Commerce - La métropolisation : une opportunité pour le commerce de proximité ?

Le commerce de proximité, qui tenait ses assises mercredi, ne baisse pas les bras et met en avant son rôle social. Les phénomènes d'urbanisation et de métropolisation, ainsi que l'essor d'internet, offrent de nouvelles opportunités... en attendant que la réforme de l'urbanisme commercial ressorte des cartons.

"Restaurer le lien social par l'économie de proximité." C'était le thème des deuxièmes Assises de la proximité organisées à Paris le 8 février 2012 par l'agence Aromates, sous le haut-patronage de Frédéric Lefebvre, secrétaire d'Etat chargé du commerce, et de la chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP).
La question du rôle social du commerce se pose fortement dans les territoires ruraux où les petits commerces font souvent office de seul lieu de vie et d'animation. Des commerces qu'il est pourtant difficile de maintenir. Dans ces territoires, une commune sur deux ne dispose plus de ce type de commerce et une commune sur cinq est confrontée à la question du dernier commerce ! Mais c'est également un enjeu pour les agglomérations à l'heure de la métropolisation, sachant qu'en 2050, près de 80% de la population vivra en ville. "Cela va amener à repenser l'espace urbain car avec cette croissance urbaine, il va y avoir de profonds changements dans la gestion de la mobilité au sens large, c'est-à-dire physique et virtuelle", a souligné Alain Veyret, directeur du département technologies de l'information et territoires de l'Institut de l'audiovisuel et des télécommunications (Idate). Parallèlement, le processus de métropolisation actuellement en cours, avec le regroupement de villes comme la métropole de Nice-Côte d'Azur (46 communes représentant 545.000 habitants) ou les projets de Nîmes Métropole et du Grand Alès, apporte lui aussi des changements. De nouvelles conditions qui rendent encore davantage "la notion de proximité essentielle", comme l'a souligné Alain Veyret. "Il faut faire en sorte que cette population continue à travailler et à vivre sur son lieu de vie. Il va falloir identifier et mettre en place de nouveaux lieux, une nouvelle proximité. Le principe des 'écolieux', qui permettent aux gens de travailler près de chez eux dans de bonnes conditions avec une forme de sociabilité doit être exploré", a-t-il insisté, citant en exemple des expériences menées aux Pays-Bas par Cisco.

Des télécentres pour réduire coût et consommation en CO2

La société Cisco a ainsi lancé un programme baptisé "Connected Urban Development", qui aide les villes à créer de nouveaux espaces de travail. Un télécentre ou "smart work center" a été créé à 35 km d'Amsterdam. Il accueille les employés de la ville qui peuvent télétravailler au sein d'une antenne locale. Le lieu est équipé des dernières technologies (accès internet, système de téléprésence) et les employés partagent leur lieu de travail avec d'autres, issus de différentes entreprises. Une solution moins coûteuse en termes de matériel (locaux, ordinateurs, éclairage), qui limite aussi la consommation en CO2…
"Dans ces phénomènes de densification, il faut que les commerçants soient pris en compte", a affirmé Francis Cabanat, vice-président de l'Assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie (ACFCI) et président de la CCI d'Alès, comment pouvons-nous peser par rapport aux pouvoirs publics sur l'évolution de l'urbanisation dans le futur ?" Le nouveau document d'aménagement commercial (DAC) prévu dans le cadre de la proposition de loi de Michel Piron sur l'urbanisme commercial aurait pu être un moyen. Logiquement, il aurait dû être mis en place sur tout le territoire à partir de 2015 pour être intégré au schéma de cohérence territoriale (Scot). Ce document est censé déterminer les localisations préférentielles des commerces, en prenant en compte les exigences d'aménagement du territoire en matière de revitalisation des centres-villes, de diversité commerciale, de maintien du commerce de proximité, de desserte en transports… Les commerçants pourraient participer activement au DAC et défendre ainsi leurs intérêts. "Nous souhaitons être partie prenante de ces Scot et donc des DAC, c'est un virage à ne pas manquer. Etre présent dans les Scot c'est capital pour l'avenir", a insisté Francis Cabanat. Seulement voilà, depuis son adoption au Sénat en première lecture en mars 2011, la proposition de loi est enterrée. Les CCI souhaitent que la réforme de l'urbanisme aboutisse, pour obtenir des règles claires et pragmatiques pour le commerce de détail. Dans leurs cahiers d'espérance publiés le 30 janvier 2012 à l'occasion de l'opération Passion Commerce, elles ont ainsi insisté sur la nécessité de systématiser l'élaboration partenariale de ces DAC, avec d'un côté les collectivités, de l'autre les chambres consulaires, capables de faire le lien avec les acteurs du commerce.

S'inspirer des territoires ruraux

Au delà des "managers de centre-ville" qui font florès, internet et les nouvelles technologies offre de nouvelles opportunités pour le développement du commerce. Si les deux mondes, e-commerce et commerce de proximité, semblaient jusqu'ici s'opposer, c'est la complémentarité qui l'emporte maintenant. "20% des recherches sur Google concernent le commerce de proximité et 40% quand on est en mobilité, a signalé Jacques Marceau, fondateur d'Aromates et cofondateur du Manifeste des services et commerces de proximité. Il y a 20 millions de smartphones. L'internet mobile change complètement la donne." De nombreuses expériences autour d'internet ont été présentées lors des assises, comme le projet Logistique urbaine mutualisée et durable (LUMD) de Presstalis, qui vise à désengorger les centres-ville en optimisant les livraisons du dernier kilomètre. Le concept repose sur une mutualisation des tournées de transport des entreprises de la région Ile-de-France. Une plate-forme logicielle permet la mise en relation des différents acteurs. Autre projet lié à internet pour développer le commerce de proximité dans les villes : des plateformes communautaires pour les commerçants. Ces plateformes permettent aux commerçants de créer leur propre vitrine sur Internet et le mobile. Ils peuvent ainsi informer en temps réel leurs clients sur les offres et actualités. De leur côté, les clients optimisent leur déplacement en magasin. Mais "la virtualité ne suffit pas, il faut pouvoir aller jusqu'au contact", a souligné Francis Jutand, directeur scientifique de l'Institut Télécom, estimant que "la ruralité doit nous faire réfléchir dans ce domaine, car si elle n'a pas les mêmes contraintes, elle favorise la proximité et la solidarité". "Ce n'est pas idéal mais dans les territoires ruraux, il y a un développement plus fort de ces notions", a-t-il insisté. Ou comment s'inspirer de l'expérience rurale pour refonder les lieux de vie et de commerce dans les futures grandes métropoles françaises…

Emilie Zapalski

Paris plus dense en commerces que Londres !
D'après une étude publiée en le 8 février 2012 par la ville de Paris, Paris comptait en 2011 environ 84.000 locaux en pied d'immeubles, dont 61.232 commerces ou services commerciaux. Le nombre de commerces est en légère baisse (-907) par rapport à 2007 mais cette baisse "se relie presque entièrement à des annexions de locaux (897) par des commerces qui se sont agrandis", précise l'étude. La surface totale consacrée à la vente ne diminue pas. Elle est estimée à 4 millions de m2. Les évolutions du commerce entre 2007 et 2011 à Paris suivent les grandes tendances avec une baisse des commerces traditionnelles et une hausse des supérettes alimentaires. La baisse du nombre de librairies ou de magasins de photo, liée au développement d'internet, et le développement du secteur du bien-être, de la restauration rapide, et des deux-roues motorisés, nouvelles tendances de consommation, sont également signalés. Mais la densité du tissu commercial de Paris est largement supérieure à celle des autres grandes villes de France. Elle est même plus élevée à Paris qu'à Londres. En revanche, les magasins londoniens sont plus grands en taille, notamment les commerces non alimentaires.
E.Z.

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