qui a suscité l'ire de l'Anaf. Mais l'ARF se veut plus rassurante : "On est dans la boucle pour la conférence sociale. L'apprentissage sera abordé mais ce n'est pas central."

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