Internet - Le très haut débit, une priorité qui passe devant l'école et la santé pour les élus ruraux


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L'accès au très haut débit devient une préoccupation des maires ruraux au point de faire passer cet investissement devant ceux de l'éducation, de la santé ou des équipements routiers... L'enquête réalisée, cet été, par l'Association des maires ruraux de France (AMRF), en partenariat avec les organisateurs des rencontres Ruralitic, et qui devait être présentée au cours des rencontres d'Aurillac, confirme une évolution de la perception du numérique et de son impact sur l'aménagement du territoire (1) .
Parmi les cinq équipements jugés aujourd'hui prioritaires, les maires ruraux situent "le réseau internet très haut débit disponible pour chaque foyer" à la première place dans 84,5% des cas, devant l'école (56,2%), le réseau routier (48,8%), la téléphonie mobile (46%) et la maison de santé (36,8%). Même attente dans le domaine des services : il supplante les besoins de présence de commerces de proximité, de services de transport à la demande et même de médecins généralistes. Cette évolution reflète le changement de paradigme qui s'opère peu à peu en milieur rural, comme le souligne Vannik Berberian le président de l'AMRF : "L'internet très haut débit a perdu en quelques années l'image d'un équipement associé aux loisirs ou au divertissement pour devenir une fonction primordiale dans les domaines de la vie sociale et de l'activité économique. Il fait désormais partie des fonctions amont susceptibles de valoriser et d'enrichir tous les secteurs d'activité de la société." 

Le très haut débit enrichit tous les secteurs d'activité

Ce virage culturel exprime de nouvelles attentes : celle d'un numérique omniprésent donc plus performant. Parmi les services indispensables qu'il va contribuer à maintenir ou a développer, la vision des usages possibles et souhaités reste très stratégique. Deux maires sur trois citent en premier l'implantation d'activités économiques et, par effet induit, l'emploi. Viennent ensuite l'accès à l'éducation, l'accès aux formalités administratives et à la formation professionnelle. Un constat qui reflète la réalité contemporaine du monde rural : celle des risques de délocalisations venant même de la part des très petites entreprises en raison des performances limitées des services numériques disponibles, celle des citoyens, qui réclament de meilleures conditions d'accès et aussi celle des élus dont la culture numérique s'est étendue. La place de l'éducation au deuxième rang des priorités n'est peut-être pas sans rapport avec le déploiement du programme "Ecole Numérique Rurale" qui ouvre de nouvelles pistes et amorce des prises de conscience. Le fait de minorer l'impact du numérique sur l'accès aux soins, pourtant très stratégique mondialement (38,8% seulement l'estiment très important), reflète peut-être aussi le retard pris par la télémédecine en milieu rural.

Accélérer le déploiement

Les élus manifestent une certaine impatience quant au déploiement des réseaux, puisque 95,7% d'entre eux souhaitent l'arrivée du très haut débit dans leur commune au plus tard dans les cinq prochaines années. Aussi l'objectif de 2025, fixé par le gouvernement, pour atteindre 100% de pénétration semble éloigné de ces préoccupations. Qui devra financer l'effort à réaliser ? Ce sont en priorité les opérateurs de télécommuncation (72%) et l'Etat (62,5%) répondent les maires, avec un complément éventuel des régions et des départements. Ainsi les élus, suggèrent un prélèvement sur la manne acquise par les opérateurs dans les zones rentables, au profit des autres, sur le modèle d'un service universel assurant la péréquation des ressources. Le chantier du numérique à venir reste en effet considérable puisque une commune sur seize seulement confirme participer déjà au financement d'une installation de très haut débit. L'enjeu est tel que près d'un maire sur deux se dit prêt à réaliser un effort supplémentaire d'investissement sur le très haut débit si l'opportunité se présente.
La sensibilité durable des élus sur la question du très haut débit pourrait changer la donne politique. Désormais perçu comme un investissement clé pour l'aménagement du territoire, le travail de lobbying sur le très haut débit risque de s'amplifier fortement dans les années à venir. "C'est un des objectifs de notre association, conclut Vannik Berberian, car l'irrigation des territoires doit être accélérée pour éviter les effets de délocalisation qui résulteraient d'un plan trop favorable aux pôles urbains et aux zones denses de population et pour permettre une amélioration de la qualité des services qui profitera à tous les citoyens."

(1) Etude réalisée sur la base d'un retour de 1.836 questionnaires de maires de communes de moins de 3.500 habitants, entre juin et juillet 2011.


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